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La présence iranienne en Syrie contre vents et marées

© AFP 2021 ATTA KENAREVisite du ministre des Affaires étrangères syrien à Téhéran
Visite du ministre des Affaires étrangères syrien à Téhéran - Sputnik France, 1920, 07.12.2021
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Confrontée à la concurrence des pays arabes, des Russes et aux foudres d’Israël, Téhéran cherche néanmoins à étendre sa présence économique en Syrie. Joshua Landis, spécialiste du Moyen-Orient à l’Université d’Oklahoma, analyse la stratégie iranienne.
"L’Iran a prêté à Damas des milliards de dollars, ce qui rend la santé économique et la reconstruction de la Syrie d’autant plus importantes pour l’Iran."
C’est ce que nous rappelle d’emblée Joshua Landis, directeur du Centre d’études sur le Moyen-Orient à l’Université de l’Oklahoma. "Cette semaine, une nouvelle banque syro-iranienne a été créée dans l’espoir d’approfondir le commerce entre les deux pays", indique-t-il.
En effet, après avoir déboursé plus de 105 milliards de dollars pour aider militairement et économiquement Bachar el-Assad au cours de la décennie de conflits, Téhéran entend obtenir maintenant les dividendes de la paix. C’est dans ce contexte que le ministre des Affaires étrangères syrien, Fayçal Miqdad, s’est rendu le 6 décembre dans la capitale iranienne pour discuter du renforcement des relations bilatérales. "J’ai porté un message du Président Bachar el-Assad au Président iranien sur le renforcement des relations et l’invitation du Président iranien en Syrie", a notamment déclaré Fayçal Miqdad.
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Retour de politesse, puisque depuis sa prise de fonctions en août dernier, son homologue iranien s’est déjà rendu à deux reprises à Damas. Le gouvernement iranien cherche ainsi à se positionner favorablement pour la reconstruction du pays, estimée à environ 400 milliards de dollars au total. "L’Iran a des intérêts économiques en Syrie", rappelle Joshua Landis.

L’Iran s’active pour la reconstruction de la Syrie

Ainsi, Damas a-t-il accueilli fin novembre l’expo Iran International Exhibitions Company. Cette foire a regroupé plus de 160 entreprises iraniennes, spécialisées dans le domaine médical, la construction, l’énergie. Alors que son objectif était de signer des contrats et des mémorandums d’accord pour le développement de la Syrie, son bilan n’est pas encore connu.
Mais déjà en 2019, Téhéran obtenait l’exploitation des mines de phosphate d’Al-Charqiya et Khunayfis. Les Iraniens ont également construit plusieurs centrales électriques à Banyas et à Alep et gèrent le port de Lattaquié. De surcroît, ils investissent majoritairement à Alep, où ils contrôlent l’aéroport de la ville, à Deir ez-Zor ou à Abou Kamal, à la frontière syro-irakienne, pour sanctuariser leur corridor terrestre allant de Téhéran à la Méditerranée.
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Malgré ses résultats, ses échanges bilatéraux avec Damas seraient en deçà des attentes de Téhéran. Les exportations non pétrolières de l’Iran vers son allié syrien ont atteint de mars à octobre 106 millions de dollars. La part de l’Iran dans le volume des exportations vers la Syrie n’est que de 3%. Ceci s’expliquerait en partie par la concurrence qui fait rage en Syrie. C’est notamment le cas de celle de la Russie, dont les exportations non pétrolières vers la Syrie atteignaient169,9 millions de dollars en 2019.
"La Russie et l’Iran ont des intérêts communs dans la survie du régime Assad, tout en étant concurrents pour les ressources économiques de la Syrie. Ils ont tous deux prêté beaucoup d’argent à Damas et cherchent tous deux à être remboursés, si ce n’est en espèces, du moins en concessions économiques", résume Joshua Landis.
Les Russes sont en effet bien implantés en Syrie. Ils détiennent des bases militaires à Lattaquié, à Tartous, à Qamischly, à Palmyre, mais aussi à Damas. Moscou a également obtenu des permis d’exploitation du gaz, du pétrole et d’autres ressources, à l’instar du phosphate, dans les territoires contrôlés par Bachar el-Assad.

Les pays du Golfe réinvestissent en Syrie pour contrer l’Iran

Mais l’Iran est surtout confronté à l’arrivée récente des anciens partenaires arabes de la Syrie, Émirats arabes unis en tête, mais aussi de la Jordanie, de l’Égypte et même officieusement de l’Arabie saoudite.
Le puissant chef de la diplomatie émiratie, Abdallah ben Zayed, a rencontré en novembre dernier Bachar el-Assad pour promouvoir "les relations entre les deux pays frères et les moyens de les développer". En d’autres termes, les échanges et les investissements. À peine revenu, Abou Dhabi représente déjà 14%du commerce extérieur syrien. Au cours de son déplacement, le chef de la diplomatie émiratie a signé avec le gouvernement syrien un accord prévoyant la construction d’une centrale photovoltaïque dans les environs de Damas.
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Cet intérêt croissant des pays arabes n’est pas évidemment sans arrière-pensées politiques. "Les pays du Golfe réinvestissent l’arabité de la Syrie pour tenter de diminuer l’influence iranienne sur le terrain", résumait récemment pour Sputnik le géopolitologue David Rigoulet-Roze. De plus, "lorsque les entreprises arabes reviendront sur le marché syrien, elles seront en concurrence avec les entreprises russes et iraniennes", ajoute Joshua Landis.
Outre la concurrence commerciale qui pointe déjà entre Téhéran et les monarchies du Golfe en Syrie, la présence iranienne s’attire les foudres de Tel-Aviv. Depuis 2018, l’aviation de Tsahal aurait mené plus de mille frappes contre des casernes, des convois de munitions et d’armes iraniennes en Syrie.

Sous la pression des raids israéliens

Le dernier raid s’est déroulé dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 décembre. Il a frappé les installations portuaires de Lattaquié, sous contrôle des Gardiens de la révolution, ainsi que des entrepôts contenant des armes iraniennes.
En effet, Téhéran entend se servir du territoire syrien pour maintenir une certaine pression contre son ennemi israélien. Un positionnement que ne goûterait guère Damas, selon le directeur du Centre d’études sur le Moyen-Orient à l’Université de l’Oklahoma:
"L’Iran provoque de fréquentes attaques aériennes israéliennes, qui sapent le moral de l’armée syrienne et font paraître Assad faible. Assad est moins intéressé à défier Israël que l’Iran."
"Les ambitions de l’Iran en Syrie aujourd’hui ne s’alignent pas parfaitement avec les intérêts de Damas", avance-t-il. Bachar el-Assad semble avoir déjà commencé à prendre ses distances avec Téhéran. Selon la presse saoudienne et israélienne, le Président syrien aurait fait expulser du pays le commandant local de la Force al-Qods des Gardiens de la révolution iraniens, le général Mustafa Javad Ghaffari, en raison de ses activités contre Israël. Une information qui n’a d’ailleurs pas été confirmée par Damas.
Une chose est sûre, les relations irano-syriennes sont à l’aube d’une nouvelle ère:
"Maintenant qu’Assad a largement gagné la guerre contre l’opposition syrienne, son besoin immédiat de l’Iran a diminué. Cela entraînera inévitablement des tensions dans les relations avec Téhéran, les deux pays devant s’adapter aux réalités de l’après-guerre", conclut le spécialiste de la Syrie.
L’alliance entre Téhéran et Damas ne serait pas à son premier défi depuis 1979.
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