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    Ces erreurs des constructeurs automobiles qui ont coûté des centaines de vies

    © Sputnik . Konstantin Chalabov
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    N'importe quel appareil peut présenter des défauts techniques - et même une bouilloire électrique à première vue inoffensive peut provoquer un grand incendie dans certaines circonstances. Alors que dire des voitures qui, même en parfait état de marche, représentent une source de danger?

     

    Personne n'est à l'abri des lacunes techniques ou d'erreurs banales entraînant parfois de graves catastrophes.

     

    Un détail fatal

     

    6.000 accidents, 1.700 blessés et 98 morts: tel est le bilan d'une lacune des ingénieurs de Ford dans la structure de la transmission automatique du véhicule.

    Les plaintes contre les voitures de la marque américaine ont commencé à affluer bien avant l'annonce de leur rappel en 1980. Les conducteurs affirmaient que le levier de vitesse passait lui-même de la position P (parking) à R (marche arrière) et que quand la voiture démarrait, cela provoquait souvent un accident. La commission d'enquête a établi que plusieurs boîtes de vitesse utilisées par Ford (d'origine américaine et japonaise) ne comportaient pas de fixateur de position parking. Suite à quoi le levier pouvait se déplacer si le conducteur lâchait la pédale de frein sans couper le moteur.

    La campagne de rappel devait concerner environ 21 millions de voitures Ford, mais le constructeur a réussi à éviter les remplacements coûteux de la transmission. Les organes de contrôle public ont seulement obligé le constructeur à imprimer des instructions sur l'utilisation de la boîte de vitesse pour les envoyer à tous les propriétaires. Le texte était le suivant: «Avertissement important concernant la sécurité: Avant de quitter la place du conducteur il faut toujours: 1) s'assurer que le levier se trouve en position Park; 2) mettre le frein à main; 3) couper le moteur.» Le document précisait que la voiture pourrait se déplacer dans le cas contraire. Ils ont suggéré de coller l'avertissement sur le tableau de bord, et la transmission Ford a été officiellement reconnue apte à l'exploitation.

    Le 1er janvier 1981, le quotidien The Washington Post a publié un article où l'avocat spécialisé en voitures Ralf Nader a déclaré: «Cela ne sauvera aucune vie. Goldsmith (chef de la Direction nationale pour la sécurité de la circulation des transports, NHTSA) n'a pas écouté les spécialistes techniques et a pris une décision politique, ce qui se reflétera négativement sur la sécurité des Américains.»

     

    Incontrôlables

     

    Le rappel le plus important de l'histoire du constructeur Toyota a été précédé par un appel de Mark Saylor au 911, le numéro d'urgence aux USA: «Je n'ai plus de freins», a crié le conducteur de la berline Lexus ES350 (filiale de Toyota). 49 secondes plus tard, sa voiture était projetée dans les airs et faisait deux tonneaux avant de partir en flammes à l'atterrissage. Les derniers mots de Mark furent «attendez» et «priez». Il a été tué avec sa famille.

    L'incendie s'est déclaré à cause des freins surchauffés à cause de la pression intense sur la pédale. Mais pourquoi la voiture ne s'est-elle pas arrêtée?

    L'enquête de la NHTSA est arrivée à une conclusion terrifiante: la tragédie avait été provoquée par un simple tapis de sol qui avait enfoncé la pédale de gaz. Au fur et à mesure que les disques de frein chauffaient, le freinage était de moins en moins efficace, alors que le véhicule prenait de la vitesse. Un an plus tard, le groupe Toyota et les organes publics ont découvert un autre défaut: dans plusieurs voitures, l'accélérateur se bloquait en position enfoncée à moitié.

    Depuis 2000, cette erreur de fabrication a causé 21 morts et des centaines de blessés. Toyota a rappelé près de 9 millions de voitures à travers le monde. Des accidents à cause des pédales bloquées ont également eu lieu en Russie, où la marque est traditionnellement perçue comme l'une des plus fiables.

     

    Une sécurité mortelle

     

    Parfois, un système appelé à protéger le conducteur devient lui-même la cause de sa mort. C'est ce qui est arrivé à la compagnie japonaise Takata, qui, après une enquête minutieuse, a organisé le plus grand rappel de voitures dans l'histoire des USA avant de déposer le bilan.

    Les produits de Takata étaient utilisés par 19 constructeurs dont Lexus, Audi, Mazda, BMW, Mercedes-Benz, Mitsubishi, Nissan, Ford, Tesla, Honda, Toyota et Volkswagen. Entre 2002 et 2015, ces constructeurs ont installé sur leurs voitures des airbags qui tuaient les passagers au lieu de les sauver. Dans la fabrication des cartouches explosives pour les airbags, la société a utilisé du nitrate d'ammonium sans tenir compte du fait que les changements de température et d'humidité pouvaient significativement accroître la puissance de l'explosif. Résultat: les débris métalliques des coussins de sécurité se répandaient dans l'habitacle comme la chevrotine d'un fusil de chasse.

    La première victime a été une Américaine de 18 ans, qu'un éclat métallique a frappé au cou. Les hauts responsables de Takata étaient au courant du danger, avaient connaissance des résultats des essais, mais avaient préféré le cacher au grand public et aux organes de contrôle. Quand le nombre de victimes a atteint 15 personnes, et celui des blessés plusieurs centaines, la compagnie a tout de même annoncé un rappel pour remplacer la pièce dangereuse. 37 millions de voitures ont été rappelées, pour un nombre d'airbags à remplacer avoisinant les 50 millions. Takata n'a pas réussi à surmonter cette crise et a déposé le bilan dans le courant de l'été 2017.

     

    La ceinture de sécurité

     

    Pour les constructeurs automobiles, comme pour les hommes, il est préférable d'apprendre des erreurs des autres. Cependant, Takata n'a même pas tiré les leçons de ses propres erreurs.

    Au début des années 1990, les propriétaires de voitures Honda se plaignaient de plus en plus aux autorités compétentes des ceintures de sécurité qui se détachaient d'elles-mêmes. Les USA ont mené une enquête et, en 1995, près de 8,5 millions de voitures ont été rappelées.

    Il s'est avéré que Takata fabriquait les fixations en plastique ABS, qui ne résistaient pas longtemps aux effets des rayons UV. Le soleil rendait le plastique si fragile qu'il s'effritait. Le rappel a concerné toutes les voitures japonaises importées aux USA du Japon, et Takata et Honda ont dû payer une amende: la première n'avait pas rapporté le problème, et la seconde n'avait pas informé les autorités du défaut alors qu'elle en avait connaissance.

     

    Ferme, mais préventif

     

    Toutefois, certains constructeurs tiennent compte de leurs propres erreurs. En juillet, un groupe de contrôle de qualité de l'usine Subaru dans l'Indiana a découvert un défaut très dangereux sur les nouveaux crossovers Ascent, qui venaient d'être mis en vente aux USA. Certaines soudures étaient tout simplement manquantes, ce qui affectait la solidité du véhicule: en cas d'accident, la voiture n'aurait pas supporté le choc et se serait bien plus déformée. L'enquête qui a suivi a établi que le défaut était dû aux équipements de l'usine d'assemblage, plus exactement à son logiciel. C'est pourquoi les robots de soudure faisaient des omissions, transformant les voitures en assassins potentiels.

    Au moment de la découverte du défaut, 293 crossovers étaient déjà sortis de l'usine, dont 9 déjà récupérés par les clients. Contrairement à la pratique mondiale, Subaru a décidé de ne pas réparer les voitures et de les envoyer directement à la casse. Ceux qui ont déjà acheté une Ascent recevront un modèle neuf.

     

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