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Depuis un an, le moral des Français est au plus bas. Pour pallier les effets du confinement, l’alcool ou la drogue –de la plus douce à la plus dure– sont devenus des pis-aller. L’usage des néodrogues, des produits de synthèse accessibles et plus ou moins légaux, a connu une explosion. Esteban a doublé sa consommation en un an, il raconte.

«Au cours de l’année écoulée, plus d’un consommateur sur trois a nettement augmenté sa consommation de tabac, cannabis et/ou médicaments psychotropes», révèle une nouvelle étude de l’association Addictions France parue ce 8 avril.

Le quotidien d’Esteban*, 30 ans, en est une preuve éloquente. La crise sanitaire l’a épargné: il a toujours son travail dans l’audiovisuel. Néanmoins, sa consommation quotidienne de cannabis et d’alcool, interrompue pendant trois mois avant le premier confinement, a repris, surtout pour «compenser l’ennui».

Si les résultats de l’étude de l’association ne prennent pas en compte la consommation de drogues dures, Esteban, qui en achète occasionnellement, nous confirme qu’il a vu une démocratisation de l’offre ce type de stupéfiants depuis un an.

«J’ai l’impression que ça s’est banalisé, les mecs qui vendent des drogues douces se mettent à proposer de la kétamine, de la cocaïne, de la MD. L’offre s’est démocratisée», considère-t-il.

Longtemps cantonnées au monde de la fête, avec le confinement, les drogues dures se retrouvent désormais à domicile. Un cadre qui incite à la surconsommation par peur de manquer, poussé par «l’envie d’échapper» à ce quotidien extraordinaire. «À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle», ironise-t-il.

Également habitué à consommer des drogues dures (cocaïne, ecstasy, kétamine…), c’est lors du second confinement qu’il affirme «avoir pété un câble» et qu’il s’est tourné vers des substances encore plus fortes, moins chères et pas tout à fait illégales: les «research chemicals» (RC) ou nouveaux produits de synthèse (NPS).

«Je me suis mis à acheter de grandes quantités de stupéfiants: des dissociatifs, des psychédéliques… toutes catégories. Là, dans une boîte, je dois avoir une trentaine de grammes de trucs différents.»

Ces «trucs différents», ce sont les RC, soit littéralement des produits chimiques de recherche. Ils se composent de psychédéliques, stimulants, empathogènes, dissociatifs… sous forme de poudre ou de gros cristaux. Pas vraiment légales, mais pas illégales non plus.

Aujourd’hui, certains NPS ne sont pas classés comme des substances illicites à proprement parler car les études manquent. Un vide juridique qui permet aux consommateurs de ne pas se retrouver dans l’illégalité totale. En revanche, ils font face à un véritable danger car les effets à moyen et long terme ne sont pas connus.

«Si tu vas à l’hôpital parce que tu as trop pris de cocaïne, ils sauront réagir. Mais si tu fais une overdose sous RC, croise les doigts pour que ça ne t’arrive pas parce que les soignants ne savent pas ce que tu as ingéré. C’est pour ça que moi je garde les étiquettes sur les pochons avec les compositions chimiques au cas où», affirme Esteban.

Car le manque d’études représente un manque d’informations vitales pour les consommateurs de RC. Et les effets négatifs –du simple «bad trip» à l’overdose– peuvent avoir une issue tragique.

En apparence «récréatif», fatal de facto

En 2012, Esteban est allé acheter de la drogue à un dealer sans savoir que ce dernier lui vendait de la méthoxétamine, un dérivé de la kétamine. Appelée aussi Roflkopter, elle doit son origine à un chimiste qui, après avoir perdu sa main lors d’un bombardement de l’IRA à Londres quand il avait 13 ans, a souffert du syndrome du membre fantôme, cette sensation qu’un membre amputé ou manquant est toujours relié au corps, rapportée par deux amputés de guerre sur trois. Le chimiste ressentait une très grande douleur et se rendait compte qu’avec les drogues dissociatives et les anesthésiants, la «main fantôme» disparaissait.

«C’est aussi ce qui m’a intéressé dans les RC, cet objectif de recherche de la part du mec qui va synthétiser la molécule pour la première fois. Pour lui, le but était de trouver quelque chose qui soit à la fois récréatif et thérapeutique.»

Une expérience romancée qui peut avoir des conséquences réellement dramatiques. Devenue populaire entre 2015 et 2016 au Royaume-Uni et aux États-Unis, la molécule a été interdite après l’hospitalisation de plusieurs consommateurs. En France, elle est classée sur la liste des stupéfiants depuis 2013.

«Commercialement, c’est un succès pour les laboratoires qui synthétisent parce que ce n’est pas illégal. Donc ils engrangent beaucoup de bénéfices sans devoir se cacher ou blanchir l’argent.»

Les laboratoires sont localisés en Chine ou en Inde, et les plateformes de vente sont quant à elles situées en Hollande ou en Allemagne.

Comme toute drogue ou substance chimique, comment s’assurer de la qualité de son produit? Car les vendeurs coupent la drogue dans le but de le rendre plus lourd et ainsi plus rentable, transformant un produit dangereux en produit mortel (fibre de verre pour le cannabis, aspirine pour la cocaïne par exemple…).

«Une grande communauté de gens expérimente les RC. Sur les forums, les sites, des groupes entiers de consommateurs se donnent des conseils. On peut même faire tester ses produits pour s’assurer de la composition.»

Inutile de rappeler que la consommation de drogue peut avoir des effets désastreux, tant sur le plan psychologique que physique. En connaissance de cause, Esteban affirme que le mieux, «c’est encore de ne pas y toucher».

*Le prénom a été modifié.

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