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    Migrants près de Calais

    Migrants de Calais: un point chaud au bord d'une mer froide

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    Crise migratoire (789)
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    Ces dernières semaines, la ville de Calais fait la une de la presse et des JT à cause de la vague de migrants clandestins qui tentent, par tous les moyens, de monter à bord d'un camion ou d'un train pour passer en Grande-Bretagne, à 34 km à vol d'oiseau.

    La ville résiste de toutes ses forces, mais ni les fils barbelés ni les remparts de police, ni le risque de mourir pendant la traversée ne peuvent stopper ce flux de 3 000 migrants.

    Destination: Europe

    Les touristes ordinaires n'ont aucune raison de s'attarder à Calais: on peut faire le tour de la ville en une journée — quelques musées, une cathédrale, un fort, un hôtel de ville et une plage. Néanmoins elle attire de nombreux étrangers, de plus souvent des ressortissants de pays d'Afrique et du Moyen-Orient dévastés par la guerre.

    Ils cherchent à fuir les horreurs des conflits en France, puis au Royaume-Uni, motivés soit par l'expérience d'un proche ou d'un ami en Europe, soit par l'inmpossibilité de trouver un travail dans leur pays d'origine, parfois aussi car leur vie y est menacée.

    Très souvent, l'une des premières démarches dans leur bataille pour une place au soleil européen est le contact avec des "agents". Moyennant une certaine somme d'argent, ces derniers aident à se rendre dans le pays de leur choix; de la même manière qu'une agence touristique, sauf que les conditions sont assez spécifiques. Il faut, par exemple, compter plusieurs milliers d'euros pour se rendre en France.

    "Ne pensez pas qu'il s'agit de pauvres. C'est plutôt la classe moyenne, voire au-delà. Ils ont forcément de l'argent: le voyage jusqu'ici n'est pas donné", explique François, membre de l'association d'aide aux étrangers "L'Auberge des migrants".

    D'après lui, ces personnes ont en moyenne entre 20 et 30 ans même si on y trouve, bien sûr, des individus plus âgés et des enfants. "Beaucoup ont fait des études — je connais un médecin syrien, plusieurs ingénieurs, agronomes, enseignants, psychologues, traducteurs. Au final, ils se retrouvent tous ici", témoigne le bénévole.

    Une ville qui n'existe pas

    Il est impossible de trouver cette localité sur une carte. Les locaux l'appellent la "jungle" — une superficie de 14 ha où se trouve depuis avril 2015 une colonie de migrants clandestins restés sans toit après la dispersion de plusieurs campements sauvages. Ce camp abrite des ressortissants du Soudan, d'Érythrée, d'Afghanistan, du Pakistan, d'Iran, d'Irak, du Nigeria, de Somalie et d'autres pays. La vie y bat son plein en permanence — certains jouent de la musique, d'autres chantent, portent des bouteilles d'eau ou fabriquent des cabanes de planches et de plastique.

    "J'ai mis dix ans pour arriver jusqu'ici. En passant par la Syrie, la Grèce où j'ai travaillé comme réceptionniste dans un hôtel, en Bulgarie, en Belgique, et aujourd'hui je suis ici. J'ai d'abord pensé partir à Londres, mais j'étais très fatigué et j'ai décidé de rester. Maintenant j'attends l'étude de mon dossier pour obtenir l'asile", explique Alfa, connu parmi les migrants pour sa passion de l'art et un caractère très accueillant. Aujourd'hui, il ne voit les curiosités de Londres que sur un plateau de plastique posé devant lui sur la table.

    Les hommes comme Alfa sont très peu nombreux dans la "jungle". Il s'est bien installé: une cabane pour dormir et une autre avec un groupe électrogène, un vélo et d'autres affaires. La situation d'Alfa est plutôt aisée: il possède deux poules, Jean et Loulou, joue du

    Un synthé dans un camp de réfugiés
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    Un synthé dans un camp de réfugiés

    et fabrique des objets à partir de douilles vides qu'il ramasse sur les terrains de chasse.

    A proximité se trouve la cabane du Nigérian Zimako, grâce à qui une école laïque est apparue dans la "jungle". "Moi, je parle bien français, mais certains ne parlent ni anglais ni français. C'est important", dit-il.

