Ecoutez Radio Sputnik
    L'armée syrienne

    Pourquoi l'armée syrienne n'a toujours pas lancé l'opération à Idlib

    © Sputnik . Mikhail Voskresensky
    Lu dans la presse
    URL courte
    Vzgliad
    Traduction de la presse russe (septembre 2018) (49)
    32975

    Plusieurs médias se sont empressés d'annoncer le début de l'opération dans la province d'Idlib, craignant l'ombre de leurs propres journalistes. En réalité, la situation sur les différents fronts syriens est actuellement calme - on peut même dire trop calme - même si les canons de la guerre médiatique tirent sans relâche.

    D'où la question: pourquoi Bachar al-Assad attend-il?

    Contrairement aux nombreux pronostics et autres «faux départs», le calme règne depuis trois jours sur pratiquement tous les fronts syriens, écrit le quotidien Vzgliad. Par effet de contraste, cela a attiré l'attention sur des événements mineurs à l'échelle locale, mais politiquement représentatifs.

    Les médias occidentaux continuent de publier des thèses sur la préparation d'une attaque chimique par le président syrien Bachar al-Assad, qui, apparemment, voudrait attirer le feu sur lui. C'est comme dans l'affaire Skripal: quoi qu'on en dise, quels que soient les faits et les arguments logiques, rien ne changera. C'est une sorte de «fin de l'histoire»: la communication posée entre les différentes régions du monde est rompue. Aucun dialogue n'est prévu.

    Sur cette toile de fond, les séances d'auto-dénonciation en France et en Allemagne sont très révélatrices. Par exemple, Paris a reconnu s'opposer à l'opération militaire à Idlib non pas pour des raisons humanitaires, mais parce que les terroristes reviendraient alors chez eux, notamment en France. C'est une position compréhensible et logique.

    Alors que l'Allemagne, qui propose de se joindre aux frappes contre les sites syriens «en réaction à l'usage de l'arme chimique», se cache encore derrière l'argument du «sauvetage des civils à Idlib» et du «bain de sang». Cette formulation existe à présent dans toutes les langues européennes, y compris en danois et en néerlandais, et elle est largement utilisée par les médias occidentaux à l'initiative du président turc. Même après les événements en Saxe, Angela Merkel ne pourrait dépasser le politiquement correct et reconnaître que «nous (les Français, les Allemands, les Néerlandais, les Belges) cherchons à préserver la «réserve d'Idlib» sous sa forme initiale, parce que nous avons peur pour nous-mêmes — car c'est nous qui avons ouvert la route en Europe à on-ne-sait-qui-avec-une-grenade».

    La France continue de s'installer progressivement sur le territoire de la Syrie souveraine. A l'est de l'Euphrate, dans la province de Deir ez-Zor, le contingent français a entamé l'aménagement d'une base aux abords du village d'al-Jourdi Charki, à 20 km au nord-ouest de Hajin. Formellement, cette base appartiendra à la coalition proaméricaine, mais personne n'a forcé les Français être pionniers en la matière.

    Dans la province-même de Deir ez-Zor, la coalition et les Kurdes ne mènent pas d'activités militaires ces derniers jours. Par ailleurs, l'opération Tempête d'al-Jazira menée depuis un an par les Américains et leurs alliés kurdes à l'est de l'Euphrate afin de nettoyer le territoire des terroristes de Daech n'a pas apporté de résultats conséquents.

    Ces derniers temps, les Kurdes accroissent leurs forces en dehors de leur aire ethnique, faute d'avoir pu projeter la police des tribus dans les régions arabes de la Syrie — or ils veulent participer aux nettoyages d'Idlib et des régions à l'est de l'Euphrate. Ainsi, depuis une semaine, ils procèdent à une mobilisation forcée d'Arabes et de Bédouins à Raqqa et dans le désert environnant, ce qui se double d'affrontements avec la population locale.

    En particulier, ces deux derniers jours, les Kurdes ont organisé des «descentes» autour de la ville d'Aïn-Issa à l'ouest de la province de Raqqa. Ils y recherchent des jeunes pour les forcer à partir dans des camps d'entraînement.

    A Idlib même, ces deux derniers jours ont été les plus calmes depuis début septembre: il n'y a pas eu de bombardements massifs de l'artillerie ni de raids de l'aviation syrienne contre les positions des terroristes. L'aviation russe ne vole pas non plus. Cela s'explique par les négociations actives avec les groupes de combattants encore ouverts au dialogue.

