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    Amiral Kouznetsov

    «Le porte-avions Amiral Kouznetsov est loin d'être le pire»

    © Sputnik . Ministère russe de la Défense
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    Traduction de la presse russe (avril 2018) (46)
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    Le porte-avions russe Amiral Kouznetsov s'est retrouvé dans le top-5 des pires porte-avions jamais mis à l'eau dans le monde entier selon The National Interest. Sur cette liste noire se retrouvent également le britannique Eagle, l'américain Ranger, le japonais Kaga et le français Béarn.

    The National Interest a placé le porte-avions russe Amiral Kouznetsov dans le top-5 des pires porte-avions jamais mis à l'eau. D'après ses analystes, Amiral Kouznetsov a plusieurs défauts, notamment sa mauvaise qualité de construction, sa piste de décollage trop courte et les dépenses élevées pour sa maintenance. Ce n'est pas forcément l'avis d'experts russes. Selon Gazeta.ru.

    «Si l'on compare notre navire aux porte-avions nucléaires américains de classe Nimitz, évidemment l'Amiral Kouznetsov s'incline en termes de nombre d'avions, de missions remplies et sur bien d'autres indicateurs», explique l'amiral Viktor Kravtchenko, ancien commandant de l'état-major de la marine russe.

    «Mais quand on compare le bâtiment russe aux porte-avions de même classe, notamment au Royaume-Uni, en France, en Inde et en Chine, alors on voit que l'Amiral Kouznetsov n'est pas un si mauvais navire, souligne-t-il.

    D'après l'amiral, le porte-avions a fait ses preuves pendant le conflit armé en Syrie.

    «Alors que le Charles de Gaulle, fleuron de la marine française, unique porte-avions français et premier navire à propulsion nucléaire, n'a rien décidé en Syrie. Il a tourné en rond avant de revenir en France. Il faudrait donc revoir qui est le pire», note Viktor Kravtchenko.

    L'amiral estime que les défauts cités par The National Interest sont peu sérieux. «Qu'est-ce que cela signifie: une piste de décollage trop courte? Que les avions ne peuvent pas décoller et atterrir? Ou quoi?», s'étonne l'ex-commandant de la marine.

    D'après l'amiral, les experts du magazine américain ne pouvaient pas évaluer objectivement la qualité de construction et, qui plus est, les dépenses pour la maintenance du bâtiment.

    En ce qui concerne l'histoire de la question, Moscou aurait pu se doter de porte-avions nucléaires d'attaque encore au milieu des années 1970-début des années 1980. En particulier, le projet de porte-avions nucléaire d'attaque 1160 avec des avions à décollage par catapulte et un déplacement d'eau de 80.000 tonnes a été présenté en été 1972 au maréchal Andreï Gretchko, ministre soviétique de la Défense.

    «Pas la peine d'inventer quoi que ce soit. Il suffit de construire comme les Américains»: tel était l'avis du ministre de la Défense. Et le ministre des Constructions navales Boris Boutoma était entièrement d'accord.

    La construction du premier navire de ce projet aurait pu commencer en 1975, et en 1981 déjà il aurait pu être mis en service. Il était prévu de l'intégrer à la marine soviétique entre deux porte-avions de cette classe avant 1986.

    Mais des intrigues ont commencé. Le constructeur en chef des porte-avions lourds a déclaré au Comité central du PCUS qu'il était prêt à remplir les mêmes tâches mais à un coût bien plus réduit. Surtout, il a été soutenu par le secrétaire du Comité central du PCUS pour la défense Dmitri Oustinov.

    Au lieu du porte-avions d'attaque du projet 1160 a donc commencé la construction du porte-avions du projet 1143M Novorossiïsk. Au final, le navire n'a pas coûté moins cher, et ses capacités opérationnelles étaient bien inférieures aux promesses.

    «L'amiral Nikolaï Amelko, conseiller puis chef adjoint de l'état-major de la marine, n'a pas joué le meilleur rôle en soutenant les initiatives d'amateur de Dmitri Oustinov. De plus, en 1976 sont décédés Andreï Gretchko et Boris Boutoma, partisans de la construction de «porte-avions normaux». Après quoi le pays, l'armée et la flotte ont dévié de la ligne générale vers la construction de navires de ce type», se souvient Viktor Kravtchenko.

    La construction du premier porte-avions russe n'a pas été facile. Au printemps 1982, après le conflit anglo-argentin à cause des îles Falkland, a enfin été prise la décision définitive de construire la «commande 105» selon le projet 1143.5.

