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    Sputnik donne la parole à Sara, une mère courage

    Pedocriminalité: «La suspicion pèse sur l’enfant et pas sur l’auteur»

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    «Sputnik donne la parole»... à Sara. Une mère dont le fils se serait fait agresser sexuellement par un animateur de centre de loisirs. Alors que l’enquête est encore en cours, elle dénonce ces faits présumés de pédocriminalité, mais surtout la prise en charge des forces de l’ordre et de la justice. Entretien.

    «On a essayé d’oublier, mais finalement on n’y arrive pas, c’est impossible. Je me dois pour mon fils et pour tous les autres enfants de ne pas oublier.»

    Mi-septembre 2019, Sara vient chercher son fils de trois ans et demi au centre de loisirs de sa ville. Habitués à se raconter leurs journées pendant du dîner, son fils insiste pour se mettre à table plus tôt que prévu, raconte-t-elle à Sputnik. Il martèle avoir «fait la sieste» avec un animateur, prénommé C., puis raconte ce qu’une mère n’aurait jamais cru entendre de la part de son enfant: «Il m’a mordu la joue, m’a touché les fesses, puis a mis son kiki dans ma bouche et a fait pipi dedans

    «C’était dur à entendre et à accepter, et puis je savais ce que ça allait engager par la suite. C’est la vie de ma famille, mais aussi celle d’un homme. On se pose beaucoup de questions, c’est pour ça que je ne suis pas allée tout de suite porter plainte. J’aurais dû.»

    Le lendemain matin, Sara décide de confronter l’animateur. Auparavant, elle demande à une animatrice de lui confirmer combien d’animateurs étaient présents lors de la sieste et si l’employé qu’accuse son fils était bien de garde: deux animateurs étaient présents, dont C. Ce dernier, sachant que Sara souhaite lui parler, arrive en trombe vers elle, c’est là que débute un vif échange: lorsqu’elle lui relate ce que son fils lui a raconté, C. lui reproche de ne pas lui avoir dit bonjour, avant de lui répondre qu’il est animateur depuis 10 ans et, qu’étant marié avec deux enfants, ce qu’a dit son fils est tout simplement impossible.

    Secouée par ces explications, Sara décide de partir porter plainte. Un premier dépôt de plainte qui s’est bien passé, affirme-t-elle à Sputnik. Le procureur a décidé, vu l’âge de la victime, de passer l’affaire à la brigade des mineurs. Entre-temps, l’animateur est arrivé au poste afin de «porter plainte pour diffamation contre un enfant de trois ans» dit-elle, il dépose finalement une main courante à l’encontre de Sara.

    «J’ai quand même trouvé ça étrange. À sa place, peut-être que moi aussi je serais parti au commissariat, mais pour donner ma version, pour aider et collaborer, mais sûrement pas pour porter plainte après une telle accusation», s’étonne Sara à notre micro.

    Le soir même, rendez-vous avec le médecin judiciaire pour passer différents tests: le garçonnet raconte les mêmes faits de façon très détaillée, surprenant même le médecin par son éloquence, inhabituelle pour son âge. Plus tard, le rapport médical ne confirmera pas la présence d’ADN dans la bouche, puisque le prélèvement a été fait le lendemain des faits et que les spermatozoïdes sont rapidement détruits par les enzymes salivaires. En somme, aucune preuve physique ne vient étayer le dossier de Sara. L’audition avec la brigade des mineurs est prévue le lendemain.

    Deux brigadiers, un homme et une femme, s’occupent du cas de Sara, mais c’est l’homme qui se charge de l’audition de son fils, qui se passe dans une pièce fermée, seul avec le brigadier. Cinq minutes se sont écoulées lorsque Sara voit son fils ressortir: il n’a pas voulu parler. La mère tente de convaincre le brigadier de laisser la brigadière auditionner son fils, estimant qu’il avait pu être perturbé en présence d’un homme. Selon Sara, le policier lui aurait alors rétorqué:

    «Un enfant de trois ans, ça ne fait pas la différence entre un homme et une femme. Et un enfant qui ne veut pas parler, c’est qu’il n’a rien à dire.»

