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Des célébrités locales aux anonymes en passant par des blogueurs, ces nouvelles stars du net sont désormais la vitrine des marques au Cameroun. Grâce à leurs contenus et leur positionnement, les influenceurs web sont de plus en plus sollicités pour des campagnes auprès de leurs followers. Une tendance devenue une activité lucrative pour beaucoup.

Méconnu jusqu’à une date récente, le métier d’influenceur web commence à sortir de l’anonymat au Cameroun. Blogueurs, artistes humoristes, musiciens ou anonymes… les profils sont assez variés. Au service des marques, ces nouvelles stars du net ont réussi, pour beaucoup, un peu par hasard comme Moustik le Karismatik, célèbre humoriste camerounais.

«En réalité, je ne connaissais pas ce terme d’influenceur. J’ai été sollicité par des marques et ma voix a porté. Je pense aussi que la communauté qui me suis sur Facebook grâce à mon statut d’humoriste, et ma prise de position dans les problèmes d’intérêt général ont beaucoup joué en ma faveur», avoue l’artiste au micro de Sputnik.

Avec une communauté de plus de 260.000 membres, Moustik le Karismatik Officiel, sa page Facebook, est depuis nombre d’années déjà la vitrine des marques qui cherchent preneurs. Son humour est son plus grand atout.

«J’ai gagné environ 30 contrats jusqu’ici et mes clients reviennent toujours pour la plupart .Mais ma force aussi vient du fait que je suis d’abord un humoriste efficace sur le terrain. J’ai un contenu alléchant qui attire les foules. Il est donc normal que les marques s’intéressent à mon profil», détaille l’humoriste influenceur.

Kamga Kotopi Mignon, un influenceur devenu très célèbre sur les réseaux sociaux grâce à de petites vannes bien drôles, surfe sur la même vague. Anonyme jusque-là, il est passé de l’ombre à la lumière du jour au lendemain.

«Sincèrement, j’ai compris que j’exerçais une certaine influence sur les internautes lorsque je suis passé de 10.000 à 25.000 abonnés en moins d’une semaine. C’est grâce à mes vannes que j’y suis parvenu car elles suscitent beaucoup d’émotion et attirent les internautes», confie-t-il au micro de Sputnik.

Une tendance qui rapporte

Avec plus de 51.000 abonnés sur Facebook, 95.000 sur Twitter, Kamga Kotopi Mignon fait rire la toile entière. Au début de l’aventure, le web-influenceur n’avait fait aucun calcul. Il se contentait de publier chaque jour de petits proverbes sur un ton assez sarcastique, juste pour le plaisir. Et peu à peu, les marques ont commencé à solliciter ses pages pour de petites actions de communication sporadiques.

«De plus en plus, les marques me contactent pour communiquer sur leurs produits ou leurs événements. Je peux mettre leurs visuels en photo de couverture ou alors faire du placement produit dans mes publications. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je m’en frotte les mains», se réjouit-il.

Si Kamga Kotopi Mignon doit sa notoriété à son sens de l’humour quelquefois grivois, Cédric Ndawa s’est donné une autre orientation. Plus portées sur les produits alimentaires et les nouvelles technologies, ses publications quotidiennes sur Tweeter ont fini par attirer l’attention des marques et des agences publicitaires. Le web influenceur se positionne avant tout comme un «content sharer» (partageur de contenu). Grace à ce positionnement, la star du net arrive à gagner sa vie.

«Je travaille avec des entreprises qui commercialisent des boissons, des opérateurs de la téléphonie mobile, des agences de communication ou d’événementiel. Il m’est déjà arrivé de signer un contrat d’un an avec un client», se réjouit l’influenceur.

Suivi par au moins 18.000 abonnés sur Twitter, Cédric Ndawa entretient ses followers à force de tweets ou de partages de contenus liés à son domaine d’expertise. Une audience qui vaut de l’or et qui confère à l’influenceur son statut.

Un métier controversé

Dans le cercle des influenceurs qui attirent des foules, on trouve aussi Muriel Blanche. À 30 ans, elle est  l'égérie de plusieurs marques et désormais promotrice de la marque de prêt-à-porter «Envoûtée». Rendue célèbre par la web-série «Pakgne», elle est aujourd'hui l'une des femmes les plus influentes de la toile au Cameroun.

Si beaucoup revendiquent le titre d’influenceur pour le prestige et les avantages qu’il confère à son porteur, il reste que la définition à accorder au métier au Cameroun ne fait pas l’unanimité. 

«Un influenceur doit avoir une notoriété sur un segment spécifique sur une communauté via les réseaux sociaux. Il crée un pic de visibilité sur une certaine période pour lui-même ou durant une campagne pour des marques, pour une évolution des ventes moyennant rémunération», estime Cédric Ndawa.

Une acception que relativise Paul Emanuel Djeng, expert en inbound marketing, pour qui un influenceur est avant tout un bénévole. Sa capacité à mobiliser les masses, peu importe le nombre d’abonnés, n’est pas forcément conditionnée par un intérêt pécuniaire. L’influenceur «doit pouvoir  susciter des prises de décision chez des tiers de manière tout à fait naturelle».

«Le contexte actuel prête le titre d’influenceur aux individus qui posséderaient un grand nombre d’abonnés. Mais cela ne veut absolument rien dire. Les abonnés s’achètent. Un influenceur doit pouvoir créer des phénomènes sociaux. Communiquer, sensibiliser, susciter le changement des comportements peu importe le nombre de followers», nuance le spécialiste au micro de Sputnik.

Abondant dans le même sens, Émile Gaston Bissossolo, responsable commercial dans une régie publicitaire, estime qu’«un influenceur doit d’abord travailler à crédibiliser son opinion auprès des personnes qui le suivent et ainsi asseoir son autorité. La qualité d’un influenceur n’est pas déterminée par le nombre de followers mais par sa crédibilité», seule condition, selon l’expert, pour une marque d’atteindre son objectif.

«Les influenceurs sont capables de faire augmenter le volume de vente d’un produit ou d’un  service, de contribuer significativement à l’amélioration de l’image d’une entreprise, voire d’augmenter son capital sympathie», ajoute-t-il.

Au Cameroun pourtant, nombre d’internautes se sont aussi retrouvés sous les feux de la rampe à la suite d’un badbuzz ou d’un scandale. Capitalisant sur leur audience, certaines marques en ont profité pour placer leur produit, espérant un transfert de notoriété ou une augmentation de leur chiffre d’affaires.

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blogueurs, réseaux sociaux, Cameroun
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