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La récente tracasserie subie en ce début d’année par des utilisateurs de drones Karma –de fabrication GoPro– doit attirer notre attention. Ces adeptes du pilotage télécommandé furent incapables de diriger leur appareil faute de signal GPS, amenant à une certaine circonspection vis-à-vis d’une technologie pas toujours très bien appréhendée.

La société américaine GoPro, très connue et appréciée des utilisateurs de caméras d’action performantes, s’est engouffrée dans le secteur concurrentiel des drones en 2016, avant d’en sortir en 2018 en raison de complications financières. Son unique modèle commercialisé fut le Karma, qui bien entendu bénéficia de la compatibilité avec les caméras vidéo de la marque. Or, le lancement fut chaotique en raison d’un souci de puissance électrique qui obligea le fabricant à réviser la série en production.

Le retour sur le marché du produit fut jugé si décevant au niveau des ventes que la firme arrêta son activité drone quelques mois après. Hélas, l’agonie du Karma –au nom immérité– s’est récemment prolongée, selon The Verge, magazine d’informations technologiques en ligne, avec les récriminations de plusieurs utilisateurs incapables de démarrer ou de piloter leur appareil depuis le passage à l’an 2020.

Le bug de l’an 2020

Il semblerait théoriquement que ces drones aient subi un bug ayant frappé plusieurs navigateurs GPS courant 2019 en raison d’un système de calcul particulier (pour simplifier, le calculateur interne chiffre en semaines jusqu’au nombre limite de 1024 puis repart à zéro. Théoriquement, cet aspect ne serait pas gênant dans le cadre d’une activité ne faisant aucunement appel à un critère temporel. Or, une majorité de drones ont besoin d’une mise au point basée sur la géolocalisation (GPS, GLONASS ou GALILEO) afin de bénéficier d’un pilotage pointu (pour éviter de s’écraser sur le relief) ou du mode maison (retour automatique au point de lancement si la batterie est trop faible). Et parmi les éléments pris en compte par la puce GPS de ces engins figurent les données temporelles.

Cette mésaventure doit nous alerter sur l’implication très étendue du système de géolocalisation par satellites: l’imbrication de cette technologie sur des appareils nomades circulant par voie terrestre, maritime ou aérienne amène à la fois un confort bienvenu –et même utile au premier plan (services de secours)– tout en renforçant notre dépendance à cette technologie.

Et si l’on repassait en mode dégradé?

S’imagine-t-on ainsi nous séparer d’un système de navigation numérique lors d’un déplacement inhabituel de quelque nature que cela soit?

À moins d’être un adepte du survivalisme, bien peu répondront qu’ils seraient prêts à le délaisser pour une carte à l’ancienne ou des repères visuels: nous sommes désormais conditionnés par cette habitude de nous en remettre à la cartographie en temps réel. Or, le souci survenu sur les appareils GoPro expose crûment que nombre de nos activités –professionnelles, ludiques, relationnelles ou domestiques– peuvent être impactées par un dysfonctionnement mineur ou majeur susceptible de nous incapaciter.

Le mode dégradé est en provenance directe du monde militaire: il ressort du bon sens puisqu’il prend comme base l’éventualité d’une cessation temporaire du système de géolocalisation ou d’une altération de ses données. À partir de là, le particulier ou le professionnel ne va pas appliquer des méthodes militaires, bien entendu, mais il doit se prémunir de toute déficience de ses appareils. Cela implique par exemple pour des chauffeurs/livreurs de mémoriser les différents quartiers d’une ville, pour un appareil en mode autonome de basculer en mode manuel ou pour un agriculteur d’opérer un épandage à vue.

Si l’Amérique le veut, ton drone ne décollera point

En outre, la mésaventure du constructeur américain –pour indépendante de sa volonté qu’elle soit– ne doit pas nous faire oublier que la navigation par satellite reste une mise à disposition des autorités américaines de leur système militaire aux populations civiles et sociétés commerciales tierces.

Ce qui signifie qu’en cas de besoin – par exemple une utilisation militaire intensive– le gouvernement américain peut fort bien couper toute communication de données… a fortiori celles du pays avec lequel il est en conflit. Et ce de la même manière que pour Internet, dont elle possède les clefs du registre des noms de domaine (Domaine Name System), répertoire qu’elle peut déconnecter à sa guise.

Ce «bouton de la mort» (kill switch) est une possibilité qui a forcé plusieurs États à se prémunir de ce risque d’être exclu d’une technologie désormais primordiale pour plusieurs secteurs (militaire, économique, scientifique et même financier) en lançant leur propre système de navigation par satellites, comme GLONASS pour la Russie, BEIDU pour la Chine et GALILEO pour l’Union européenne.

Même si, et ce de plus en plus fréquemment, les systèmes de géolocalisation et de navigation sont capables de basculer d’un opérateur vers un autre, cela n’empêche pas de craindre le bug de l’an 2020, puisqu’il s’agit moins d’une rupture de faisceau que d’une remise à zéro des paramètres de calcul, mais derechef, pareille déconvenue est un utile avertissement que le fonctionnement de nos appareils dans un contexte d’hyperconnectivité nous rend d’autant plus fragiles face à leurs «turpitudes».

 

 

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GLONASS, drone, GPS
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