    Virginie est l'une des enseignantes de cette école. Elle travaille habituellement dans une école primaire municipale, mais pour l'été elle est venue aider les habitants de la "jungle". "Ici nous travaillons aussi bien avec les petits qu'avec les grands, on enseigne la langue grâce aux contes pour enfants. Parfois il faut expliquer les mots avec des gestes ou des images. C'est difficile mais on y arrive. Après le début de l'année scolaire j'y viendrai quand je serai disponible, les mercredis et les samedis, pour poursuivre les cours", explique l'enseignante.

    Zamako ne souhaite pas travailler lui-même à titre permanent à l'école et ne fait que remplacer les enseignants absents. Il a une autre passion — le football. Les entraînements de l'équipe semi-professionnelle pour laquelle il joue ont lieu tous les jours à Calais. Il espère vraiment signer un contrat avec un club avant le début du championnat, ce qui l'aiderait à obtenir ses documents, mais l'équipe ne s'empresse pas de répondre. Zimako ne s'étend pas sur les perspectives de sa carrière de footballeur: il tait le nom du club et toute information concernant les conditions du contrat.

    Hélas, tout le monde n'a pas la chance d'Alfa ou de Zimako — si l'on peut parler de chance dans un camp de migrants clandestins.

    Autour d'un feu
    Vers minuit, Zimako et ses amis soudanais ont organisé un dîner avec des journalistes — le Nigérian joue le rôle de chargé de communication et accepte volontiers les visiteurs. Sur une table improvisée on trouve café à la soudanaise et une planche de crevettes grillées avec des oignons et des épices. Six migrants se sont rassemblés autour d'un feu, les invités sont installés sur des chaises sous le ciel étoilé.

    On a peur de boire du café — il y a eu des cas d'infection dans le camp — mais ne pas en boire serait gênant — on ne peut pas passer outre cette modeste boisson. D'un autre côté, la carafe d'eau a été lavée avec du savon en présence des journalistes et l'eau a été portée à ébullition sur le feu. Sentant notre hésitation, Zimako propose de se laver les mains et tend l'eau et le savon… Enfin, tout le monde s'installe et démarre alors une lente conversation — ces gens n'ont pas de raison d'être pressés.

    "Quand dans nos pays on nous parle de l'Europe, tout le monde veut immédiatement y aller. Les pays sont riches, c'est plus sûr. On ne veut pas du tout revenir à la maison, c'est dangereux et la vie est complètement différente. Mais pour l'instant ma famille est là-bas", raconte le Soudanais Moukhiddine dans un anglais basique.

    La Grande-Bretagne attire les migrants car la durée d'examen du dossier pour obtenir le statut de réfugié est bien plus courte que dans d'autres pays. Pendant qu'ils attendent la décision des autorités, ils sont installés dans un logement et bénéficient d'une aide sociale. Alors qu'en France on peut attendre pendant des années un logement correct et des documents sans obtenir de résultat positif. Autre argument de poids en faveur du Royaume-Uni: il est bien plus simple d'y trouver un travail sur le marché noir. Cependant, les autorités britanniques comptent mettre un terme à cette affluence de migrants.

    Camp de réfugiés à Calais
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    Camp de réfugiés à Calais

    Quelques minutes plus tard, Moukhiddine note tout de même que la situation dans le camp n'est pas très sûre non plus — ses résidents organisent parfois des bagarres. "Ils se battent jusqu'au sang, à mort: avec des couteaux, des bâtons et des pierres. Rien ne les arrête, c'est une sorte de forêt avec des animaux sauvages. Quand on va en ville ce n'est pas sûr non plus, surtout la nuit — nos gars se sont déjà fait écraser par des voitures. L'un d'eux, Mohamed, vit à côté. Il pense qu'on lui a roulé dessus exprès. Il a eu la chance de rester en vie mais il a cassé ses dents et sa mâchoire est abîmée — il ne peut pas manger", explique le Soudanais.

    Chaque jour se ressemble

    Chaque jour qui passe dans le camp ressemble au précédent. La routine.

