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Erdogan vis-à-vis de l’Arménie: une main de fer dans un gant de velours?

© AP Photo / AP POOL PHOTORecep Tayyip Erdogan
Recep Tayyip Erdogan - Sputnik France, 1920, 14.12.2021
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La Turquie veut enterrer la hache de guerre avec l’Arménie. Erevan et Ankara se disent prêts à envoyer chacun un émissaire. Toutefois, les relations restent tendues en raison de la question du génocide et de la guerre du Haut-Karabakh.
Décidément, le sultan d’Ankara ne cesse de surprendre. Après s’être rabiboché avec les Émirats arabes unis à coups de milliards de dollars et avoir pris quelque peu ses distances avec les Frères musulmans* pour entamer un début de réconciliation avec l’Égypte, le voilà décidé à tendre la main à l’Arménie.
Une démarche qu’Erevan semble d’ailleurs ne pas rejeter. Le gouvernement arménien étant "prêt à un processus de normalisation des relations avec la Turquie sans conditions préalables", a déclaré mardi sur sa page Facebook le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Vakhan Hounanian. Le pays s’apprête à nommer un "représentant spécial pour le dialogue" avec Ankara. L’annonce intervient au lendemain de la décision du chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, d’élire un émissaire pour l’Arménie. Le ministre des Affaires étrangères turc a par ailleurs annoncé que ces démarches étaient entreprises de concert avec l’Azerbaïdjan.

Des mercenaires syriens à la solde d’Erdogan envoyés dans le Haut-Karabakh

Malgré la reconnaissance de l’indépendance arménienne par la Turquie dès 1991, les deux pays frontaliers n’entretiennent pas de relations diplomatiques officielles. Ainsi, cette première étape viserait à enterrer définitivement la hache de guerre entre Erevan et Ankara. "On est à un point d’inflexion de l’histoire de l’Arménie", estime Robert Aydabirian, initiateur et coauteur du livre blanc sur la situation politique et sécuritaire de l’Arménie post-conflit.
" Le fait qu’il n’y ait pas de relation est une anomalie historique qui mérite d’être corrigée. Le conflit du Haut-Karabakh entre 1988 et 1994 a justifié le raidissement de la politique turque avec une solidarité avec l’Azerbaïdjan. Mais aujourd’hui, il est grand temps que les relations se rétablissent indépendamment de ce qu’il s’est passé", souligne-t-il au micro de Sputnik.
Ankara a tout de même participé activement à la victoire de Bakou en novembre 2020. Outre l’envoi des redoutables drones Bayraktar TB2, Recep Tayyip Erdogan a dépêché quelque 850 mercenaires syriens pour épauler l’Azerbaïdjan. Des supplétifs envoyés d’Idlib moyennant une solde oscillant entre 1.300 et 1.800 dollars. Face à la puissance militaire turco-azérie, Erevan a été défait et contraint de signer un cessez-le-feu. Le pays a de fait cédé plusieurs régions dans le Haut-Karabakh, avec la rétrocession à Bakou du district d'Agdam, ainsi que de ceux de Kelbadjar et de Latchine. Lors du défilé de la victoire à Bakou, Erdogan a été l’invité d’honneur.
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Malgré la fin des hostilités, les tensions perdurent. La guerre a failli repartir de plus belle en novembre dernier. En raison d’une délimitation approximative des frontières, de facto peu respectées, diverses escarmouches ont eu lieu de part et d’autre.

Le génocide de la discorde

Ainsi la méfiance demeure-t-elle du côté arménien, "ce qui est compréhensible compte tenu de notre passif", explique Robert Aydabirian. Et c’est peu dire, tant la question épineuse de la reconnaissance du génocide arménien de 1915 reste centrale dans la mémoire arménienne, hypothéquant l’avenir des relations bilatérales. La Turquie récuse le terme de génocide, se contentant d’évoquer une guerre civile, doublée d'une famine, dans laquelle 300.000 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont péri. Pis, lors de sa visite en Azerbaïdjan en décembre 2020 pour célébrer la victoire des forces azéries, Recep Tayyip Erdogan a même sacralisé Enver Pacha, l’un des principaux instigateurs des massacres de la communauté arménienne au début du siècle dernier.
Pourtant, les enjeux contemporains pourraient bien contraindre les autorités arméniennes au pragmatisme, si l’on en croit Robert Aydabirian:
"L’Arménie est entourée de près de 100 millions de Turco-Azéris [84 millions pour la Turquie, 10 millions pour l’Azerbaïdjan, ndlr]. Nous sommes deux millions et demi. Ce ne sont pas eux qui vont partir. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à l’émigration de nos élites. Il faut rétablir un climat de paix sur place. Il faut redonner à cette population arménienne des opportunités pour l’avenir au sein même de cette région", espère-t-il.
D’où l’importance des pourparlers à venir entre les deux pays. Des négociations secrètes avaient déjà commencé en 2007, avec la médiation du département fédéral des Affaires étrangères suisse. L’enchaînement des contacts diplomatiques bilatéraux a abouti à la signature à Zurich de deux "protocoles", le 10 octobre 2009, sous la supervision des puissances internationales. Le premier prévoyait le rétablissement des relations entre Ankara et Erevan. Le second, l’ouverture de la zone limitrophe de 268 kilomètres. Mais, dès lors que la Turquie a inclus la résolution du contentieux territorial dans le Haut-Karabakh, l’accord était mort-né pour l’Arménie. Erevan a en effet abandonné le processus en 2018.
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Le gouvernement turc campe toujours sur ses positions. "Si l'Arménie fait preuve de bienveillance sincère à l'égard de l'Azerbaïdjan, alors il n'y aura pas d'obstacles à la normalisation des liens entre la Turquie et l'Arménie", déclarait le Président turc, en visite en Azerbaïdjan en octobre dernier. Face à la fermeté d’Ankara, Erevan n’a guère de choix.

"Il est grand temps que les Arméniens cessent de raisonner en écoutant leur ADN, il faut raisonner avec nos neurones et agir rationnellement", conclut Robert Aydabirian.

Tout n’est d’ailleurs pas désespéré. Le 26 novembre dernier, le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, et le Président azéri, Ilham Aliev, se sont accordés pour apaiser les tensions frontalières, lors d'une rencontre à Sotchi sous l'égide du Président russe, Vladimir Poutine. Le 14 décembre, les deux dirigeants doivent de nouveau se réunir à Bruxelles sous la houlette du président du Conseil européen, Charles Michel.

*Organisation terroriste interdite en Russie
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