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Alors que certains scientifiques affirment que la solitude serait aussi nocive pour la santé que l'obésité ou le tabagisme, d’autres sont persuadés que l’isolement ne ferait aucun mal. Selon eux, être seul auraient des avantages cachés jusque-là ignorés. Faut-il donc craindre la solitude ou plutôt en profiter à son gré?

L'impact de la solitude et de l'isolement social sur l'individu reste jusqu'aujourd'hui l'un des sujets les plus controversés dans le monde scientifique, partageant les chercheurs en deux camps. Si les uns affirment que la solitude augmente le risque de maladies, notamment celles coronariennes et cardiovasculaires, les autres concluent que l'isolement pourrait avoir ses bons côtés, développant, par exemple, la créativité. Vie en couple ou cocon esseulé: quelle serait donc la meilleure solution?

La solitude tue en douceur

La solitude et l'isolement social pourraient représenter pour la population un risque plus sérieux que l'obésité, leur influence ne faisant que s'accroître, selon un rapport de chercheurs de l'Université de Brigham Young, rendu public au 125e congrès de l'Association des psychologues américains et cité par le portail ErekAlert.

«Les relations avec les autres personnes sont un besoin fondamental de l'être humain, qui est décisif tant pour son bien-être qui pour sa survie. Des exemples extrêmes montrent que les enfants emprisonnés et privés de la possibilité d'entrer en contact avec des personnes ne peuvent pas réussir et meurent souvent. Ce n'est pas par hasard si l'exclusion sociale ou une cellule individuelle sont utilisés comme forme de châtiment», a indiqué un auteur du rapport.

De plus, pour Julianne Holt-Lunstad, professeur de psychologie à la Brigham Young University, ce problème prend au cours de ces dernières années une ampleur terrifiante.

«De nombreuses nations du monde pensent actuellement que nous sommes confrontés à une "épidémie de solitude"», a-t-elle ainsi expliqué.

Selon la spécialiste, la solitude serait mortelle pour plusieurs raisons comme les troubles du sommeil, un niveau élevé de stress, une inflammation accrue et une dégradation du système immunitaire. Chacun de ces facteurs conduit à un risque accru de maladies et de lésions mortelles, rapporte le World Economic Forum.

Plus tôt, en 2014, les chercheurs de l'université de Chicago ont démontré que le sentiment de solitude, chez les personnes âgées, augmentait le risque de mort de prématurée de 14%. En comparaison, des facteurs socio-économiques défavorables augmentent de 19% les risques de mort prématurée. La présence d'amis, de la famille est cruciale pour maintenir une qualité de vie propice au bien-vieillir, rapporte le portail scientifique, consacré à la dépression.

Ayant effectué une recherche visant à étudier l'impact biologique de la solitude sur le corps humain, les chercheurs ont constaté que se sentir seul diminue les capacités de résilience, c'est-à-dire les ressources internes pour faire face au stress ou pour se remettre d'une maladie. Par ailleurs, le sentiment de solitude a également un effet délétère sur la qualité du sommeil et favorise les risques de dépression.

De plus, comme l'a montré une autre étude datant d'avril 2016 et publiée par des chercheurs de l'université de New York dans le British Medical Journal, c'est sur le cœur et les artères que la solitude ferait le plus de dégâts sur l'organisme humain.

En effet, selon cette étude, un individu seul voit son risque d'AVC augmenter de 32%, présente un risque d'angine de poitrine ou de crise cardiaque supérieur de 29%. Parmi les causes essentielles de ce phénomène, on trouverait le mode de vie de ces individus, souvent plus enclins à manger moins sainement, à fumer et à moins pratiquer des exercices physiques.

La solitude a aussi des côtés positifs méconnus

Alors que beaucoup de spécialistes dans les domaines de la psychologie, de la biologie et de la médecine sont en train d'alerter des dangers de la solitude, cet avis semble plutôt amuser les scientifiques de l'Université d'État de New York à Buffalo qui ont découvert dans une étude que prendre du temps pour soi renforcerait la santé mentale grâce au processus de créativité.

À son tour, comme le rappellent les chercheurs, la créativité réduit le stress et aide notre cerveau à fonctionner avec une efficacité optimale, en créant la quantité nécessaire de dopamine, cette molécule qui transmet des informations entre les neurones. Le stress se réduit, ce qui permet au cœur de rester en bonne santé et diminue le risque de démence sénile.

De plus, d'après Eric Klinenberg, professeur en sociologie à l'Université de New York, la solitude aurait un autre effet bénéfique sur la santé de l'individu. Elle permet, notamment, de prendre du recul pour mieux percevoir la vie quotidienne avec discernement et énergie.

«Réfléchir seul est un bon moyen de donner un sens à nos choix. À moins d'être entièrement satisfait de vous-même et de votre façon de vivre, la solitude productive est une nécessité», affirme Eric Klinenberg, cité par le portail Plus saine la vie.

À son tour, Bella DePaulo, psychologue à l'Université de California Santa Barbara, a décidé de dissiper le mythe sur les dangers éventuels causés par la solitude.

«Le stéréotype très ancré affirmant que les gens sans partenaire sont malheureux et solitaires et que leur seul but est de trouver un conjoint, est un mythe», indique Bella DePaulo.

Selon la scientifique, les célibataires ont plus d'avantages que ceux qui vivent en couple, indique The Independent.

Comme l'estime Mme DePaulo, les célibataires peuvent obtenir de meilleurs résultats dans leur carrière et sont plus engagées dans le développement de leurs capacités et de leurs talents. En outre, les célibataires sont plus actifs dans le domaine sportif, souffrent moins de l'obésité et ont souvent une silhouette plus mince.

Y a-t-il un moyen de combattre la solitude?

C'est un secret pour personne qu'il est important de bien se sentir dans sa peau et dans sa tête qu'on soit seul ou en entouré de ses proches. Si toutefois la solitude commence à peser lourd, Julianne Holt-Lunstad donne quelques conseils.

Elle souligne que les gens peuvent éviter la solitude en adoptant une approche plus proactive de la socialisation. Ainsi, au lieu de passer du temps sur leur Facebook, les personnes seules pourraient fréquenter des clubs associatifs ou planifier des rencontres avec leurs voisins. Les médecins peuvent également jouer un rôle pour alerter les patients plus âgés sur les risques de la solitude et offrir des moyens de lutter contre ses effets, a-t-elle expliqué.

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Tags:
santé, danger, maladies, chercheurs, science, solitude
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