    "Les journées passent toujours de la même manière — il faut aller chercher de l'eau pour boire et se laver, trouver du bois pour le feu. Nous parlons entre nous, on dort quand on a envie de dormir", décrit Moukhiddine.

    Certains vont dans la boîte de nuit construite directement dans la "jungle", mais pas mes interlocuteurs.

    Notre tentative d'y entrer a échoué — quatre journalistes ont été littéralement jetés du club sous les insultes et les pierres pour avoir essayé de prendre en photo des jeunes africains un peu saouls qui dansaient. Il s'agit d'un local de la taille d'une grande chambre avec quelques tables, des narguilés et une boule à facettes au plafond. Des jeunes éméchés exécutent des danses nationales sous la musique des haut-parleurs, des hommes plus âgés fument et discutent tranquillement.

    Le club est ouvert uniquement de nuit, et de jour les habitants du camp peuvent passer du temps à la bibliothèque, dans quelques écoles musulmanes religieuses ou au café. Une canette de bière très forte y coûte 1 euro, le double de son prix dans un magasin — c'est ainsi que les propriétaires du café se font une marge. Il est également possible d'y chanter en chœur.

    "La Russie? Ah, la Russie, votre président est super! J'adore la Russie! En général je ne parle pas aux journalistes, mais si vous êtes de Russie je peux vous parler. Pour 20 euros je t'accorde une interview!", crie un jeune homme d'Erythrée pour se faire entendre dans le brouhaha de la musique.

    Pour ceux qui préfèrent communiquer avec Dieu, le camp dispose d'une église orthodoxe et de plusieurs mosquées. "Cela montre que les gens comptent y vivre pendant un certain temps, ils doivent prier et remercier Dieu", déclare Solomon, grand et frisé, qui aide à l'église.

    Icône orthodoxe dans un camp de réfugiés à Calais
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    Icône orthodoxe dans un camp de réfugiés à Calais

    L'église, aménagée par des migrants d'Erythrée, est la seconde à voir le jour depuis les quatre mois que le camp existe. La construction précédente — selon les dires, la salle de pierre était très belle — a brûlé un jour en 15 minutes avec toutes les icônes. Peu à peu, avec les efforts de tous, une nouvelle église a été construite, mais elle ne peut pas encore se vanter d'une belle décoration dans le sens européen: les vieilles icônes de papier sont collées aux murs, un crucifix est posé sur la table à côté d'une statuette de Marie, des draps de diverses couleurs sont étendus par terre.

    "Les gens viennent constamment, C'est une église orthodoxe mais nous laissons entrer tous ceux qui ont besoin de Dieu. Il y a beaucoup de monde le dimanche. Nous n'avons pas encore organisé de mariages ni de baptêmes, mais cela arrivera un jour, je pense. En attendant, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, déposez un peu d'argent dans la boîte des dons, nous voudrions acheter un groupe électrogène pour l'hiver", dit l'homme.

    Partout dans le camp, on demande de l'argent: à l'église, à l'école, au café ou simplement dans la rue. Si on donne à une personne, d'autres arrivent immédiatement. Ils vous frapperont sur l'épaule, vous montreront des chaussures sans valeur, une chemise déchirée et pourraient même tenter de vous faire les poches.

    On y arrivera

    Les événements les plus intéressants, qui font constamment la une de l'actualité, commencent à Calais avec la tombée de la nuit. Les migrants qui ont décidé de ne pas attendre l'asile en France et veulent arriver en Grande-Bretagne à tout prix quittent le camp et parcourent plusieurs kilomètres à pied jusqu'au tunnel sous la Manche. Ils voyagent léger, munis tout au plus un sac à dos ou d'un baluchon. Les migrants sont faciles à reconnaître — il n'y a pratiquement aucun autre passant dans la rue, ils sont vêtus de noir et dissimulent leur visage.

    Camp de réfugiés à Calais
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    Camp de réfugiés à Calais

    Par deux ou en petits groupes, ils s'approchent des clôtures qui bloquent l'accès au tunnel. Le reste est une question de technique: écarter ou couper la grille métallique, passer sous la clôture ou par-dessus sans accrocher les fils barbelés et grimper le plus vite possible dans un camion ou sur un train en marche. Les tentatives de s'introduire dans le tunnel cessent dans la matinée pour reprendre la nuit suivante.

