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    La ville des vieillards heureux, ou Comment prendre un coup de jeune à la japonaise

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    Selon les prévisions, en 2055, près de la moitié des habitants du Japon auront plus de 65 ans. Avec la contribution de l'Etat, les gérontologues nippons effectuent une recherche dans une cité-dortoir typique du pays et appelée à intégrer les retraités à une vie sociale active.

    Selon les prévisions, en 2055, près de la moitié des habitants du Japon auront plus de 65 ans. Avec la contribution de l'Etat, les gérontologues nippons effectuent une recherche dans une cité-dortoir typique du pays et appelée à intégrer les retraités à une vie sociale active. Les premiers résultats sont rassurants: il s'avère que la société reçoit l'aide nécessaire, et les personnes âgées ne se sentent pas inutiles.

    "Actuellement, un Japonais sur cinq a plus de 65 ans et en 2055, les personnes âgées représenteront presque la moitié de la population, à savoir 40,5% des habitants du pays. Cela nécessite des changements au sein de la société, qui doit devenir plus accommodante et plus adaptée aux besoins des personnes âgées. C'est ainsi qu'est apparu le projet Aging in place - "Modèle d'une ville pour la longévité", a déclaré dans une interview accordée à RIA Novosti le professeur Hiroko Akiyama de l'Institut de gérontologie de l'université de Tokyo.

    Une ville du futur?

    La cité de la ville de Kashiwa de la préfecture de Chiba est une cité-dortoir classique située à une heure de route de Tokyo. Elle a été construite dans les années 1960 pour ceux qui empruntaient un train plein à craquer vers le centre de la capitale pour accomplir le "miracle économique japonais".

    Ici, on prend conscience que la construction massive traditionnelle n'a pas d'appartenance nationale, et que l'idée architecturale visant à faire des économies est très simple: en effaçant les hiéroglyphes indiquant les noms des rues et en oubliant la circulation à gauche, on a l'illusion que Toyoshikidai est une cité ordinaire d'une ville russe avec les mêmes anciens immeubles (de l'époque de Khrouchtchev) de cinq étages de même âge.

    La cité a vieilli avec ses habitants: aujourd'hui, ils sont plus de 40% à avoir 65 ans et plus. C'est cette cité qui a été choisie par l'université de Tokyo, l'administration de la ville de Kashiwa et l'agence immobilière UR en tant que modèle pour un projet commun destiné à étudier l'avenir de la société japonaise au milieu de ce siècle.

    Une seconde vie

    Le Japon est le pays à avoir la plus grande espérance de vie. En moyenne, 86 ans pour les femmes et 80 ans pour les hommes. Ainsi, on utilise souvent l'expression "Seconde vie" - le tiers de la vie après le départ à la retraite.

    "Quand j'ai pris ma retraite il y a trois ans, j'étais sûr que je ne travaillerais plus jamais. Au début, je m'occupais de moi, je voyageais, lisais. Ensuite, j'ai commencé à remarquer que ma femme me traitait comme si j'étais un meuble ou un déchet. Puis j'ai entendu parler du projet et accepté de devenir une souris de laboratoire", raconte l'un des participants, Takashi Egi âgé de 64 ans.

    Comme 200 autres retraités âgés de 64 à 81 ans, il a adhéré en automne dernier au séminaire, a reçu les connaissances de base dans le nouveau métier choisi et… s'est mis à travailler.

    "On appelle ça la répartition du travail: un groupe de 5-6 personnes fait tour à tour le travail d'un seul homme. Cela laisse aux retraités le temps d'avoir leurs occupations, de rendre visite aux médecins, de voyager, mais ç'est aussi la possibilité de se sentir utile. C'est une solution parfaite pour échapper à la solitude, l'isolement et la dépression", estime le professeur Akiyama.

    La répartition du travail est un modèle où pendant des horaires déterminés au préalable et convenables pour tout un chacun, les retraités font un travail qui leur plaît et que tout le monde ne veut pas forcément faire.

    Il s'est avéré que les possibilités d'occuper "les vieux" étaient très nombreuses: certains travaillent dans un café, pensé comme un centre de communication pour des personnes âgées où on peut venir discuter et boire un thé. D'autres, anciens ingénieurs, employés de bureau et même directeurs d'usine, acceptent avec plaisir de cultiver des légumes dans un minuscule jardin de la maison de retraite voisine.

    La maternelle de la cité-dortoir a comblé le manque d'éducateurs grâce aux retraités, qui lisent volontiers des livres aux petits, les mettent au lit et les aident à s'habiller pour une promenade.

    "Avant de travailler ici, je n'ai jamais été en contact avec les enfants, toute ma vie j'ai travaillé dans une ferme, je vivais chez ma mère… Et au début, j'ignorais si j'allais m'entendre avec eux. Mais en réalité, c'est un véritable bonheur lorsqu'ils courent dans le jardin en me bousculant presque! Comme si d'un monde noir et blanc, je venais d'atterrir dans un endroit vivant plein de couleurs diverse et variées", partage ses impressions Ikue Kotani après les premiers mois de travail dans la maternelle.

    "Toute ma vie je me suis occupée de la maison et des enfants, je n'avais jamais travaillé. Et j'ai décidé d'essayer. C'est si agréable quand des inconnus vous disent merci, a raconté Reyko Ueoka âgée de 81 ans. "Je travaille seulement deux heures par jour deux fois par semaine. Mais ma vie a complètement changé. Je sors plus souvent dans la rue, je prends soin de moi, j'ai un rythme de vie correct", a-t-elle ajouté.

    Travailler avec plaisir est le gage d'une bonne santé

    "Pour être honnête, au cours de cette période, je n'ai remarqué aucun changement. Ma vie est peut-être devenue un peu plus intéressante. Et j'ai été étonné de connaître les résultats de la recherche", déclare Takashi Egi, ou comme il s'appelle lui-même "souris de laboratoire du projet".

    La recherche est menée par l'institut de gérontologie de l'université de Tokyo, dont le département se trouve également à Kashiwa. Pendant la recherche, on étudie l'état de santé des retraités qui n'ont pas encore commencé à travailler, jusqu'à l'état de la mémoire et des parois internes des vaisseaux sanguins. Puis on leur demande d'avoir un journal-formulaire, où il faut remplir des cases sur les occupations de la journée, la santé, les promenades. Une analyse de l'état de santé est effectuée 6 et 12 mois après le début du travail.

    "Pour l'instant, nous n'avons que les premiers résultats - nos participants ont commencé à travailler seulement en janvier-mars. Mais les informations dont on dispose déjà parlent d'elles-mêmes. On constate une amélioration significative de la mémoire, l'échographie montre une amélioration considérable des parois des vaisseaux sanguins, une diminution du taux de graisse hypodermique et un raffermissement des muscles. D'après les formulaires, nos sujets passent beaucoup plus de temps en dehors de la maison, en plein air. Beaucoup ont trouvé des hobbys, certains se sont mis à jouer au tennis ou à apprendre à maîtriser l'ordinateur", a déclaré Kodzi Shibasaki de l'Institut de gérontologie.

    Riti Inoue a pendant longtemps occupé le poste de président des départements étrangers d'une compagnie transnationale, a vécu dans de nombreux pays, et enseigne aujourd'hui deux heures par semaine l'anglais aux élèves d'une école préparatoire. Il estime que son but est d'enseigner plutôt la propension à communiquer que la grammaire de la langue.

    "Pour être franc, j'ignore dans quelle mesure ce que je dis reste dans la tête des enfants, reconnaît-il en riant. Je ne sais qu'une seule chose, personnellement j'éprouve un immense plaisir grâce à ça."

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