Ecoutez Radio Sputnik
    U.S. Army soldiers

    Les forces spéciales US auraient du mal à supporter les épreuves de guerres incessantes

    © AP Photo / Marko Drobnjakovic
    Lu dans la presse
    URL courte
    Nezavissimaïa gazeta
    Traduction de la presse russe (mars 2019) (34)
    3150

    La guerre contre le terrorisme menée par les États-Unis depuis 2001 repose avant tout sur les unités de l'United States Special Operations Command.

    A l'heure actuelle, l'élite des forces armées américaines (USSOCOM), dont les effectifs avoisinent 70.000 hommes, est en première ligne des combats pour les intérêts américains dans plusieurs dizaines de pays, pratiquement sur tous les continents, écrit le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

    Le haut professionnalisme, le patriotisme et le dévouement de ces combattants d'élite est constamment mis en avant par les médias américains et Hollywood, qui produit à la chaîne des films à ce sujet. Cependant, ces dernières années, cette image reluisante s'est considérablement ternie: l'USSOCOM fait face à de graves problèmes de manquement à la discipline et à une sérieuse chute de l'état moral et psychologique des soldats, se reflétant par la hausse de la toxicomanie, de l'alcoolisme et de la violence dans ses rangs, explique le quotifien se référant à la presse US. Tout cela s'est accompagné par une baisse du niveau des compétences professionnelles de ses collaborateurs, ce qui a entraîné plusieurs fois la mort de leurs camarades d'armes.

    L'augmentation du nombre de cas de manquement à la discipline et de comportement complètement amoral au sein des forces spéciales américaines préoccupe particulièrement les politiciens américains, les hauts fonctionnaires du Pentagone et les représentants de la communauté académique des États-Unis — même si tout le monde est loin de partager ces préoccupations au sein du ministère de la Défense.

    Lors des récentes audiences à la commission du Sénat pour les forces armées, Owen West, conseiller du secrétaire américain à la Défense pour les opérations spéciales et les conflits de basse intensité, a balayé les critiques visant l'USSOCOM: «Je vous annonce avec fierté que les forces dédiées aux opérations spéciales ne sont pas surchargées et ne se dégradent pas. Ce sont des forces très saines, prêtes à protéger la nation contre des ennemis qui deviennent de plus en plus forts».

    Ce discours n'a pas convaincu les sénateurs, et des dispositions ont été ajoutées à la loi sur la défense nationale pour l'année fiscale 2019 signée par le Président Donald Trump en août 2018, conformément auxquelles le Pentagone devait présenter avant le 1er mars 2019 aux législateurs une analyse détaillée des programmes logistiques, du niveau nécessaire de préparation professionnelle, morale et psychologique des officiers et du personnel de l'USSOCOM, du rôle et de la responsabilité du conseiller du secrétaire à la Défense pour les opérations spéciales et les conflits de basse intensité dans ce processus et la capacité de l'USSOCOM à faire face aux menaces pour les États-Unis.

    Cette loi stipulait également que les experts du Pentagone devaient analyser et donner une appréciation au niveau de compétences professionnelles et à l'état de préparation morale et psychologique des militaires de l'USSOCOM et des unités d'autres commandements américains agissant conjointement avec ces forces.

    Les spécialistes devaient également analyser le rôle et la responsabilité des dirigeants des ministères de la Défense et d'autres institutions, des commandants de l'USSOCOM de tous les niveaux, notamment son haut commandement, ainsi que des représentants de la direction d'autres commandements des forces armées américaines dont les unités remplissent des missions spéciales, dans la réalisation de tous les aspects des programmes de formation et de garantie du niveau psychologique et disciplinaire afin d'identifier toutes les lacunes existantes et de déterminer la nécessité de directives supplémentaires pour la réalisation systématique et globale des programmes mentionnés. Ils devaient aussi définir le niveau de conformité des systèmes de gestion et de contrôle des processus d'exécution de ces programmes avec les standards actuels du Pentagone.

    Les analystes du Pentagone devaient, entre autres, élaborer des formes et des méthodes d'évaluation individuelle et collective des qualités professionnelles et éthiques des effectifs de l'USSOCOM afin d'identifier les problèmes existants dans ce processus et déterminer l'efficacité des programmes en vigueur. De plus, ils devaient soumettre à l'étude et à l'approbation une liste d'activités visant à régler les problèmes de mise en œuvre des programmes de préparation éthique et professionnelle des combattants de l'USSOCOM et à perfectionner ces processus. En outre, les auteurs de cette revue devaient élaborer des mesures spéciales nécessaires pour augmenter le niveau de contrôle, par le commandement de l'USSOCOM, des processus de formation des spécialistes militaires et civils dans le cadre des programmes mentionnés, ainsi que d'établir des procédures efficaces de suivi des commandants d'unité qui en sont chargés.

    Après une longue étude de l'état éthique et du niveau professionnel des effectifs de l'USSOCOM, les experts du Pentagone ont présenté cette revue spéciale. Le texte intégral de ce document n'est pas disponible en accès ouvert, mais la presse américaine omniprésente a réussi, comme toujours, à prendre connaissance de certains extraits.

