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    Couleurs du drapeau américain sur un ornement iranien

    Aux USA, l'atome iranien s'invite dans les primaires républicaines

    © REUTERS / Morteza Nikoubazl
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    Gauthier Bouchet
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    L'accord nucléaire iranien que vient de conclure le président américain Barack Obama influence depuis plusieurs mois les discours des différents candidats aux primaires républicaines.

    Avec la menace nouvelle de l'État islamique et les déclarations plus convenues sur la défense d'Israël, l'Iran représente en effet l'un des principaux sujets d'intérêts des leaders républicains, au sein d'une campagne très axée sur les enjeux internationaux.

    Obama achèvera normalement en janvier 2017 son second mandat présidentiel, ouvrant la voie à de nouvelles élections, précédées de primaires chez les démocrates comme chez les républicains. Les premiers votes devraient se tenir en janvier 2016, avec le traditionnel caucus de l'Iowa. Dans ce contexte, l'accord récemment conclu avec l'Iran relativement aux capacités nucléaires de ce dernier peut être analysé comme le dernier « geste fort » d'une présidence qui s'était voulue renouvelée sur le plan diplomatique, après l'unilatéralisme raide de Georges W. Bush en Irak.

    S'il est commun qu'aux États-Unis, les problématiques internationales influencent les scrutins (il n'est qu'à se rappeler les divergences Obama-Romney en 2012 sur le désengagement en Irak… et l'engagement en Syrie), force est de constater que la campagne présidentielle de 2016 devrait porter cette tendance à ses sommets. Parmi les thèmes de politique étrangère, l'Iran semble faire référence de figure incontournable dans la communication des différents prétendants républicains. Dans le même temps, les démocrates, qui soutiennent de fait les choix d'Obama sur cette question, l'évoquent beaucoup moins, charpentant avant tout leurs discours de politique intérieure (délocalisations industrielles en Chine et au Mexique, héritage de l'ObamaCare…)

    Hillary Clinton
    © AP Photo / Charlie Neibergall
    Tous les éléphants du « Grand Old Party », il va sans dire, s'opposent à la nouvelle politique d'Obama vis-à-vis de l'Iran. La virulence des propos est inégale. Mais il existe une stratégie commune permettant de tacler d'une seule fois aussi bien la stratégie présidentielle que les vues supposées de Hillary Clinton, ancienne secrétaire d'État sous le premier mandat d'Obama et candidate démocrate la plus fortement pressentie. L'actuel secrétaire d'État est John Kerry est également visé.

    Il reste encore quinze mois avant le prochain scrutin présidentiel aux États-Unis. Sur l'Iran comme sur beaucoup de sujets, les lignes vont probablement diverger d'ici là. Et l'on comprend bien que les différents candidats, a fortiori l'actuelle opposition républicaine, doivent œuvrer dans une sorte de surenchère « iranosceptique » au sein d'un message plus général sur l'islamisme radical pour rester crédibles vis-à-vis du cœur le plus conservateur de leurs électorats respectifs. Mais les différents announcements (discours de candidatures) des prétendants républicains montrent d'ores et déjà l'existence d'une pensée républicaine très anti-iranienne, murie au moins depuis dès l'accord préliminaire de Genève, à l'automne 2013.

    Lançant les hostilités verbales contre l'Iran le 23 mars dernier à Lynchburg (Virginie), Ted Cruz, sénateur du Texas a dévoilé son « président idéal », demandant à ses supporters « d'imaginer », en somme, l'exact inverse d'Obama sur tous les grands sujets. À mi-discours, Cruz appela ainsi la foule à imaginer, « au lieu d'un président qui boycotte le [Premier ministre israélien] Nétanyahou, (…) un président qui se tienne indéfectiblement aux côtés de la Nation d'Israël », embrayant logiquement sur le nucléaire iranien. « L'Iran ne doit pas pouvoir acquérir une arme nucléaire, sous aucune circonstance. », assura le sénateur à ses partisans, évoquant également les otages américains de Téhéran, sous l'ayatollah Khomeini.

    Dans une critique similaire, Marco Rubio, benjamin du Sénat, élu en Floride, a évoqué le 13 avril à Miami la nécessité selon lui que « l'Amérique [doive] une fois de plus, accepter un leadership mondial, en abandonnant (…) son hostilité à Israël ».