    Durant les nuits les plus actives on compte plus de deux mille tentatives, et plusieurs centaines en période plus calme. Parfois, jusqu'à deux cents personnes arrivent à entrer dans le tunnel, mais la plupart du temps la chance ne sourit qu'à quelques dizaines, voire à personne.

    Le nombre de tentatives n'est pas limité. Certains essaient plusieurs fois par nuit, chaque jour. Et ils ont l'intention de persévérer tant que la santé le leur permettra — les forces spéciales de police repoussent les assauts par tous les moyens, y compris les coups de matraque et l'envoi de gaz lacrymogène. Pénétrer dans le tunnel n'est pas non plus un gage de réussite — depuis le début du mois de juin, neuf migrants sont morts, selon les informations officielles, en essayant de se rendre au Royaume-Uni.

    Voiture de police devant un camp de migrants
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    Voiture de police devant un camp de migrants

    La police est postée partout: les environs du tunnel sont entourés de remparts et de bus des forces spéciales. Les policiers réagissent au moindre mouvement dans les buissons, au moindre bruit de gravier, et surtout au cri "dougar". Dans une langue d'Afrique "dougar" signifie "embouteillage", et un bouchon de camions avant le tunnel est une excellente opportunité pour les migrants.

    Les habitants de Calais

    A Calais même, on ne ressent pas d'inquiétude. A la rigueur, on remarque plus souvent des journalistes à la terrasse des cafés.

    "Non, dans la ville tout est calme, on n'a pas peur de se promener le soir. Mais quand les nationalistes commencent à organiser leurs actions, c'est différent, c'est inquiétant pour nous tous. Sinon on a pitié de ces gens, ils meurent souvent dans le noir écrasés par des voitures. Il y a beaucoup de morts, mais personne n'en parle. C'est évidemment un grave problème qui a besoin d'être réglé. Mais la Grande-Bretagne ne s'empresse pas d'accueillir ces gens et l'Europe ne s'occupe pas de leurs problèmes", déplore une jeune habitante de Calais.

    Selon elle, les habitants de la "jungle" ne sont pas du tout agressifs, au contraire: ils sont souvent cultivés et polis. "Nous les voyons souvent dans les cafés et on les sert comme tous les autres, et ils sont comme tous les autres. Dans cette "jungle" le monde est le même qu'ailleurs — vous pouvez rencontrer des gens polis et impolis dans n'importe quel pays", ajoute-t-elle.

    Certains propriétaires de cafés sont tout de même moins hospitaliers. Selon la propriétaire d'un café situé sur la place centrale de la ville, la vie des simples citadins s'est considérablement détériorée avec la nouvelle vague de migrants.

    "C'est un cauchemar! C'est invivable, et ils causeront aux commerçants encore beaucoup d'ennuis. Allez sur la plage, sortez du centre-ville et vous verrez vous-mêmes", s'insurge-t-elle. En apprenant qu'elle parlait avec une journaliste elle a refusé de dévoiler son nom, craignant pour son commerce.

    "Ce n'est pas logique. Que font-ils tous dans notre ville? La mairie leur donne de l'argent, des vêtements, ils ne sont pas dans la misère. Mon fils de 23 ans n'arrive pas à trouver du travail alors qu'ils se baladent en Nike! Nous ne pouvons même pas nous permettre d'acheter des baskets, sans parler d'une maison. Alors qu'ils ont tout, même des portables très coûteux", déclare une autre habitante.

    Vivant à Calais depuis sa naissance, elle se souvient d'une époque où le problème des migrants n'était pas aussi aigu et partage un pronostic pessimiste — "dans 20-30 ans" sa ville natale "ne sera plus française et "leur" appartiendra", pense-t-elle.