    Malgré la persévérance de la mère, elle affirme que le brigadier refuse d’auditionner à nouveau l’enfant. Le policier lui annonce en revanche qu’ils vont refaire sa plainte, estimant que la première manque de détails. Une nouvelle déposition où elle a dû détailler trois ans et demi de sa vie, depuis son aventure avec le père jusqu’au jour des faits, pour être la plus transparente possible.

    «Le pauvre homme, ce que vous lui faites!»

    Une plainte qui n’aboutira d’ailleurs à aucun suivi, aucune aide psychologique ni même orientation vers une association. Selon la jeune femme, le policier sous-entend que le garçon a pu voir des images pornographiques, mais au fil de l’enquête, les propos tenus par le brigadier choquent de plus en plus Sara: «le suspect est marié et a deux enfants, c’est donc impossible. Le pauvre, ce que vous lui faites!», «Madame, vous avez 30 ans et êtes célibataire, il doit y avoir des hommes qui passent chez vous. Le petit a dû regarder vos actes sexuels.» Sputnik a contacté le brigadier en question pour recueillir sa version des faits. L’enquête étant en cours, il n’a souhaité faire aucun commentaire.

    «Ça a été un abandon de la justice. Que ce soit vrai ou que ce soit faux, il y avait quand même un problème par rapport à l’enfant et un mal-être, il y avait une situation de détresse. Comment la justice n’a-t-elle pas essayé de nous aider, la brigade des mineurs surtout, des spécialistes.»

    En rentrant à son domicile, encore choquée par ce nouveau dépôt de plainte, Sara reçoit un appel d’une autre mère, qui lui annonce qu’une note a été affichée à l’école, annonçant une réunion publique organisée par madame le maire, afin d’évoquer l'organisation du centre et revenir sur l'affaire.

    L’affichette précise que l’employé en question, suspendu depuis l’accusation, se dit «choqué et anéanti». Elle ne mentionne en revanche nullement l’enfant ou la famille. Le texte se conclut en affirmant que ce qui est arrivé n’est pas possible et qu’une enquête administrative était en cours.

    Aucun membre de la mairie ou du centre de loisirs n’a contacté Sara après qu’elle ait parlé des faits dans l’enceinte de l’école pour la première fois et madame la maire n’a pas souhaité commenter les événements à notre micro.

    Lors de la réunion, à laquelle Sputnik a eu accès grâce à un enregistrement privé, l’édile, accompagnée du directeur du centre, martèle dès le début que «jamais un animateur ne se retrouve seul avec un enfant.» Comment en être sûr?

    Sara nous raconte être allée demander à la seconde animatrice si elle avait bien été présente pendant toute la sieste: celle-ci lui avoue que dans le cadre de l’enquête administrative, elle n’a pas le droit de lui parler. Sara, désespérée, insiste: «Juste dites-moi si vous avez bien passé 2 h avec l’autre animateur, si c’est le cas, tant mieux!»

    «J’ai eu 30 minutes de pause», lui lance l’animatrice, avant de partir.

    À ce stade, le doute subsiste. Pourtant, Sara déplore que personne n’ait répondu à son appel de détresse ni la brigade des mineurs, ni même les associations d’aide aux victimes situées en région parisienne. Elle a même composé le 119, «Allo enfance en danger», le numéro d’urgence pour tous signalements de maltraitance sur des enfants, là aussi sans succès.

    Seule Wanted Pedo, une association de lutte contre la pédocriminalité située dans le sud de la France, lui a tendu la main. C’est là qu’elle a constaté que son cas n’était pas isolé. De nombreuses familles dont l’enfant aurait été agressé sexuellement ont eu les mêmes réponses lors de leur dépôt de plainte, et souffert du même manque de suivi.

    «C’est quoi le but d’un enfant, c’est quoi le but d’une maman de raconter ça? Si ce n’est pas juste parce qu’on a entendu la voix de l’enfant et qu’on est obligé d’agir!» clame Sara.

    L’affaire suit son cours, la décision de poursuivre l’enquête ou de classer la plainte sans suite sera connue dans les prochains jours. L’animateur accusé est pour le moment suspendu, mais il reste présumé innocent. Aujourd’hui, Sara continue son combat et aide son fils à se reconstruire. Elle a souhaité témoigner à notre micro, dit-elle, pour porter la voix de son fils et celle de tous ces enfants pour qu’enfin, la honte change de camp.

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