    L'ancien gouverneur de l'Arkansas Mike Huckabee, qui avait déjà tenté de briguer l'investiture républicaine en 2008, est sans doute le plus extravagant dans le verbe anti-iranien. Le 5 mai, dans un meeting symboliquement tenu à Hope (Arkansas), Huckabee a ainsi tenté la comparaison entre la colonisation israélienne en Cisjordanie et le nucléaire iranien, le gouvernement condamnant la première tout en laissant faire le second, selon lui. À cela quoi l'ex-gouverneur, ancien pasteur baptiste épris de lutte de la « Chrétienté » contre le « djihad » (État islamique, Hamas et Iran confondus dans le même terme) répondit que « les ayatollah d'Iran sauront que l'Enfer sera congelé avant qu'ils n'obtiennent une arme nucléaire ».

    Pour George Pataki, ancien gouverneur de l'État de New York, les attentats du 11 Septembre, durant lesquels il était en poste, sont la motivation prioritaire d'un « Iran qui ne devrait jamais avoir l'arme nucléaire », dans son discours de candidature du 28 mai à Exeter (New Hampshire). Mais cette fixation sur l'Iran succède en réalité à un long déroulé qui opposant notamment les « États libres de la Baltique » à « la Russie renaissante ». Le discours est toutefois étrangement nuancé sur le thème du nation building (« Nous ne dépenserons pas mille milliards de dollars ni ne passerons dix ans à construire des Nations de toutes pièces »), si désastreusement mis en œuvre en Afghanistan et en Irak.

    « La plus grande menace de toutes est l'ambition nucléaire des islamistes radicaux qui contrôlent l'Iran. Il n'y a pas de modération en Iran », a assuré le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham dans son discours de candidature, le 1er juin à Central, joignant sa mise en garde contre l'islamisme radical à celle contre la puissance financière des mouvements terroristes. « Ils ont plus d'argent, plus de capacités, plus d'armes (…) que jamais depuis le 11 Septembre. Ils sont puissants. Ils sont riches. En tant que président, je les rendrais faibles et pauvres. » Face à l'Iran, Graham préconise de longue date une intervention américaine, non d'ailleurs sans l'appui de partenaires régionaux sunnites.

    Le flamboyant magnat de l'immobilier Donald Trump, s'est pour sa part adressé à ses partisans le 16 juin dernier à New York dans un discours avant tout consacré au leadership économique des États-Unis, face à des puissances jugées avec inquiétude: Chine, Japon et Mexique. L'exemple des « Chevrolet ne circulant pas au Japon, parce que cela n'existe pas » aura fait mouche au milieu de nombreux appels au patriotisme économique face aux nouveaux pays industrialisés. Le discours sur l'Irak demeura très circonscept (J'avais dit: « Ne frappez pas contre l'Irak, parce que vous allez déstabiliser totalement le Moyen-Orient ».), servant ici une rhétorique contre l'Iran de nouveau avant tout économique, en tant que puissance régionale. « L'Iran a pris le dessus sur l'Irak. », précisa Trump, sans évocation particulière de l'accord nucléaire, avant d'y venir enfin dix minutes plus tard: « [le président Obama] a fait ce « deal » [l' « IranDeal »], et Israël pourrait bien ne plus exister pour longtemps. C'est un désastre, et nous devons protéger Israël. »

    Négociations sur le nucléaire iranien à Vienne (archives)
    © REUTERS / Leonhard Foeger
    Scott Walker, gouverneur du Wisconsin, s'est ému le 13 juillet dernier à Waukesha d'une sorte de « banalisation » de l'Iran en tant que potentiel partenaire commercial des États-Unis (« Nous avons un président qui voit (…) en l'Iran un endroit où l'on peut faire des affaires. »), déclenchant les huées de son public. Évoquant ses souvenirs d'enfance des « 444 jours durant lesquels l'Iran avait détenu 52 otages américains », il fit alors monter sur scène le plus jeune des otages, l'ancien Marine Kevin Hermening. « Kevin [Hermening] sait que l'Iran n'est pas un endroit où l'on fait des affaires », ajouta alors le gouverneur. Walker avança en conclusion que « L'Iran n'a pas beaucoup changé depuis le jour où [Hermening] et les autres otages furent libérés » et la nécessité de « terminer ce mauvais deal avec l'Iran dès le premier jour de [son] mandat. » Le parallèle avec la libération des otages américains le premier jour du mandat présidentiel de Ronald Regan, en 1981, eut l'effet recherché sur l'auditoire.

