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Chauffer son appartement gratuitement ou prendre un bon bain chaud avec des ordinateurs, c’est désormais possible grâce aux produits innovants conçus par la société française Qarnot. Contactée par Sputnik, la PME explique comment valoriser les déchets des uns pour en faire le bonheur des autres.

Il y a dix ans, une idée est venue à l'esprit de deux ingénieurs français, Paul Benoit et Miroslav Sviezeny: utiliser la chaleur informatique dégagée par les serveurs. C’est ainsi qu’aujourd’hui leur société Qarnot propose radiateurs-ordinateurs et chaudières numériques permettant de chauffer grâce aux calculs des serveurs.

Actuellement, la société basée à Montrouge comptabilise environ 2.000 radiateurs et une cinquantaine de chaudières installés en France et en Finlande, précise Qarnot contacté par Sputnik. La PME vise les marchés étrangers: l’Allemagne, le Canada et les pays d’Europe du Nord. Mais cela n'a pas toujours été le cas. Au début, leur idée a été accueillie avec un certain scepticisme, considérée comme très excentrique.

«Qarnot est arrivé en avance dans des secteurs qui n'étaient pas encore prêts au changement. Il y a dix ans, l'écologie n'avait pas pénétré nos sociétés de manière aussi prépondérante qu'aujourd'hui», explique à Sputnik Quentin Laurens, porte-parole de la société.

Radiateur et ordinateur

Selon les deux cofondateurs de Qarnot, ils voulaient utiliser intelligemment la chaleur dégagée par les ordinateurs «dans une logique d’économie circulaire numérique: la chaleur, déchet des uns dans l’informatique devient la ressource précieuse des autres dans le bâtiment».

Le radiateur-ordinateur, au design minimaliste et de couleur noire avec une tablette en bois, renferme des processeurs informatiques haute-performance. Ces derniers sont utilisés par les entreprises qui ont besoin de serveurs puissants: concepteurs de jeux vidéo et d'animation 3D, centres de recherche scientifique, banques. Quant à l’utilisateur, s’il souhaite plus de chaleur, alors le radiateur-ordinateur réalise plus de calculs informatiques, le tout gratuitement.

​Les premiers radiateurs ont été installés en 2013 dans une résidence du XVe arrondissement de Paris. Depuis, leurs produits ont trouvé une place dans des logements sociaux à Montreuil ou encore un collège à Cenon. En 2018, la société a équipé un bâtiment entier à Bordeaux, une première mondiale.

«L'idée de Paul Benoit a en effet consisté en la recherche d'une solution technologique qui permettrait de valoriser la chaleur fatale informatique, la chaleur dégagée par les serveurs en fonctionnement. L'autre enjeu important: rendre les ordinateurs silencieux (les pièces mobiles d'un ordinateur, comme le ventilateur, sont bruyantes), et recourir donc à un procédé de dissipation directe de la chaleur. La création du radiateur-ordinateur est donc née de cette idée», expose le porte-parole de la société.

Parallèlement, la PME de plus de 30 salariés a développé des logiciels «soft» pour assurer la distribution des calculs informatiques haute-performance.

Une chaudière pas comme les autres

En décembre 2019, l’entreprise a lancé un autre produit innovant qui représente aujourd'hui le plus gros de son activité commerciale bâtiment: une chaudière numérique. Elle produit de l’eau chaude grâce à la chaleur dégagée par les 24 processeurs informatiques et permet de chauffer de l’eau (de qualité sanitaire) à plus de 60°C. Récemment, les chaudières ont été installées pour des bains et douches publics de la Métropole de Nantes.

QB1, chaudière numérique
© Photo / Qarnot
QB1, chaudière numérique

Contrairement aux radiateurs, éteints en été, les chaudières numériques tournent toute l’année, souligne la société.

Le «green computing»

«Nous proposons en réalité une alternative écologique aux data-centers, ces grandes usines du numérique, en distribuant la puissance de calcul informatique directement dans les bâtiments où la chaleur est nécessaire», note M.Laurens.

Selon lui, actuellement l’entreprise se trouve en plein essor malgré les vagues épidémiques.

En 2020, la PME a installé ses radiateurs à Kankaanpää, en Finlande, «un terrain business très intéressant».

«Il reste néanmoins des freins réglementaires en France pour qui ne rentre pas exactement dans une case. Qarnot n'est ni véritablement un data-center, ni véritablement un chauffage au sens courant. Alors il faut batailler pour être reconnu comme produit écologique à l'heure où les pouvoirs publics encouragent les innovations vertes», poursuit le porte-parole.

Concernant ses futurs produits, Qarnot reste évasif, évoquant un modèle perfectionné de sa chaudière: «Nous perfectionnons sans cesse nos produits pour les conduire à de meilleures performances […]. Une v2 de la chaudière est possible».

​Alors que l'efficacité énergétique est au cœur des préoccupations des autorités, en mars 2020 Qarnot a levé six millions d'euros auprès d’investisseurs.

«Les sujets que nous traitons sont plus que jamais la priorité: la pollution numérique d'une part et la transition énergétique des bâtiments d'autre part», conclut l’entreprise.

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chauffage, serveur, innovations, start-up
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