    Dans le même temps, la Turquie continue d'insister sur le transfert du pouvoir à Idlib aux vestiges de l'Armée syrienne libre (c'est-à-dire à l'opposition dite «modérée») sur l'exemple de ce qui s'est passé dans la Ghouta orientale — où le pouvoir civil est détenu par les groupes d'opposition qui ont accepté de rendre leurs armements lourds et de passer formellement sous le commandement de Damas. Dans les communes les plus problématiques, la police militaire russe veille au respect de ce régime. Ankara suppose qu'au moins dans une partie de la province d'Idlib, les mêmes fonctions de contrôle pourraient être attribuées à l'armée turque, ce qui est inadmissible pour Damas car le gouvernement syrien n'a pas invité l'armée turque sur son territoire.

    Les combattants «modérés» restants sont au centre de négociations sur le dépôt des armes aux Syriens et au Centre russe de réconciliation, mais subissent la pression d'Ankara. Un jeu de négociations moyen-oriental typique a commencé, où les Turcs cherchent à tirer les cartes. Certaines sources djihadistes affirment qu'elles promettent de transmettre des armes aux Turcs et aux groupes proturcs à Idlib en cas de déclenchement de l'opération des forces gouvernementales. Et pendant ce temps-là, des chars et des véhicules blindés turcs continuent d'arriver dans la province turque de Hatay.

    Les communiqués sur la préparation d'une contre-offensive sur Alep et Hama par les djihadistes n'ont pas encore été confirmés, mais en théorie tout est possible. Une seule question pratique suscite des doutes. A l'est de la «réserve», les djihadistes retiennent le périmètre extérieur du front, et à l'arrière se trouvent ces fameux «modérés» avec lesquels marchandent tous les protagonistes. Il est étrange de mener l'offensive contre les forces supérieures de l'ennemi avec des arrières aussi instables, mais nous avons affaire à des gens qui ignorent depuis leur naissance ce qu'est la logique formelle.

    La situation est encore plus intéressante au sud de la région de Lataminah, d'où il est supposément possible d'attaquer Hama. A cet endroit, le front des djihadistes, tout comme la vallée d'al-Gab, est retenu par Jaych al-Ezzah, qui a une grande expérience d'«interaction» avec l'aviation russe.

    Dès le premier jour de participation de l'aviation russe à l'opération syrienne, les QG et les entrepôts de Jaych al-Ezzah près de Lataminah ont été détruits par une attaque aérienne.

    Autrement dit, ce groupe était la première cible pour l'aviation russe sur le territoire syrien parce qu'à l'époque il était nécessaire de stabiliser le front général et de stopper l'offensive des djihadistes sur Hama. Il s'est rapidement avéré qu'étant donné que ce groupe se positionnait comme «politique» et faisait formellement partie des «modérés» de l'Armée syrienne libre, les Américains ont mis à leur disposition des missiles antichars TOW et, pour une raison qu'on ignore, des lance-roquettes antiaériens mobiles. Après quoi, en septembre 2016, ils ont abattu un hélicoptère russe Gazelle (fabriqué par la France mais utilisé par l'aviation russe) qui volait trop bas. Le groupe qui a abattu l'hélicoptère a été pourchassé pendant plus d'un an, et en novembre 2017 l'opérateur du lance-roquettes Hamdo Ahmad al-Hammoud a enfin été éliminé dans le village de Hasraya par un tir de missile direct dans la tranchée où il se trouvait.

    Jaych al-Ezzah a alors rapidement rejoint le front al-Nosra, l'acteur le plus fort dans la région, et a commencé à attaquer la base russe de Hmeimim avec des drones artisanaux. Oui, ce sont ces combattants qui sont responsables des attaques contre Hmeimim. Et maintenant ils feraient mieux de penser à sauver leur âme au lieu de préparer l'offensive contre Hama.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (septembre 2018) (49)

    Lire aussi:

    Les USA font monter les enchères dans la guerre des nerfs syrienne
    Le Front al-Nosra prépare-t-il une nouvelle offensive contre la ville de Hama?
    Le parlement syrien condamne «l’invasion turque» et réclame le retrait des troupes
    Tags:
    opération, aérodrome de Hmeimim, armée gouvernementale syrienne, Bachar el-Assad, Hama, Deir ez-Zor, Idlib, Syrie
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik