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    Tigre et grisard

    Peut-on vraiment parler d'instinct chez l'humain?

    © Sputnik . Vitaly Ankov
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    Il n'est pas rare que l'instinct (de survie, de perpétuation) serve à justifier les actes douteux d'une personne. En réalité, des scientifiques ont découvert que l'homme n'avait pas de modes de conduite innés aussi profonds que l'animal. Nos actes résultent en grande partie de notre éducation et de notre expérience, et non d'un programme génétique.

    Un instinct aveugle

    Quand un jeune coucou vient s'inviter dans le nid d'un pouillot ou d'un bec-fin, en général le petit ne ressemble pas aux autres ni en termes de taille, ni par sa couleur. Plus encore, au 14e jour de sa vie, un coucou fait presque 3 fois la taille de ses «parents adoptifs». Mais ces derniers semblent ne pas le remarquer et partagent avec l'«orphelin» toute la nourriture qu'ils trouvent.

    En effet, les oiseaux ne remarquent rien à part un bec jaune grand ouvert et le cri spécifique des petits qui leur permet de demander la nourriture. Ces stimuli éveillent chez les animaux un instinct parental, déclenchent une série d'actions déterminées. Un oiseau agira toujours et partout selon le même schéma validé par l'évolution: nourrir celui qui ouvre le bec.

    «L'instinct est toujours génétiquement déterminé, il est inné. Son développement ne nécessite pas une éducation supplémentaire, il est identique pour tous les spécimens de l'espèce. L'instinct inclut un besoin, un stimulus-clé et une série d'actions déterminées. Cette dernière se compose d'un comportement appétant — la recherche et le rapprochement d'un objet de satisfaction du besoin — et d'un comportement de consommation — la satisfaction du besoin (la capture de la proie, la reproduction, etc.). Il est impossible de trouver chez l'homme et les animaux supérieurs des instincts classiques conformes à cette définition. Le processus d'évolution nous a laissé un seul élément d'instinct: le besoin inné», explique Ekaterina Vinogradova, docteure ès sciences médicales et maître de conférences en activité nerveuse supérieure et en psychophysiologie à l'Université d'État de Saint-Pétersbourg.

    Un indice indispensable

    Tous les animaux sans exception possèdent des besoins innés. Mais ils les assouvissent différemment. Les arthropodes et les insectes préfèrent faire entièrement confiance à leurs instincts. Par exemple, si l'on retire d'un nid de pompiles (Pompilus plumbeus) une tarentule paralysée par une morsure destinée à nourrir la progéniture, et qu'on la pose à côté, le pompile partira à la recherche d'une autre araignée vivante, même s'il voit la nourriture posée à proximité. Le prédateur ne pourra rien faire parce que ce n'est pas prescrit dans son programme d'action instinctif.

    Chez les poissons, un tel schéma de comportement rigoureux commence à s'effacer. Les études ont révélé qu'ils se sont dotés d'une certaine notion de leur propre individualité, alors que les instincts perdent leur précision parfaite. Chez les oiseaux, seul le spectre d'éducabilité peut être considéré comme inné. Alors que chez les primates supérieurs et chez l'homme, au lieu d'un programme d'action clair il ne reste qu'un indicateur de la direction à prendre.

    «Je crains qu'il soit impossible de tracer exactement la ligne où les instincts disparaissent. L'évolution est un processus continu. Les instincts «durs» ou les programmes universels commencent à jouer un rôle de plus en plus réduit au cours de l'évolution. Au fur et à mesure du développement du système nerveux central, l'apprentissage, qui permet de s'adapter aux conditions changeantes, prend de plus en plus d'importance. L'organisme devient plus souple», explique Ekaterina Vinogradova.

    Au final, nous avons seulement des besoins. Mais ce sont nos congénères qui nous apprennent comment les satisfaire. Même en ce qui concerne la procréation (à première vue, le besoin inné le plus fort), les primates supérieurs ne peuvent pas se passer de l'aide d'un tiers. Ainsi, chez les orangs-outans, dont les petits vivent les six premiers mois de leur vie avec leur mère, il est convenu de «former» les jeunes en faisant démonstration de l'acte sexuel. Si la mère ne trouvait pas un mâle à proximité, elle peut commencer à s'accoupler elle-même avec son petit. Quant à l'homme, on estime qu'en l'absence d'éducation sexuelle la seule manière pour lui de satisfaire le besoin inné de procréation est la masturbation.

    Réflexe ou instinct

    Tous les nourrissons peuvent trouver le sein maternel à l'odeur, ouvrent la bouche et attrapent fortement le doigt d'un adulte quand on leur touche les lèvres. Cependant, préviennent les spécialistes, un tel comportement ne peut pas être qualifié d'instinctif: il s'agit de réflexes inconditionnels innés, dont la plupart disparaissent autour de l'âge d'un an. Ensuite, le comportement humain se forme uniquement par l'apprentissage et l'expérience.

    «La principale différence est due au fait que le réflexe inconditionnel, indépendamment du besoin, est toujours déclenché en stimulant un champ réceptif. Qu'un enfant veuille manger ou non, la stimulation des récepteurs de ses lèvres provoque un mouvement de succion, celle de la main un geste de préhension. Indépendamment du nombre de fois que vous toucherez les lèvres ou les mains — dix, vingt ou cent — le réflexe aura se produira toujours. Or l'instinct ne réagit à l'action d'un stimulus qu'en présence d'un besoin. Une guêpe fouisseuse a creusé un trou, a pondu des œufs, a apporté la nourriture, a fermé le nid et c'est tout: la série fixe d'actions ne se réalisera pas une seconde fois. Si un mouton n'a pas de besoin sexuel au printemps, il n'aura pas de réaction sexuelle à la première chaleur des brebis, mais seulement à la seconde. De plus, la réalisation du réflexe inconditionnel est bien plus simple par rapport aux instincts, car elle n'inclut pas de phase d'appétit ou de consommation. Ce qui est, d'ailleurs, à l'origine des débats pour savoir si un haussement de sourcils en saluant une bonne connaissance est un instinct», souligne Ekaterina Vinogradova.

    En effet, les débats concernant l'unique instinct humain officiellement enregistré ne cessent pas depuis des décennies. Le biologiste autrichien Irenäus Eibl-Eibesfeldt a montré que tous les humains, partout dans le monde, haussaient involontairement les sourcils quand ils rencontraient une personne qu'ils appréciaient. Cela ne dure qu'un sixième de seconde, mais tout le monde le fait. Même les aveugles de naissance réagissent ainsi à une voix agréable.

    Alors que la position des spécialistes concernant l'hypothèse de Steven Pinker selon laquelle l'instinct spécifique de l'Homo sapiens serait celui du langage est sans équivoque.

    «Les adeptes de Noam Chomsky (dont Pinker fait partie — ndlr) ne sont pas des biologistes, des ethnologues ou des philologues. C'est pourquoi ils attribuent au terme «instinct» leur propre sens. Tout bute sur les définitions. La définition apportée par les biologistes est claire: l'instinct ne nécessite pas un apprentissage supplémentaire. C'est pourquoi le langage ne peut être un instinct. La particularité spécifique n'est que la capacité de maîtriser le langage, mais cette maîtrise résulte d'un apprentissage», estime le chercheur.

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    Tags:
    nature, ADN, homme, instinct, science
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