Une dépêche mal interprétée a-t-elle vraiment provoqué le début de la guerre de Corée?

© Sputnik / Aller dans la banque de photosla guerre de Corée
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La guerre de Corée a commencé il y a exactement 67 ans, le 25 juin 1950. Ce conflit n'a pas seulement ravagé la péninsule: il a également impliqué la Chine et les États-Unis. Si elle a été bien étudiée, l'histoire de la guerre de Corée conserve jusqu'à aujourd'hui ses taches blanches.

L'une d'elles est de savoir ce qui a poussé Joseph Staline à donner le feu vert à Kim Il-sung pour lancer le conflit. Des données récemment révélées lèvent le voile sur ce mystère. Selon le site d'information Lenta.ru.

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On sait que le dirigeant nord-coréen rêvait d'une guerre contre le Sud mais n'aurait pas osé franchir le 38e parallèle sans l'aval de Staline. Nous savons que le dirigeant soviétique a hésité, craignant une intervention américaine en Corée susceptible d'impliquer l'Union soviétique dans un affrontement inutile contre un adversaire plus puissant sur le plan militaire. On sait également que fin janvier 1950, Staline a enfin approuvé l'idée de Kim Il-sung.

Mais on ignorait jusqu'à présent ce qui avait motivé Staline à prendre cette décision fatidique. Cette semaine, les archives du Centre Woodrow Wilson (USA) ont publié un recueil de documents sur l'histoire de la Corée du Nord, dont un qui explique pourquoi Staline a décidé de donner le feu vert à Kim Il-sung pour lancer les opérations militaires.

Ce document fait la lumière sur le monde ténébreux de l'espionnage et de la cryptanalyse, ainsi que sur le rôle du renseignement dans la prise de décisions politiques.

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Sans disposer de preuves irréfutables, les historiens se sont lancés dans les suppositions: par exemple, Staline aurait mal interprété la déclaration du secrétaire d'État US Dean Acheson concernant le «périmètre de défense» des USA. Dean Acheson avait en effet déclaré le 12 janvier 1950 que ce «périmètre» s'étendait des îles Aléoutiennes au Japon en passant par les Philippines, comme s'il ne concernait pas l'Asie continentale. Et d'ajouter que si les communistes tentaient d'attaquer les pays de l'autre côté du «périmètre», les victimes d'agression pourraient compter sur les «garanties de tout le monde civilisé dans le cadre de la Charte des Nations unies».

Les Républicains ont ensuite accusé Acheson de mauvaise interprétation de la position américaine, après quoi Staline aurait décidé qu'une attaque contre la Corée du Sud resterait sans conséquences.

Mais les nouveaux documents montrent que la vraie raison était complètement ailleurs: Staline n'a pas été convaincu par les propos d'Acheson mais par la position du général américain Douglas MacArthur, chef des forces alliées implantées au Japon.

Le renseignement soviétique a intercepté un message de MacArthur à Washington où le général déclarait que les USA ne devaient en aucun cas intervenir dans le conflit entre les Corées du Nord et du Sud. Le message confidentiel de MacArthur avait bien plus de signification que les déclarations publiques floues du secrétaire d'État. Acheson aurait pu ruser. Alors que dans sa correspondance secrète avec Washington MacArthur disait la stricte vérité.

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Quel a été le rôle de la note de MacArthur dans les calculs de Staline? On l'ignore. Mais les révélations de son proche collaborateur Anastas Mikoïan, qui a confié cette histoire au dirigeant chinois Mao Zedong après la guerre de Corée, sont parlantes.

Il a raconté que les spécialistes soviétiques étaient parvenus à «décrypter le code ennemi» permettant de lire le message de MacArthur sur la non-ingérence américaine. Et d'expliquer: «C'est seulement plus tard que nous avons compris que Washington n'était pas d'accord avec l'avis de MacArthur».

Quoi qu'il en soit, les renseignements ont ainsi joué un mauvais tour à Staline, qui a cru aux messages interceptés et a donné le feu vert à Kim Il-sung. Mais au lieu de laisser la Corée du Sud face à son triste sort, les Américains ont engagé une intervention sous le drapeau des Nations unies.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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