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«Utiliser défensivement l’Iskander-E, comme dans le supposé cas arménien, [est] sans aucune valeur militaire étant donné que l’adversaire se tient prêt dans ce cas à faire face à la menace», estime auprès de Sputnik l’expert militaire algérien Akram Kharief. Selon lui, c’est ce qui empêché l’Arménie de l’utiliser.

En février, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a déclenché une polémique sur l’efficacité des systèmes de missiles russes Iskander-E lors de la guerre qui opposait alors son pays à l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabakh. Bien que sa porte-parole Mané Gevorgyan ait annoncé le 1er mars qu’il avait été induit en erreur par les informations qu’il avait reçues, la polémique a continué à enfler, atteignant d’autres pays qui ont équipé leurs armées avec ces systèmes. En effet, profitant de cette confusion, des opposants algériens, qui n’hésitent pas à attaquer l’Armée nationale populaire (ANP), l’ont accusée d’avoir acquis des systèmes (Iskander-E) vétustes et complètement dépassés.

Dans un entretien accordé à Sputnik, Akram Kharief, directeur du site d’information militaire Menadefense, affirme que «derrière la polémique sur l’efficacité ou non des missiles Iskander-E de l’armée arménienne lors de la courte guerre qui l’a opposée à l’Azerbaïdjan, se cache une totale incompréhension d’un conflit très rapide, très dense et dans un territoire exigu». Ayant lui-même visité en 2018 le Haut-Karabakh, M.Kharief explique les dessous de cette controverse.

L’origine de la polémique

«Le 9 novembre, soit la veille de la signature du cessez-le-feu entre les deux belligérants, une vidéo montrant un tir de missile arménien, qualifié d’Iskander-E, a fait le tour des réseaux sociaux», indique l’expert, soulignant que «cette vidéo de mauvaise qualité montrait un tir de missile à partir d’un camion transporteur».
Et de préciser que «l’angle et la distance ne pouvait fournir suffisamment d’informations quant à la nature exacte du missile tiré [...]. Cependant, la silhouette laisse penser qu’il s’agit d’un missile Iskander-E ou d’un missile Tochka, sachant que l’Arménie dispose également de ce type de système dans son arsenal militaire».

Dans ce contexte, le spécialiste regrette le fait qu’en «se basant uniquement sur les déclarations des officiels arméniens et sur la vidéo du lancement du supposé missile, les réseaux sociaux et les blogs se soient enflammés pour décrier la qualité de l’Iskander-E, allant même jusqu’à mettre en valeur le système antiaérien israélien Barak-8 qui aurait détruit chaque missile tiré par l’Arménie contre l’Azerbaïdjan».

«Une arme principalement de première frappe»

Akram Kharief relève que «dans toute cette polémique, à aucun moment il n’a été mis en avant que l’Iskander-E ne soit pas une baguette magique, mais juste une arme ayant des usages limités et qui est efficace dans des utilisations strictement spécifiques».

En effet, le directeur de Menadefense rappelle que l’«Iskander-E est un missile balistique tactique et non stratégique qui a une portée de moins de 300 kilomètres pour la version exportable et une précision de cinq à sept mètres». «L’ogive transportée par le missile est constituée de 800 kilos de matières explosives. Elle est destinée à provoquer des dégâts majeurs dans un rayon de 500 mètres», détaille-t-il.

Partant de ces spécificités, l’expert explique que «l’Iskander-E est efficace contre les cibles peu protégées et statiques comme les bâtiments ou les pistes d’aviation», ajoutant qu’«il peut être également efficace contre de vastes regroupements de troupes grâce à sa rapidité d’emploi».

Dans ce sens, M.Kharief affirme que «l’Iskander-E est une arme principalement de première frappe, utilisée comme de l’artillerie de précision à longue distance [...]. Donc l’utilisation de l’Iskander-E en première frappe est opérationnelle contre les postes de commandement et les nœuds de communication, soit la vision classique russe de l’art opératif militaire, la doctrine Udar […], assez semblable à celle de Choc et effroi utilisée par les Américains qui consiste en des frappes en profondeur afin de détruire le système décisionnel ennemi et de permettre une progression rapide des troupes».

Utiliser «défensivement l’Iskander-E est sans aucune valeur»

Akram Kharief avance que «compte tenu de toutes ces données, l’Iskander-E est une arme offensive de première frappe et d’action psychologique, de coercition politique et de maintien de l’équilibre».

«Utiliser défensivement l’Iskander-E, comme dans le supposé cas arménien, transforme le missile en arme de vengeance et de terreur contre les civils, sans aucune valeur militaire, étant donné que l’adversaire se tient prêt dans ce cas à faire face la menace», conclut-il, soulignant que «c’est ce qui explique pourquoi il n’a pas été utilisé».

Les démentis russe et azerbaïdjanais

En réponse aux propos du Premier ministre arménien, le ministère russe de la Défense avait déclaré que «d’après les informations objectives et fiables dont nous disposons et qui sont notamment confirmées par le système de contrôle objectif, aucun système de ce type n’a été utilisé lors du conflit au Haut-Karabakh. L’ensemble des munitions se trouve dans les entrepôts de la République d’Arménie».

Deux jours après les déclarations arméniennes, le Président azerbaïdjanais Ilham Aliev a à son tour déclaré que les systèmes de missile balistique Iskander n’ont pas été utilisés par l’Arménie lors du récent conflit dans le Haut-Karabakh.

«Nous n’avons pas vu de tir [...]. Lorsque cette déclaration a été faite, nous nous sommes renseignés encore une fois, mais non, rien de tel n’a été vu. Ce n’est qu’un nouveau lapsus parmi tant d’autres, une déclaration comique, voire anecdotique», avait-il fait savoir lors d’une conférence de presse.

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Tags:
Azerbaïdjan, Arménie, Armée nationale populaire algérienne (ANP), Iskander-M, Iskander
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