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Crise du coronavirus oblige, nombre de pilotes de sports mécaniques ont été contraints de se rabattre sur les simulations virtuelles. Si plusieurs s’y sont attelés très consciencieusement, d’autres ont pris des largesses avec le règlement. L’un d’eux a suscité l’ire du constructeur Audi qui a pris une décision forte et ferme à son égard.

À l’instar de nombreux sportifs, les pilotes de courses ont énormément souffert de la pause impromptue et obligatoire de leurs activités sur les circuits nationaux et internationaux. Toutes les disciplines s’y sont pliées (Rallye, Grand Tourisme, Endurance, Formule 1 etc.) avec mêmes des interruptions de saison très abruptes comme le rallye du Mexique arrêté avant son terme (pour le plus grand bonheur du pilote français Sébastien Ogier) ou l’annulation in extremis du Grand Prix de Formule 1 d’Australie exhalant un parfum de scandale (une décision considérée comme un fiasco en termes de communication).

Malgré tout, et pour ne pas perdre la main –ou le volant plus exactement-, nombre d’équipes et de constructeurs ont décidé de pallier ce tracas en choisissant de concourir au sein de compétitions virtuelles. C’est ainsi que le double champion du monde de Formule 1 a pris part à la course des légendes sur le fameux circuit américain d’Indianapolis (sur lequel il s’élancera réellement en août pour défier Simon Pagenaud) en remportant le trophée.

Une épreuve très disputée par d’autres gloires des disciplines mécaniques comme Emanuele Pirro, Emerson Fittipaldi ou encore Petter Solberg mais aussi des pilotes virtuels professionnels aguerris comme Bono Huis ou Brendon Leigh.

Cependant cet engouement pour l’eSport (Sport électronique) doublé d’une approche professionnelle n’est pas forcément du goût de tout le monde, et si certains sportifs s’adonnent volontiers à cet entraînement, d’autres ne sont pas aussi «attentionnés».

L’ombre virtuelle du pilote réel

Rappel des faits: comme toutes les autres compétitions, la Formule E (dite Formule Électrique) a du précipitamment stopper son championnat en raison de la crise sanitaire. Comme son public cible est généralement très connecté et amateur de simulations virtuelles, il était aisé pour cette discipline de proposer un mode 100% virtuel afin d’assurer une certaine continuité entre le public et les acteurs de ce sport en employant un simulateur reconnu pour ses qualités (rFactor 2).

L’un des pilotes de l’écurie Audi, l’allemand Daniel Abt, a alors eu un comportement équivoque en prétendant participer à la course avant que la suspicion ne vienne troubler la quiétude des stands virtuels. La caméra du pilote désactivée pendant la retransmission attisa le soupçon, y compris lors de l’entretien pour le podium (il termina troisième). L’étude de l’adresse IP (qui permet généralement de déterminer qui est connecté et depuis où) a abouti à la conclusion inévitable que Daniel Abt avait triché en se faisant remplacer par un pilote virtuel professionnel basé en Autriche. Une combine qu’il a avoué peu après suite aux pressions de ses concurrents.

Il s’en est expliqué dans une vidéo où il a reconnu le peu d’entrain et de considération qu’il avait pour la version virtuelle de sa profession. Il a argué qu’il y avait peu de relation entre ce qu’il pratiquait dans la compétition et ce qu’on lui imposait de faire sur écran. Tout en pointant du doigt les soucis techniques (les bogues) qui pouvaient changer la physionomie d’une course mais en admettant aussi que certains concurrents étaient bien plus affûtés que lui sur ce support.

Du Dieselgate à l’Abtgate

Seulement la suite allait prouver que l’organisation impliquée dans la compétition ne prendrait pas autant à la légère cette sortie de route par un professionnel: l’organisateur a décidé logiquement d’exclure le pilote de la compétition pour triche et de lui imposer une amende de 10.000 euros. Audi pour sa part a annoncé dans un communiqué laconique prononcer une sanction plus forte en suspendant le contrat de son pilote pour toute compétition, virtuelle et réelle. Une sanction très lourde de conséquence pour l’intéressé, et un avertissement pour tous les autres participants ainsi qu’explicitement une reconnaissance du sport électronique comme stratégique pour les sociétés et écuries s’y investissant.

Il faut indiquer que plusieurs éléments s’invitent dans le débat. Le premier est que l’écurie Audi appartient au groupe Volkswagen qui fait encore aujourd’hui l’objet de poursuites liées au Dieselgate (une tricherie sur les rapports d’émission de polluants), d’où la crainte pour Audi que l’on souffle sur les braises d’une affaire douloureuse par association. Le second est que la Formule E doit prouver sur la durée sa capacité à s’imposer dans le monde des sports mécaniques, et qu’elle doit une part non négligeable de sa popularité aux réseaux sociaux où la viralité est foudroyante, agissant parfois comme un miroir déformant et pouvant entacher l’image de marque de la jeune discipline. Le troisième est plus insidieux puisque le pilote sanctionné est un héritier, son père possédant une entreprise de préparation automobile de facture nationale qui s’investit énormément dans les compétitions et a été présente dès les débuts de la Formule E (Audi ne s’y impliquant plus fortement que tardivement) d’où la possibilité d’une certaine rancune de la part d’autres pilotes dans la polémique.

Ces trois éléments pouvant expliquer les réactions enflammées découlant d’une affaire qui en temps normal aurait pu être circonscrite assez rapidement avec un châtiment plus clément. Elle démontre que désormais réel et virtuel sont bien plus imbriqués que par le passé, y compris dans le domaine des sports mécaniques ou plutôt sports mécanico-numériques dorénavant.

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Tags:
Formule 1, Formule E
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