    Les médias américains soulignent dans un premier lieu que les résultats de l'analyse du Pentagone sont ambigus. D'un côté, les experts n'ont pas réussi à trouver les raisons systémiques et organisationnelles qui pourraient expliquer les nombreux écarts disciplinaires et amoraux des combattants de l'USSOCOM commis ces dernières années, qui ont eu un impact extrêmement négatif sur l'image de ces forces d'élite au sein de la société et sur l'appréciation de leur activité par le Pentagone.

    Mais d'un autre côté, cette revue note que «le ministère de la Défense met en œuvre plusieurs initiatives visant à améliorer le niveau individuel et collectif des qualités morales et psychologiques des effectifs de l'USSOCOM et de leurs compétences professionnelles». Le document présenté indique également que «le commandement du Pentagone cherche constamment à perfectionner le suivi de l'USSOCOM et les comptes-rendus des hauts responsables concernant l'éthique et le professionnalisme au sein de leurs unités».

    D'après les sources américaines, la revue contient des recommandations pour régler certains problèmes psychologiques. Ainsi, l'USSOCOM doit rédiger prochainement un formulaire permettant de déterminer le niveau de stabilité psychologique des candidats à rejoindre l'USSOCOM et leur prédisposition éventuelle à un comportement amoral. Comme de nombreuses méthodes de sélection des candidats dans ces unités existent déjà, on peut en conclure qu'elle ne suffisent pas aux yeux des experts du Pentagone.

    Les auteurs du document reconnaissent également que la guerre interminable dans laquelle l'USSOCOM est impliquée affecte négativement l'état de ses hommes. «Les effectifs de l'USSOCOM qui tentent de gérer leur violence en état de stress et dans des situations indéterminées sur le champ de bataille nécessitent le maintien du niveau de discipline individuelle et collective le plus élevé», indiquent les experts.

    Fin 2018, le commandant de l'USSOCOM Raymond Thomas a écrit une lettre ouverte aux chefs de toutes les unités de l'USSOCOM les appelant à prêter la plus grande attention au renforcement de l'éthique et du professionnalisme de leurs subordonnés.

    «L'examen des accusations de graves écarts du personnel dans nos unités l'an dernier indique que l'USSOCOM est confronté à un profond problème de désordre dans le regard individuel et collectif porté sur la culture de l'USSOCOM», écrivait notamment le général. Et d'ajouter qu'en ignorant ce problème, l'usage d'un système d'évaluation non systématisé pourrait conduire à une perte de confiance des commandants de tous les niveaux en leurs subordonnés et au final à la perte de confiance des Américains en l'USSOCOM.

    Le commandement de l'USSOCOM procède à une inspection en interne de la préparation professionnelle et de l'état moral et psychologique des militaires des unités subordonnées à tous les niveaux. Cependant, l'étude n'a pas encore porté ses fruits car elle n'en est qu'à l'étape du recueil et du traitement des données de toutes les unités.

    Comme l'indique le Washington Times, malgré l'état déplorable de l'USSOCOM le Pentagone lui a ordonné de réorienter ses unités de la lutte contre les terroristes radicaux, qui a commencé en 2001, vers la résistance aux principaux concurrents sur la scène mondiale: la Russie et la Chine. D'après le journal, les spécialistes de l'USSOCOM ont mis au point le projet de directive réglementant l'activité des troupes à l'ère du numérique.

    Selon ce document, qui attend l'approbation du général Raymond Thomas, les hommes de l'USSOCOM participeront plus activement aux cyberopérations et aux guerres de l'information, mèneront des missions «d'influence» et formeront les alliés des USA à mener des opérations dans un contexte mouvant. «Nos problèmes ne peuvent pas être réglés seulement avec la dissuasion ordinaire», a déclaré en février 2019 Andrew Knaggs, conseiller adjoint du secrétaire à la Défense pour les opérations spéciales et la lutte contre le terrorisme.

    La nouvelle Stratégie de défense nationale de Washington, dont la majeure partie a été formulée par l'ex-chef du Pentagone James Mattis, annonce le passage de la lutte contre les groupes terroristes radicaux non étatiques à la lutte directe contre les forces armées et d'autres structures militaires des principaux rivaux de l'Amérique. Sachant que l'Europe et l'Asie deviendront à nouveau des théâtres d'opérations prioritaires pour les forces armées américaines, tandis que le Moyen-Orient obtiendra le statut de région simplement contrôlée par l'Amérique en cessant d'être la sphère d'une attention prioritaire, des efforts du Pentagone, et la zone principale des activités militaires de l'armée américaine. Mais les unités de l'USSOCOM y resteront à l'avant-garde, par conséquent les problèmes liés à la fatigue des forces spéciales américaines ne disparaîtront manifestement pas — et pourraient même s'aggraver, conclut le média.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (mars 2019) (34)

    Lire aussi:

    L’Onu dit détenir des preuves de l’implication du prince héritier saoudien dans le meurtre de Khashoggi
    Para bellum: un ultimatum de Washington à l’Iran révélé
    Trump croit savoir qui a en réalité organisé les attentats du 11 septembre
    Tags:
    forces spéciales, morale, violences, toxicomanie, alcoolisme, Pentagone, Commandement des forces spéciales américaines (USSOCOM), Raymond Thomas, James Mattis, Donald Trump, États-Unis
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik