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    Ouest-France s'est tiré une balle dans la tête !

    Ouest-France s'est tiré une balle dans la tête !

    Photo: AFP
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    Voici que Ouest-France qui domine l'information en Bretagne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en tirant à environ 766 970 exemplaires vendus aux Bretons chaque jour et qui est aussi le premier quotidien francophone du monde avec ses 2 441 000 lecteurs, a ordonné, selon les dires du syndicat CFDT, l'ordre du retrait du magazine Bretons.

    Il s’agit de l’édition du mois de février retirée des kiosques à cause du titre parlant du souhait des Bretons de devenir un pays indépendant. L'affaire montre les limites de la liberté d'expression et la totale servilité des journalistes au système. Au-delà, c'est aussi une preuve que le pouvoir en place, relayé par les médias, interdit au peuple breton la reconnaissance qu'il mérite et que le rôle de Ouest-France en Bretagne serait une mission de contrôle de l’opinion, donc bien plus politique que journalistique. Quelle aurait été la réaction des élus français, des médias et des ONG si l'affaire avait eu lieu en Russie ?

    Affaire vite étouffée. Le Magazine Bretons du mois de février aurait été retiré pour des raisons techniques et non pas politiques… Toutefois, il n'est pas possible de joindre par téléphone celui qui aurait donné l'ordre, François Régis Hutin, président-directeur général (PDG) de Ouest-France, et celui qui a reçu l'ordre, Didier le Corre le rédacteur en chef de Bretons. Dans un entretien du mois de novembre 2012, ce dernier a pourtant expliqué devant la caméra : « Bretons est un magazine qui est disponible partout. La « débretonisation » de Nantes et de la Loire-Atlantique, ce qui est assez scandaleux de la part de Jean Marc Ayrault... Il y a des moments comme ça qu'il ne faut pas laisser passer. Il faut dire stop. » http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=tSvDpMECYVo&noredirect=1 . Le soudain silence radio du rédacteur en chef dérange par rapport à ses dernières déclarations. Dans ce numéro retiré des kiosques, Didier Le Corre a écrit « aucune des régions européennes qui a retrouvé son indépendance en tant que pays, comme la Lituanie, la Slovénie, ou la Tchéquie ou l’Écosse, et la Catalogne bientôt, n'a sombré dans le chaos. Au contraire, elles s'en portent que mieux. Il n'y a qu'en France que chacun prend pour acquis que la nation est une et indivisible. Pire que ça, les plus hautes autorités permettent encore de fouler aux pieds tout ce qui pourrait attenter au rêve jacobin d'un pays constitué de Paris et de son désert.Tel un enfant pris la main dans le sac par son maître, il a accepté d'obéir aux ordres devenant ainsi un de ces petits soldats du journalisme et un symbole de ce qu'est le journalisme en France. Au-delà de cette affaire, ce qui émerge c'est la réelle volonté des pouvoirs publics de tenir en laisse l'information et la Bretagne.

    Faut-il rire ?« Loin des clichés, Bretons s'intéresse à ce qui fait la spécificité de l'âme bretonne et ce qui rend la Bretagne si particulière. Des sujets sur la langue, l'identité ou l'histoire, le regard décalé d'artistes ou d'écrivains, nous amènent à réfléchir à la question fondamentale : quel sens y a-t-il à être Breton aujourd'hui ?», peut-on lire sur le site de Bretons http://bretons-mag.com/content/5-bretons. Ouest-France qui distribue Bretons, lui, se vante d'appartenir à une association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste http://www.ouest-france.fr/contact.php. On apprend que cette association a pour but, par sa charte de l'information de rappeler les valeurs humanistes auxquelles elle aime se réfère et qui mentionne les règles que ses journalistes sont appelés à respecter : « Honnêteté intellectuelle, prudence d'écriture et respect des personnes ». Cette charte est intitulée « Dire sans nuire, montrer sans choquer, témoigner sans agresser, dénoncer sans condamner ».

    Fin d'un système. Le site Breizatao http://breizatao.com/?p=12495 dénonce le retrait de Bretons des kiosques et parle d'un acte de censure : « L’actionnariat minoritaire d’Ouest-France ne fait que souligner encore davantage la lâcheté du directeur de publication de Bretons, Didier Le Corre, lequel s’est platement soumis aux injonctions du grand sachem Hutin. Pire, en niant la réalité de cette censure, prétextant des problèmes « techniques », il s’en est fait le complice objectif». Pour le site 7seizh.info http://7seizh.info/2013/02/01/le-ras-le-bol-de-la-bretagne-a-papa/ dans un article de Fabien Lécuyer intitulé « Pour le ras le bol de la Bretagne à papa », l'affaire de Bretons montre la fin d'une hégémonie sur la Bretagne qu'elle soit journalistique ou politique car plus de 30 % des Bretons âgés de moins de 24 ans se revendiquent indépendantistes et ne s'orientent plus vers Paris pour leur avenir. Pour le parti Breton http://www.partibreton.org/index.php?option=com_content&view=article&id=215:un-sentiment-national-reaffirme-en-bretagne-malgre-l-emprise-francaise&catid=29&Itemid=6, qui souligne que 53 % des jeunes Bretons de moins de 35 ans sont pour l'indépendance de la Bretagne, « ça montre le fort sentiment national breton malgré 500 ans d'occupation française faite par l'appareil d’État et des médias et des partis politiques qui le servent». Le parti breton en profite pour dénoncer « les petites manœuvres minables des socialistes dans le pays de Nantes pour faire disparaître l’identité bretonne». Dans cette affaire Ouest-France s'est définitivement tiré une balle dans la tête tout comme le magazine Bretons. Qui, à l'avenir, pourra faire confiance à ces titres de presse qui pratiquent la censure et la désinformation ? Maintenant c'est clair ! Le plus grand journal francophone, il vient d'en faire la preuve, pratique la censure, donc la désinformation dans ses lignes ! Tous les journalistes de Ouest-France seraient, donc, à l'image de Didier Le Corre, tenus à la laisse ? A l'annonce de la nouvelle, les Bretons, qui considèrent Ouest-France comme un journal de propagande juste bon pour allumer le feu de la cheminée, du barbecue ou pour décrotter leurs bottes en revenant du jardin, se félicitent en tout cas de ce couac.

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