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    Drapeau de la Chine

    Pékin, futur maître du jeu au Moyen-Orient?

    © AFP 2018 STR
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    Traduction de la presse russe (février 2018) (59)
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    La Chine est de plus en plus active au Moyen-Orient, rivalisant avec la Russie et les États-Unis pour exercer son influence dans la région. Les succès de Pékin sont indéniables. Mais quelles sont les raisons de cet intérêt chinois pour le Moyen-Orient?

    Quel est le sens de la stratégie chinoise, traditionnellement orientée vers l'avenir? Et pourquoi compare-t-on sa politique à la traversée d'un champ de mines? Selon Vzgliad.

    La Chine a exporté plus de 30 drones de renseignement et de frappe Rainbow-4, notamment vers l'Arabie saoudite et l'Irak. «Les exportations de drones vers les pays du projet chinois «La Ceinture et la Route», ainsi que le rôle de ces appareils dans les activités antiterroristes globales, élargissent les échanges militaires chinois et renforcent l'influence internationale de Pékin», indique un rapport de la Société chinoise d'aéronautique et d'astronautique.

    Le projet «La Ceinture et la Route» a été avancé par le Président chinois Xi Jinping en septembre 2013. Cette stratégie globale, qui englobe les projets de «La ceinture économique de la route de la soie» et de «La route maritime de la soie du XXIe siècle», prévoit la formation d'un large réseau d'infrastructures allant des frontières occidentales de la Chine jusqu'aux frontières orientales et méridionales de l'UE. Elle devrait favoriser le redémarrage de l'économie chinoise qui est passée de 10,4% de croissance en 2010 à 6,9% en 2017.

    Ces nouveaux itinéraires de transport permettront d'optimiser les livraisons, de réduire le prix de beaucoup de marchandises chinoises, de renforcer les positions des Chinois sur les marchés européens et asiatiques et de leur offrir un accès à d'autres marchés, notamment en Afrique. La «ceinture» devrait également élargir l'influence géopolitique de la Chine car elle couvrira un grand nombre de pays et liera leurs économies et ressources — technologiques, humaines, financières et politiques.

    Le Moyen-Orient a une importance particulière pour la mise en œuvre de ce projet ambitieux: sa position géographique en fait une zone de transit importante entre l'Asie et l'Europe.

    Entre deux feux

    La mise en pratique de cette idée exigera de la Chine des ressources économiques et énergétiques énormes, ce qui souligne davantage le rôle du Moyen-Orient: l'énergie a toujours été l'un des facteurs-clés de la politique étrangère de Pékin. En 2017, les importations chinoises de gaz ont augmenté de 26,9% pour atteindre 68,6 millions de tonnes, et les importations de pétrole ont grimpé de 10,2% (419,57 millions de tonnes). Le Qatar fait partie des principaux fournisseurs de gaz vers la Chine, qui achète le pétrole irakien, iranien et saoudien. Riyad était jusqu'à récemment le premier fournisseur de pétrole en Chine, mais la Russie l'a dépassé en 2016 et en 2017.

    Ainsi, la Chine est naturellement l'un des partenaires économiques et commerciaux les plus importants des pays du Moyen-Orient. Pékin a investi des milliards de dollars en Irak, en Iran et dans les monarchies du Golfe et envisage d'élargir considérablement sa coopération avec eux grâce à la formation d'une zone de libre-échange regroupant tous les pays membres du Conseil de coopération du Golfe.

    Les Chinois sont également intéressés par la Palestine: Xi Jinping a ainsi annoncé en janvier 2016 l'octroi d'une aide de 50 millions de yuans — près de 8 millions de dollars selon les taux de change actuels. Parallèlement, la Chine développe activement ses relations avec Israël. Ainsi, les entreprises chinoises construisent de nouveaux terminaux de fret dans le port d'Ashdod, le métro léger à Tel-Aviv et un tunnel dans le mont Carmel à Haïfa. Qui plus est, elles s'intéressent activement aux technologies israéliennes dans des secteurs tels que l'internet, la cybersécurité, les équipements médicaux, les énergies alternatives et l'agriculture.

    L'Iran est l'ennemi juré d'Israël, ce qui n'empêche pourtant pas Téhéran d'avoir des relations amicales et de longue date avec Pékin. La Chine a souvent aidé la République islamique pendant les périodes les plus difficiles des sanctions internationales, et cette coopération ne cesse de se développer: les échanges bilatéraux ont augmenté de 22% en 2017 pour atteindre 30,5 milliards de dollars. Qui plus est, les Iraniens utilisent le yuan dans ces opérations.