    Sur l'Iran, seul Rand Paul se distingue
    Parmi les candidats républicains à l'élection présidentielle américaine, un seul se distingue dans sa vision de l'Iran: Rand Paul, sénateur du Kentucky. Dans son announcement du 7 avril à Louisville, dans ce même État, Rand Paul, connu pour son affiliation libertarienne, a surtout pris le temps de s'attaquer de manière convenue au poids de l'État fédéral, tant sur le plan fiscal que d'atteinte aux libertés des différents États. Ses harangues contre la « Machine de Washington » (Washington Machine) ont relégué de fait sa pensée sur la politique extérieure américaine en fin de discours.

    Évoquant la République islamique, alors que ses compétiteurs républicains s'étaient échiné à décrire l'IranDeal d'Obama comme un « mauvais deal », avec des interlocuteurs non fiables, Rand Paul s'est montré comme l'on pouvait s'y attendre beaucoup plus pragmatique. La différence de fond de celui qui avait pourtant voté les sanctions contre l'Iran est qu'il ne rejette pas a priori l'accord nucléaire, demandant simplement que « tout accord entre les États-Unis et l'Iran soit approuvé par le Congrès ». Sans manichéisme, le sénateur a d'ailleurs précisé que « ce n'est pas qu'une bonne politique: c'est la loi ».

    Il y a certes une différence entre son père Ron Paul, ancien représentant du Texas à la Chambre des représentants et candidat putatif des républicains à la dernière présidentielle: l'interventionnisme. Sur ce sujet, le fils revient à des positions plus classiques, celle d'un leadership américain mondial qui s'appuie encore sur sa capacité d'intervention militaire à l'étranger — certes limitée — quand le père se manifestait par un isolationnisme rigoureux. L'isolationnisme de Paul fils se restreint plutôt à la question de l'aide au développement. « L'on doit réaliser que nous ne projetons aucune puissance en empruntant à la Chine de l'argent que nous envoyons au Pakistan. Cessons de construire des ponts dans des pays étrangers et construisons-en [aux États-Unis]. », a ainsi déclaré symboliquement le sénateur Paul dans son fief du Kentucky, État agricole affaibli par la crise économique.

    Étrangement, l'un des principaux candidats républicains, Jeb Bush, gouverneur de Californie, n'aura pas parlé de l'Iran de tout son discours, malgré ses habituels accents néo-conservateurs. Certains « petits candidats » du Parti républicain n'ont également pas évoqué l'Iran, les gouverneurs Chris Christie, (New Jersey), Bobby Jindall (Louisiane) et John Kasich (Ohio), notamment.

    La majorité de candidats républicains à la primaire s'affichant — en discours — comme futurs Commanders in Chief d'une Amérique combattante contre l'Iran témoigne cependant de la permanence de ce thème dans le débat politique américain. Conséquence logique du soutien américain à Israël la plupart du temps, ces discours représentent moindrement des appréciations économiques sur la puissance iranienne, voire, sur un angle plus mémoriel, s'imprègnent du souvenir de la crise des otages américains (Cruz, Rubio) ou des attentats de 2001. L'opposition actuelle du Congrès — à majorité républicaine — à l'IranDeal ne devrait d'ailleurs pas atténuer le vacarme des éléphants.

    Gauthier Bouchet est doctorant en histoire contemporaine, spécialisé dans l'histoire politique française du XIXe siècle et le mouvement légitimiste. Élu municipal et communautaire à Saint-Nazaire, il est membre du Front national (FN) et anime le comité Mistral, gagnons!, qui demande la livraison immédiate des BPC Sébastopol et Vladivostok à la Russie.

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    Tags:
    accord iranien, élections, Rand Paul, Scott Walker, Donald Trump, Lindsey Graham, George Pataki, Mike Huckabee, Marco Rubio, Ted Cruz, Iran, États-Unis
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