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Nous y sommes tous un peu responsables : les médias débordent d'émissions et de reportages qui mettent intrinsèquement la religion musulmane au-devant de la scène.

Les mots ne sont pas prononcés implicitement, on met en garde devant le danger de faire des amalgames, mais les séquences d'images sont là, les faits alignés sont là… et ils font monter en épingle un sentiment d'islamophobie qui serait à l'origine de tous les maux, inconsciemment ou pas.

Pourtant, la France d'après les attentats des 7 et 9 janvier 2015 est restée calme et, globalement, sereine.

« Ce qu'on aurait pu imaginer comme un scenario catastrophe — d'attaques de mosquées, puis — de réponses des Musulmans agressés, n'a pas eu lieu. — nous confirme Camel Bechikh, Président de l'association « Fils de France », — Au contraire, en France, après la grande marche qui a mobilisé un grand nombre de gens dans les rues, il a eu un élan de la part de la société civile vers les Musulmans. Ces derniers ont accueillis cet élan de volonté de compréhension. On assiste depuis à une multitude d'échanges au sein de notre pays entre des associations locales, des collectivités territoriales, le gouvernement et le réseau associatif musulman. Il n'y a pas eu de spirale de violence, au contraire: une spirale de la volonté de reconnaissance. La France est restée digne de ses valeurs fondamentales, elle n'a pas stigmatisé une communauté, mais, au contraire, elle a essayé de faire le tri entre quelques individus qui ont usé de violence, et l'immense majorité qui est dans son identité française cherche à faire mieux comprendre sa spiritualité et sa religion. »

On nous dit: la France a ses propres traditions. Certes, mais les fameuses traditions, ou « valeurs » plus exactement, ont beaucoup évoluées d'un siècle à l'autre. Monarchie absolue? Catholicisme? Empire? République? Les temps où on coupait les têtes aux monarques ont révolus. Il est même difficile de se souvenir que le dernier guillotinement a eu lieu dans les années 1970, période qui nous est extrêmement proche sur l'échelle historique. Pour un citoyen d'aujourd'hui l'extermination d'êtres humains, sur la place publique en plus, appartient définitivement (je l'espère) au passé, à la barbarie inhumaine… On parle à l'aise de « valeurs républicains », elles changeaient également d'une République à une autre, c'est bien pour cela que ces Républiques changeaient leur nombre de charge. Les valeurs républicaines sont également au centre d'une discussion qui revient finalement à la question: qu'est-ce qui est mieux pour la République? Pour notre République? Pour la sauvegarder et faire vivre… Rester au sein de l'EU? En sortir? Accueillir les émigrés? Fermer les frontières? Et chaque option trouve ses partisans et défenseurs.

Vingt millions de Musulmans en Russie, ce n'est pas un pourcentage modeste sur le fond de 143 millions d'habitants. Six millions de Musulmans en France parmi les 66 millions de Français est un nombre considérable. Mais les problèmes de la vie commune entre des différentes confessions ne sont pas semblables dans nos deux pays. L'habitude de voir depuis les siècles au sein de la population russe, majoritairement orthodoxe, les musulmans — que ça soient les Tartares ou les Tchéchènes — élabore une ligne de conduite de cohabitation même si on ne peut pas nier des cas de confrontation isolés.

« Est-ce qu'il y a un problème réel quant à la présence de 6 millions de Musulmans? Oui, bien évidemment. — poursuit Camel Bechikh, Président de l'association « Fils de France », — La France s'est construite sur une idée religieuse, elle est née du baptême de Clovis. Pendant treize siècles, la France a vécu avec l'Eglise catholique au centre de sa vie politique. Du jour au lendemain on a vu que tout ça est terminé, et la « fille ainée » de l'Eglise, le pays sur lequel s'appuyait Rome, est devenu l'endroit où la sécularisation devenue la plus stricte, en plus dans une grande violence.

Si les questions se posent vis-à-vis les Musulmans de France, ce n'est pas seulement par rapport aux Musulmans, mais surtout par rapport à la religion. On se pose des questions sur les rapports d'une extrême centralité de la sécularisation, de la laïcité dans la vie politique française face aux religions, d'abord — catholique, plus récemment — musulmane.

Il ne faut pas que les non-musulmans pensent que les questions soulevées par les Musulmans de France ne soient que liées à leur spiritualité. Elles sont liées d'une manière plus globale à des rapports en France entre le religieux et le politique. »

Même si certains medias crient au constat d'échec de la politique d'insertion et de communication intercommunale. Même si les attaques terroristes de Paris ont fait peur à plus d'un. Ni la lutte contre la montée du djihadisme, ni la formation des aumôniers pour éviter la radicalisation en prison ne sont pas contestés et paraissent d'être le fruit du bon sens. On ne peut pas suivre ces medias et parler de « l'explosion des actes islamophobes » Le problème est plus nuancé, puisqu'on se souvient de l'expérience récente d'un journaliste israélite qui s'est promené à travers la région parisienne et a essuyé une avalanche d'insultes et même quelques crachats à la figure.

L'Arc-de-Triomphe illuminé pour Charlie Hebdo
© REUTERS / Youssef Boudlal
On peut suivre les ordres venus de François Hollande « pour renforcer la représentativité du Conseil Français du Culte Musulman » On peut descendre systématiquement dans la rue en rang de manif, ou recréer l'institut des « grands frères » proposé par Nicolas Sarkozy à l'époque et qui n'a mené à rien.

Mais la vie n'obéit pas seulement aux décisions politiques.

Il a dans la vie les lois de la Fraternité. Les lois du Cœur.

Et le cœur, chacun en a.

 

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Tags:
France, Camel Bechikh, musulmans, islam
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