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Crash du vol MH17 : la Malaisie a sa propre version de la catastrophe

Crash du vol MH17 : la Malaisie a sa propre version de la catastrophe

Photo: RIA Novosti/Andrei Stenin (archive)
Société
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Les Néerlandais ont enfin publié un rapport préliminaire sur le drame du vol MH17 du 17 juillet dans le ciel de l'Ukraine. L'avion s'est disloqué en vol sous l'effet des « dégâts structurels causés par un grand nombre de projectiles à grande vitesse qui ont pénétré dans l'avion depuis l'extérieur ». En d'autres termes, l'avion malaisien a été abattu, ce qui ne faisait d'ailleurs que peu de doute.

Le rapport du 9 septembre n'a pas dévoilé les mystères de la catastrophe. Il a seulement fait la synthèse des données reçues. Cependant le rapport a servi de nouveau prétexte aux experts indépendants pour revenir à la discussion sur des versions de la tragédie différant fortement de la version que Kiev et Washington ont fait croire au monde. A savoir que l'avion aurait été abattu par les « séparatistes » avec la connivence, voire « l'aide », de la Russie.

Diaporama : Les Pays-Bas préparent la publication du rapport sur la tragédie du vol MH 17

Les trois versions essentielles sont disponibles : l'avion a été abattu avec un système de missiles Buk par méprise par les troupes ukrainiennes ; l'avion a été abattu par le même système de missiles manipulé par les miliciens ; l'avion a été abattu par un missile sol-air et mitraillé par les chasseurs ukrainiens. Toutes les autres versions ne sont que des dérivés des trois premières.

Il y a cependant une quatrième version, la plus exotique : une tentative d'attentat contre le président de Russie Vladimir Poutine entreprise par Kiev. Le 17 juillet, les couloirs des deux avions (malaisien et présidentiel russe) se sont croisés au-dessus de la Pologne. La configuration et même les couleurs des avions se ressemblent. Mais l'avion du président Poutine est passé par le couloir une heure plus tôt. La partie russe trouve cette version absurde. L'avion de Poutine n'a pas survolé l'Ukraine.

La Russie est intéressée peut-être plus que les autres à établir la vérité, estime l'expert du Fonds de la perspective historique Pavel Sviatenkov :

« Il y a un haut degré de probabilité que la catastrophe du Boeing malaisien soit une provocation du gouvernement ukrainien. Un préjudice considérable a été causé à l'image de la Russie. Nous allons œuvrer pour obtenir la vérité ».

Selon le ministère russe de la Défense, le jour de la catastrophe la reconnaissance radio a détecté le fonctionnement du radar ukrainien Koupol dans une région contrôlée par Kiev. Ce radar est destiné au guidage des missiles Buk. Les Ukrainiens l'ont déployé à 30 km de Donetsk. Les moyens russes ont également détecté dans la zone du crash des avions d'attaque au sol ukrainiens qui avaient accompagné le Boeing avant son écrasement.

Les déclarations de Kiev selon lesquelles l'avion a été abattu par les miliciens avec des systèmes Buk de l'armée ukrainienne dont les miliciens s'étaient emparés sont également contradictoires. Car deux semaines avant le drame, Kiev a déclaré officiellement avoir mis hors de service tous les systèmes de missiles antiaériens à cause de la menace de leur prise par les « séparatistes ».

En règle générale, les avions de ligne évitent le survol des zones de conflit, note Alexandre Romanov, pilote russe expérimenté et spécialiste de la sécurité des vols. Pourtant les contrôleurs ukrainiens ont dirigé le vol MH17 dans la zone la « plus chaude » du conflit dans la région de Donetsk :

« Il y a beaucoup de questions sans réponses. Une d'entre elles est la question de savoir pourquoi l'avion s'est éloigné de 14 km de son trajet tout juste avant le crash. Les enregistrements des conversations entre l'équipage et les contrôleurs sont soigneusement cachés. La vérité ne sera pas éclaircie tant que nous ne les entendrons pas. Un avion de ligne ne peut pas s'éloigner de 14 km de son trajet concerté et établi à l'avance sans recevoir une commande de l'aiguilleur du ciel ».

La qualification du personnel de la défense antiaérienne ukrainienne suscite de forts doutes. Le 4 octobre 2001, les militaires ukrainiens ont abattu par méprise au-dessus de la mer Noire un Toupolev Tu-154M de la compagnie Sibir. Ce drame ressemble comme deux gouttes d'eau à celui du MH17. L'avion volait également à une altitude de 11 000 m et a été abattu par un missile ukrainien sol-air S-200. 78 personnes (tous les passagers et l'équipage) ont été tuées. L'Ukraine n'a pas reconnu sa responsabilité, et a refusé d'indemniser les parents des victimes en dépit des faits établis reconnus par la communauté mondiale.

Dans la version accusant les miliciens beaucoup de choses ne collent pas, note Jean du Verdier, général à la retraite de l'armée de l'air française et analyste militaire :

« Les accidents, j'en ai étudié beaucoup. A l'heure actuelle, c'est un black-out total sur cette affaire... Pour que l'avion soit tombé à côté de la bourgade Thorez, il faut, compte tenu de sa vitesse de vol, qu'il ait été tiré, selon les calculs que j'avais faits, très en amont à l'intérieur du territoire ukrainien. Qu'il ait été atteint en tout cas ».

L'expert français laisse entendre que le tir a été fait depuis la profondeur du territoire ukrainien, mais les militaires ukrainiens ont pu ne pas bien calculer le point d'impact.

Le droit aérien international qualifie toute guerre civile de menace à la sécurité du trafic aérien. En l'occurrence, les autorités ukrainiennes auraient dû déclarer cette zone interdite aux vols. C'est pourquoi, en vertu des règles de l'aviation internationale, l'Etat ukrainien devra de toute façon porter la responsabilité juridique et administrative pour cet accident, indépendamment des résultats de l'enquête.

Demain le ministre de la Défense de Malaisie Hishamuddin Hussein arrive à Moscou pour mener les pourparlers sur le déroulement de l'enquête. « Nul coupable de la tragédie ne doit échapper au jugement et à une punition méritée », a-t-il déclaré. Le ministre a noté que la Malaisie possédait des données du renseignement indiquant les coupables de la catastrophe, mais qu'il était encore tôt pour les divulguer. Un nouveau groupe d'experts malaisiens doit se rendre prochainement sur le lieu du crash du Boeing pour examiner les débris de l'avion et trouver les confirmations des données du renseignement.

Un rapport définitif doit être publié à l'été 2015. /N

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