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Rapprochement Maroc-Visegrád: Migration, terrorisme, et Sahara occidental?

© AFP 2021 ATTILA KISBENEDEKNasser Bourita
Nasser Bourita - Sputnik France, 1920, 09.12.2021
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En pleine offensive diplomatique, le Maroc a mis le cap sur les pays d’Europe centrale où le chef de la diplomatie marocaine s’est rendu pour rencontrer ses homologues du groupe de Visegrád. Quel était l’objet de cette visite et pourquoi avoir jeté son dévolu sur cette zone géographique?
C’est un rapprochement qui pourrait étonner, si on devait l'apprécier à l'aune du nombre peu élevé de Marocains établis en Europe centrale. Le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, s’est envolé pour Budapest où il s’est entretenu lundi 6 décembre avec ses homologues du Groupe de Visegrád, organisation intergouvernementale composée de la Hongrie, de la Pologne, de la Slovaquie et de la Tchéquie, avant de prendre part le lendemain à la réunion ministérielle V4+1.
Dans un format inédit, ce rapprochement s’inscrit tout d’abord dans la logique de la stratégie diplomatique marocaine déployée depuis quelques années consistant à diversifier les partenaires et ainsi réduire sa dépendance aux alliés traditionnels. La période de turbulences traversée avec les poids lourds européens tels que l’Allemagne et l’Espagne sur le dossier du Sahara occidental, et dans une moindre mesure avec la France, sur l’affaire de la réduction des visas, semble avoir confirmé cette approche. C’est d’ailleurs dans cette perspective que la diplomatie marocaine s’active également à Londres, depuis le Brexit.
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"Des intérêts communs"

Comment expliquer ce choix géographique? Pour le chercheur et professeur de relations internationales à l'Université Ibn Tofaïl de Kénitra Azeddine Hannoun, approché par Sputnik, chaque "mini bloc géopolitique" possède ses propres intérêts: "les pays de l’Europe du Nord n’ont pas les mêmes intérêts que ceux du sud". Et les intérêts communs entre le groupe de Visegrád et le Maroc ne manquent pas. C’est ce qui ressort notamment du communiqué de la diplomatie marocaine à l’issue de cette rencontre: "Le Maroc et ses partenaires au sein du Groupe de Visegrád ont une forte détermination à renforcer leur coopération pour faire face aux défis communs, notamment en matière de lutte contre le terrorisme, l’immigration clandestine et le crime organisé transfrontalier".
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Pour le professeur marocain, qui est aussi chercheur au Centre marocain des études stratégiques (CMES):

"L’action du V4 se focalise principalement autour de la question migratoire, notamment suite à la grande crise de 2015-2016 qui avait secoué l’UE et qui avait poussé ces États à concevoir des dynamiques d’action en dehors même des institutions de l'Union". À ce titre, le chercheur pense que ce rapprochement s’explique par de réels points de convergence étant donné le rôle joué par le Maroc sur la question. Par ailleurs, cette visite s’inscrirait également dans une démarche "souveraine, rationnelle et réaliste", visant "à ancrer la présence marocaine dans la région", ajoute l’intervenant.

Autre volet non négligeable de ce rapprochement, celui de la coopération économique. Le positionnement stratégique du Maroc en fait une "porte d’entrée" sur le marché africain, au même titre que les pays de Visegrád représentent une "porte d’entrée" sur l’Europe centrale et orientale. Mais il faut aussi noter que cette visite intervient quelques semaines après un discours royal, prévenant qu’aucun accord économique qui exclut le "Sahara marocain", ne serait passé. Les pays de Visegrád seraient-ils disposés à coopérer sous cette condition?

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"Certains États n’ont pas la capacité d’afficher des positions clairement établies par rapport à ce dossier. Les pays du groupe de Visegrád n’ont pas d’a priori, ni de positions tranchées sur la question du Sahara, ils ont même une certaine sensibilité historique par rapport aux phénomènes de séparatisme". À ce titre, ils pourraient être plus compréhensifs à l’égard de la position marocaine: "Ils n’ont pas de partis-pris ou d'intérêts opposés au Royaume qu’ils voient sûrement comme un interlocuteur crédible dans la sud-méditerranée".

Une posture qui se confirme à travers les différentes manifestations de soutien, comme en novembre 2020, lorsque plusieurs pays ont salué le rétablissement de la circulation à Guergarate par les Forces armées royales. À Budapest, la Hongrie a également confirmé son soutien à l’appeldu Conseil de l’UE auprès de la CJUE suite à annulation des accords agricole et de pêche Maroc-UE, après le recours du Polisario.
Enfin, Peter Szijjártóa réitéré cette semaine son soutienà la proposition marocaine de Plan d'autonomie pour le Sahara occidental, présentée au secrétaire général de l’Onu en 2007 et "aux efforts entrepris par le Royaume pour le développement des provinces du sud",rapporte un communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères. Autant de raisons et de signaux positifs pour le Maroc, qui espérerait sans doute voir ce rapprochement se concrétiser davantage par une reconnaissance officielle.
Les pays de Visegrád porteront-ils alors la cause nationale marocaine au plus haut niveau européen? Le chercheur marocain rappelle que ce bloc de quatre pays, dont l’alliance historique (1991) précède la constitution de l’Union européenne (1993), est homogène et détient une certaine influence au sein de l’Union, malgré les points de divergences politiques avec Bruxelles. Il pourrait selon lui défendre les intérêts du royaume chérifien qu’ils soutiennent de façon croissante.
En attendant, cette rencontre a permis de discuter des échanges économiques et commerciaux, de confirmer la tenue de la quatrième session de la Commission économique mixte, prévue à Budapest en mars 2022, et de la tenue d’un forum d’affaires en marge de cette commission. Un pas qui confirme par ailleurs les ambitions des opérateurs privés, notamment polonais, dont les hommes d’affairesprospectaient dans les villes de Dakhla et Laâyoune (revendiquées par le Maroc et par le Polisario) au mois de septembre.
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