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Cameroun: l'insécurité et les tensions politiques vont-elles gâcher la Coupe d'Afrique?

© Photo Pixabay/ThorstenFUn terrain de football
Un terrain de football  - Sputnik France, 1920, 04.01.2022
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Le Cameroun abrite, du 9 janvier au 6 février 2022, la 33e édition de la coupe d'Afrique des nations de football. Si les préparatifs semblent aller bon train à quelques jours de l’événement, la compétition pourrait, selon certains analystes, mettre en lumière les tensions sécuritaires et sociopolitiques en cours dans le pays.
Reportée d'une année pour des raisons sanitaires, la Coupe d'Afrique des nations (CAN 2021), qui doit se tenir au Cameroun du 9 janvier jusqu'au 6 février prochain, aura lieu, de l’avis de plusieurs analystes comme le docteur Aristide Mono, dans un climat assez tendu dû aux crises protéiformes que traverse le pays.

"Il faut dire que cet événement se tient dans un climat national très délétère et précaire, déjà sur le plan sécuritaire avec une partie du pays qui croupit depuis quatre ans sous le poids d’un conflit armé sanglant, ensuite sur le plan politique avec une brimade inouïe de l’opposition par le parti au pouvoir qui instrumentalise les forces de maintien de l’ordre et la justice pour filer de lourdes peines d’emprisonnement à ses adversaires", constate le politologue au micro de Sputnik.

La CAN de toutes les batailles politiques

Si la compétition est très attendue dans ce pays de football, de nombreuses crises internes menacent de perturber son déroulement. Sur le terrain des batailles politiques, l'opposant Maurice Kamto et ses partisans entendent profiter de l’événement pour faire entendre leur voix dans le combat qui les oppose au pouvoir de Paul Biya, depuis la présidentielle d’octobre 2018.
En effet, enfermés le 22 septembre 2020 pour avoir participé à une marche dite pacifique contre le régime, près d'une cinquantaine de militants et cadres de son parti ont été condamnés, le 27 décembre, à des peines allant de un à sept ans de prison ferme. Un verdict qui a suscité de nombreuses réactions dans l’opinion. D’ailleurs des opposants comme Jean Michel Nintcheu, député du Front social démocrate (SDF), qui dénonce ce qu’il qualifie de "cruauté judiciaire", appelle à une manifestation à Douala, le 8 janvier à la veille de la cérémonie d’ouverture de la CAN, pour mettre à nu les "nombreuses injustices" et appeler entre autres à la libération des prisonniers politiques.
Déjà fin décembre, Maurice Kamto annonçait à Yaoundé le lancement d’une campagne pour la libération de ses militants et sympathisants. Dans un ultimatum au gouvernement, l’opposant projetait de saisir l’occasion de la CAN 2021 pour faire entendre leurs revendications.

"Ceux qui aiment salir l’image du Cameroun et l’imputent à d’autres, s’ils veulent continuer à salir le Cameroun, ils le saliront pour de bon à l’occasion de la Coupe d’Afrique des nations si nos camarades politiques ne sont pas libérés avant la fin de l’année", avait-il déclaré à la presse.

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Un message qui visiblement n’a pas fait frémir Yaoundé au vu des condamnations qui s’en sont suivies. D’ailleurs, dans une déclaration début décembre, le ministre de l’Administration territoriale avait prévenu que le pouvoir ne tolérerait aucun trouble à l’ordre public ni manifestation durant la compétition. Or, souligne Aristide Mono, "cette CAN qui est un événement international constitue une bonne opportunité pour le MRC de publiciser, médiatiser les causes qu’il défend".

"Les rencontres internationales sont devenues aujourd’hui des opportunités d’expression des nouveaux mouvements sociaux. On l’a vu lors des Coupes du monde sud-africaine en 2010, brésilienne en 2014 et russe en 2018. Donc objectivement, il n’y a aucun argument pertinent qui puisse soutenir la diabolisation de ces mobilisations pacifiques", argue le politologue.

La CAN et la crise sécuritaire

Sur un tout autre front, les séparatistes anglophones engagés dans un violent conflit contre le gouvernement de Yaoundé, depuis 2017, entendent eux également perturber le déroulement de l’événement. Dans une note d’information publiée fin décembre, Human Right Watch (HRW) s’inquiétait déjà que "plusieurs dirigeants et militants séparatistes ont publiquement menacé de perturber la CAN si les autorités ne retirent pas les forces gouvernementales actuellement présentes dans les régions" du Nord-Ouest et du Sud-Ouest anglophones.
Si la ville de Limbe, située dans le Sud-Ouest séparatiste et qui doit accueillir une poule de la compétition est la plus à risque, les villes de Douala et de Bafoussam, frontalières aux régions en crise, ne sont pas en reste. Du côté de Yaoundé, les autorités rassurent que la sécurité autour de l’événement sera garantie. Elles annoncent par ailleurs le déploiement de soldats supplémentaires dans les régions anglophones pour empêcher les attaques de séparatistes armés: "C’est tout ce que l’État peut faire pour le moment. Il doit renforcer son encadrement sécuritaire en filtrant particulièrement les mouvements entre la zone de crise, la zone anglophone et les autres régions du pays. Pour le reste, aucune solution efficace n’est envisageable parce que le temps ne permet plus que les problèmes existants soient résolus avant ou pendant la CAN", souligne Aristide Mono. Cependant, prévient HRW,

"L’histoire de la crise anglophone au Cameroun montre que la réponse du gouvernement a souvent été insuffisante pour protéger les civils contre de telles attaques", peut-on lire dans la récente note de l’ONG.

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Dans son discours à la nation le 31 décembre, Paul Biya est revenu sur la détermination du gouvernement à ramener la paix dans les régions du pays qui sont sujettes à des menaces sécuritaires. Il a par la suite invité "les Camerounais et les Camerounaises à se mobiliser massivement pour faire de la CAN 2021 la plus belle fête du football jamais organisée sur notre continent".
Cinq fois champion d'Afrique, le Cameroun n'a organisé la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations qu'une seule fois, en 1972. Au-delà de l’aspect sportif, cette CAN, argument de campagne de Paul Biya à la dernière présidentielle, constitue un attrait majeur de son septennat pour tenter de fédérer les Camerounais dans un pays déchiré par de nombreuses crises.
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