    Finalement, la construction du premier bloc de la coque du futur Amiral Kouznetsov, initialement baptisé Riga, a commencé sur le chantier naval de la mer Noire en septembre 1982, et l'assemblage du nouveau porte-avions seulement en février 1983.

    Le 26 novembre 1982, après la mort du secrétaire général du CC du PCUS Leonid Brejnev, le navire a été rebaptisé en son nom.

    Pendant ce temps, à cause des retards de fourniture de grands équipements énergétiques en 1983-1984, il a fallu percer et ressouder, dans la coque pratiquement terminée du bâtiment, des dizaines de grands orifices à travers 7-10 ponts.

    En même temps, le commanditaire avait préparé une autre surprise: il a été proposé de remplacer le système de contremesures électroniques prévu par le projet initial par un système complètement différent encore en cours d'élaboration: Sozvezdie. Les ingénieurs ont dû refaire et replanifier des centaines de compartiments, chercher une place pour un grand nombre de nouvelles antennes et de nouveaux blocs électroniques.

    Malgré tout cela, conformément au plan, le 4 décembre 1985 le navire Leonid Brejnev a été mis à l'eau. Sa masse de descente était d'environ 32.000 tonnes, ce qui était un record à l'époque pour la construction navale soviétique.

    Le premier porte-avions soviétique né dans ces conditions, en comparaison avec les navires antérieurs de cette classe, ne disposait pas de 36 mais de 50 appareils, y compris, pour la première fois de l'histoire soviétique, le stationnement sur le pont de chasseurs supersoniques classiques. A cet effet, la surface du pont de décollage a été augmentée de 2,5 fois en utilisant un tremplin de décollage, des dispositifs de freinage, des systèmes de retenue au décollage, des boucliers d'évacuation de gaz et des indicateurs lumineux de trajectoire d'approche. La réserve de carburant aérien a été augmentée de 1.000 tonnes, et celle de munitions a été pratiquement doublée.

    Le nouveau porte-avions était également muni d'un système antinavire Granit plus sophistiqué, avec 12 canons sous le pont.

    Le déplacement d'eau total du bâtiment avoisinait les 55.000 tonnes. Longueur du navire: 302 m. Largeur sur la ligne d'eau: 35,4 m. Largeur du pont: 70,5 m. Tirant d'eau: 10,5 m. Le système de propulsion à turbines à vapeur d'une puissance totale de 200.000 chevaux élançait le navire à 29 nœuds avec une autonomie de 8.000 milles marins. 2.100 personnes constituaient l'équipage du croiseur.

    «Il faut rappeler qu'initialement, le porte-avions Amiral Kouznetsov avait été pensé comme un navire de défense antiaérienne. C'est seulement récemment que les avions embarqués à bord ont été rééquipés pour frapper les cibles côtières. C'est pourquoi il n'est pas tout à fait correct de comparer notre navire aux porte-avions à part entière», nuance l'amiral Viktor Kravtchenko.

    A l'heure actuelle, la Russie élabore le projet du porte-avions nucléaire polyvalent Chtorm (projet 23000). Son déplacement d'eau avoisinera les 95.000 tonnes avec des dimensions de longueur, de largeur et de tirant d'eau de 330x42x11 m respectivement. Le pont sera large de 85 m. Le système de propulsion principal peut fonctionner avec du carburant organique ou autre en fonction des exigences du client, y compris mixte: nucléaire/turbine à gaz.

    La vitesse à plein régime et en mode économique sera de 26-30 et 14 nœuds respectivement. Le concept prévoit une autonomie de 90 jours. Le bâtiment peut embarquer jusqu'à 6.000 t de carburants pour avion. Il peut naviguer dans une mer de force 6-7 (pour l'utilisation de l'aviation). L'équipage du porte-avions s'élèvera à 4.000 hommes. Durée de service: plus de 50 ans. Cependant, cette fois, le porte-avions nucléaire ne s'est pas retrouvé dans le programme public d'armements prévu pour 2018-2025.

    En ce qui concerne la question de savoir si la Russie est à même aujourd'hui de construire un navire de ce type, Alexeï Rakhmanov, président de l'OSK (Consortium unifié de construction navale), est certain des capacités de l'OSK en matière de construction des navires les plus modernes et avancés, y compris d'un porte-avions nucléaire d'attaque.

    D'après lui, «la Russie possède toutes les compétences nécessaires pour la construction de navires puissants et fiables. Il serait incorrect de dire qu'il n'y a pas de technologies dans notre pays qui nous en donneraient la possibilité. Je répète: je suis convaincu que nous sommes à même de construire un tel navire. Le reste, c'est des nuances.»

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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    Traduction de la presse russe (avril 2018) (46)

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