    La Chine arrive donc à maintenir une position équilibrée dans le système compliqué des liens politiques au Moyen-Orient, et à entretenir des relations chaleureuses avec des pays et des peuples qui se haïssent entre eux. L'un des avantages de la Chine réside dans l'absence de bagage religieux, colonial et historique qui pourrait influer sur d'autres États. Les Chinois font preuve d'une absence complète de préférences entre les Juifs et les Arabes, les sunnites et les chiites, coopèrent avec tout le monde «sur la base du respect et des avantages mutuels», et tiennent à la politique de non-ingérence. Tout cela diffère radicalement de la politique militariste menée traditionnellement au Moyen-Orient par les forces extérieures.

    Qui plus est, la Chine est préoccupée par les questions de sécurité, notamment par la menace de Daech. Tout comme la Russie, la Chine doit faire face à la source intérieure d'extrémisme religieux que représentent les Ouïgours, musulmans chinois qui combattent dans les rangs de Daech et du Front al-Nosra et pourraient revenir chez eux afin de mettre en pratique leur «savoir-faire». En outre, les groupes terroristes du Moyen-Orient menacent les intérêts économiques chinois, notamment la mise en œuvre du projet «La Ceinture et la Route». C'est pourquoi Pékin soutient la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient en livrant des armes et des drones dans la région.

    Les Chinois œuvrent également à la promotion de la paix car les conflits entre les États de la région créent des retards et des obstacles sur la voie de la réalisation de la «Ceinture». Ils soutiennent notamment tous les efforts favorisant la baisse des tensions entre l'Iran et l'Arabie saoudite. Tout cela pour assurer la stabilité de la région, et donc garantir la mise en œuvre de la «Route».

    Le champ de mines des expérimentations

    Dans ce contexte, on peut se demander combien de temps la Chine pourra maintenir cet équilibre sans se rapprocher d'une partie ou de l'autre. Même une influence très peu significative sur tel ou tel aspect du système régional du Moyen-Orient pourrait provoquer une réaction en chaîne et jeter de l'huile sur les braises des conflits compliqués.

    Ainsi, le partenariat entre Riyad et Pékin n'annule en rien la méfiance persistante dans leurs relations: l'Arabie saoudite a des doutes concernant la politique chinoise en Syrie. Comme on le sait, dans la crise syrienne la Chine a pris le parti de la Russie et de l'Iran, mettant son veto à un grand nombre de résolutions avancées par l'Occident au Conseil de sécurité de l'Onu, ce qui contredit évidemment les intérêts de Riyad.

    La Chine a aussi ses propres revendications envers les Saoudiens, qui soutiennent les sunnites chinois et notamment les Ouïgours. Une partie importante des princes saoudiens sympathise avec les tentatives des Ouïgours de lutter pour leur autonomie religieuse. C'est l'une des raisons qui poussent la Chine à réduire sa dépendance envers le pétrole saoudien par la diversification des livraison — et la Russie est en mesure de jouer un rôle important dans ce processus.

    Les sympathies chinoises envers l'Iran touchent naturellement aux intérêts d'Israël et des États-Unis qui veulent réduire l'influence des Iraniens dans la région. L'élargissement de l'Organisation de coopération de Shanghai vers le Moyen-Orient et le soutien de l'adhésion éventuelle de l'Iran suscitent des inquiétudes à Riyad. Bien que Pékin tente de conserver coûte que coûte sa neutralité, les Chinois seront inévitablement obligés de prendre tel ou tel parti — évidemment celui de l'Iran s'il entrait à l'OCS.

    Afin de minimiser les risques, la Chine utilisera des outils économiques d'influence sur les pays de la région, notamment l'attractivité économique de la «ceinture». La participation du Moyen-Orient à ce projet lui offre la possibilité de développer son infrastructure et son programme d'investissements, de créer des emplois, de réduire le chômage des jeunes et d'aider à harmoniser la croissance hétérogène des grandes villes.
    Parallèlement, la Chine veut élargir les échanges culturels et éducatifs: elle propose notamment d'assurer la formation des techniciens des pays membres de la «Ceinture». Cette stratégie favorisera l'élimination des sources supplémentaires d'instabilité. Les guerres ne signifient pas la fin des affaires, qui sont l'un des piliers de la Chine.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (février 2018) (59)

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    Tags:
    influence, Proche-Orient, Chine
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