Noël. Un temps pour se souvenir

Noël. Un temps pour se souvenir
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Si Noël est un temps de joie, un temps à passer en famille, bien au chaud devant la cheminée, bougies allumées et bûche appétissante sur la table de réveillon, c’est aussi un temps de réflexion. Un temps de commémoration. Cette magie qui berce les régions délicieusement endormies d’Europe mais aussi les régions sinistrées, dévastées par la guerre, stigmatisées par l’apartheid religieux, cette magie a été conquise au prix du sang. Des siècles de sang, d’espoir, de foi. On avait voulu croire que ces siècles amers appartenaient au passé. Hélas, le caractère cyclique de l’Histoire n’est plus à démontrer. Pas plus que la théorie selon laquelle ces cycles alternent jusqu’à ce que vienne la culmination. Assurément, nous en sommes déjà là.

Rappelez-vous ce passage prophétique des Evangiles où il est dit : « Ils vous excluront des synagogues ; et même l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu ». (Jean, 16 : 2). Et en effet, que remarque-t-on aujourd’hui ? Les coupeurs de tête osent invoquer Allah. Les violeurs de fillettes osent se référer à d’obscures fatwas pondues sur le champ par des maîtres spirituels déclinant une compréhension à la limite satanique du Coran. Un certain Abou Abdelrahmane, manipulé en France même, son pays d’origine, par un infernal mélange de fanatiques et de mercenaires biberonnés aux pétrodollars, exhorte Hollande à se convertir. Qu’il s’agisse d’une simple provocation lancée par un simple d’esprit enclin à la toxicomanie (il y aurait déjà eu un précédent de ce type sous Chirac) ou d’un discours dicté par les partisans du Califat mondial, la réalité reste ce qu’elle est, les chiffres étant impartiaux. Encore plus que les chroniques affligeantes de Maaloula.

Dans une récente interview publiée sur le site d’information français Atlantico, Alexandre Del Valle, géopolitologue, chercheur, auteur du livre « Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd’hui », parle d’un minimum de 100.000 chrétiens tués dans le monde au cours de l’année 2013. Réellement, selon les estimations de l’épiscopat, ce chiffre s’élève à 170.000. A cette statistique macabre se superpose celle des 200 millions de chrétiens interdits de culte, voire ostracisés dans certains pays soumis de près ou de loin à la Charia. Même le Maroc, pays maghrébin où la liberté de culte est consacrée dans la Constitution, le sort des autochtones convertis au christianisme semble peu enviable. Je vous encourage à lire la lettre du frère Rachid adressée au roi du Maroc Mohamed VI dans laquelle il « réclame le droit pour tous les Marocains de pouvoir changer de religion». Je vous encourage à prendre connaissance du procès bâclé de Mohammed El-Baldi, Marocain condamné à la prison ferme pour « évangélisation », cela conformément à l’article 220 du Code pénal marocain punissant tout musulman coupable d’avoir ébranlé les fondements de la foi.

Un constat analogue est formulé par Jean-Marie Guénois et Jean Sévilia, deux journalistes de renom qui, parlant de la répression des chrétiens à travers le monde, n’y vont pas par quatre chemins. Ayant opéré « la synthèse des informations fournies par l’Aide à l’Eglise en détresse et par Portes ouvertes », ils se sont aperçu que 75 % des cas de persécution religieuse dans le monde touchent concrètement les chrétiens. On comprend mieux dans cette triste optique la métaphore du pape François qui n’a pas hésité à employer le terme d’« œcuménisme du sang » (interview accordée le 15.12 au quotidien italien La Stampa) faisant allusion à la situation plus que préoccupante des chrétiens installés dans les pays régis par les radicaux ou en passe de le devenir au point de scissionner comme on le voit dans les pays frappés par le « syndrome soudanais », les pays du Sahel. Ce phénomène est moins nouveau qu’on ne pourrait le croire puisqu’il représentait déjà un enjeu de taille il y a dix ans.

Faisons comme l’intelligentsia russe, posons-nous cette légendaire question à la Tchernychevski : à qui la faute ?

Il serait en effet trop simple d’affirmer que cette faute incombe essentiellement aux extrémistes. N’oublions pas que tout extrémisme a ses limites s’il n’est pas sponsorisé par des groupes intéressés à l’entretenir. On apprend ainsi, bien des siècles plus tard, que ce soi-disant extrémiste d’Evêque Cauchon, l’une des incarnations les plus sombres de l’Inquisition française au Moyen Âge, avait été payé par le comte Warwick. Rien de plus. La situation aurait été différente s’il avait été racheté, mettons, par un sympathisant de Jeanne d’Arc.

Cette catégorie sanguinaire que l’on appelle poétiquement les « Fous de Dieu » et qui foisonnent dans les pays déstabilisés par les révolutions arabes ou les ingérences dites humanitaires occidentales ne sont que les déchets recyclables de l’OTAN. Pas un seul chrétien n’a été tué en Lybie tant que Kadhafi y exerçait le pouvoir. Idem sous Bachar al-Assad (sans oublier les chiites, alaouites ou druzes eux aussi victimes de violentes répressions). Les troubles tunisiens ou égyptiens coïncident avec les fameux Printemps arabes orchestrés à travers le financement d’une poignée d’agents d’influence et d’un certain pourcentage de population mécontente du régime. Ici ou là, le mécanisme reste classique pour ne pas dire rabattu.

Autrement dit, il y a deux niveaux d’analyse applicables à la montée en puissance de la christianophobie à travers le monde. Il y a les exécuteurs, individus le plus souvent incultes, complexés, convaincus qu’ils « rendent un culte à Dieu » en exterminant les Infidèles et en contribuant à la construction d’un immense Califat sunnite dominé par la Charia. Il y a les commanditaires de ce crime sans pardon. Des gens hautement cultivés, élégamment vêtus, se réclamant des Lumières, beaux parleurs, dont les mains sentent plus le sang que les roses du jardin du Luxembourg. Inutile de citer des noms, vous les connaissez. Autant que leur religion.

Est-ce donc le fruit du hasard si Le Monde ou Libération passent sous silence la tragédie de ces chrétiens qui voulaient ou veulent vivre paisiblement leur foi ? Pourtant, ces gens ont le droit de ne pas être oubliés. Je pense aux nouveaux martyrs du XXIème siècle. Je pense à des gens aussi courageux que Mère Agnès-Mariam de la Croix, higoumène du monastère Saint-Jacques le Mutilé que j’ai eu le plaisir d’interviewer cette année. Puissent-ils nous donner l’exemple dans cette lutte qui se prépare déjà à l’intérieur de l’Europe. T


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