    Calais ne donne pas l'impression d'être une ville dangereuse. En effet, on peut se sentir mal à l'aise, surtout la nuit: les habitants ne se promènent pas et les migrants, souvent éméchés, vont soit forcer le passage du tunnel, soit en reviennent déçus. Il n'y a certainement pas plus de voitures brûlées, de fenêtres condamnées ou de déchets à Calais que dans toute autre ville française. Mais les habitants ont peur — comme dans toute société il y a bien des personnes agressives parmi ce grand nombre de migrants.

    La position officielle

    Les habitants parlent avec beaucoup de réticence de leur voisinage forcé — ils détournent le regard, présentent des excuses et se taisent. L'adjoint au maire de Calais, Philippe Mignonet, est prêt à parler du problème des migrants pendant des heures.

    "Calais est prise en otage de la politique européenne, de la politique de la Grande-Bretagne, de la politique de la France… Le dialogue est en cours avec les voisins, mais seulement à sens unique — ils veulent nous faire assumer toute la responsabilité des migrants", explique le fonctionnaire.

    Toutefois, Calais n'est le seul otage de la politique européenne: de nombreuses autres villes d'Europe sont concernées. Cet été 23 ministres de l'Intérieur sur les 28 pays de l'UE se sont engagés à accueillir plus de 32 000 réfugiés arrivés en Grèce et en Italie, et de transférer en Europe encore 22 500 personnes des États voisins de la Syrie, soit un total de 54 760 personnes. D'après les médias, l'Allemagne, la France et l'Espagne accueilleront la plus grande part de réfugiés — respectivement 21,91%, 16,88% et 10,72%.

    Cependant, hormis l'Italie et la Grèce, très populaires depuis longtemps auprès des migrants, la Hongrie souffre également de cette affluence de visiteurs inattendus. En l'espace de seulement trois jours, en juillet, la police hongroise a arrêté plus de 4 700 clandestins, et depuis le début de l'année le nombre d'arrivants dans le pays a dépassé la barre des 100 000 personnes. Pour tenter de sécuriser le pays, les autorités ont décidé de construire une barrière à la frontière serbo-hongroise. Les dirigeants du pays espèrent que ce mur de trois mètres les protégera des nouveaux migrants.

    Philippe Mignonet, comme d'autres hommes politiques européens, insiste sur un règlement rapide du problème des migrants avec des mesures complexes. "Il n'y a pas de solution unique, et il faudrait plusieurs jours pour décrire toutes nos propositions. Tout d'abord, il faut comprendre les raisons qui poussent ces gens à venir dans notre ville. Pourquoi fuient-ils leur pays? Et il faut remédier à ces causes, sinon tous nos efforts seraient vains", estime l'adjoint au maire.

    Aucun recours à la force ne mènera au résultat voulu, est-il convaincu.

    "Vous pouvez poster un gendarme à chaque mètre, vous pouvez entourer Calais avec du fil barbelé et construire des clôtures partout. Nous ne ressemblerions que davantage à une prison, mais cela n'améliorerait pas la situation", souligne Philippe Mignonet.

    Les clôtures et les barrières déjà installées à Calais n'ajoutent pas de charme à la ville, au contraire. Selon lui, c'est une réaction très répandue.

    "Calais est la ville la plus pauvre de France. Le taux de chômage est colossal. Il faut attirer des investisseurs pour redresser la situation. Et nous les avons trouvés! Mais tout le monde a peur de venir dans une ville où se produit ce genre de choses. Ils disent: réglez d'abord ce problème, puis nous viendrons", conclut avec regret l'adjoint du maire.

    Les autorités européennes ne s'empressent pas non plus de venir dans cette ville. Selon Philippe Mignonet, Calais se réjouirait de la visite du premier ministre britannique David Cameron et du commissaire européen à la migration, aux affaires intérieures et à la citoyenneté Dimitris Avramopoulos. "Je voudrais qu'ils viennent pour engager des pourparlers. Cela prendra du temps et des efforts, mais nous trouverons une solution", dit-il.

    Dimitris Avramopoulos rappelle que la Commission européenne a proposé son aide à la France et au Royaume-Uni pour régler le problème des migrants — au total plus de 266 millions d'euros ont été alloués à la France et plus de 370 millions à la Grande-Bretagne pour la période 2014-2020. Il ajoute également que ni la France ni le Royaume-Uni n'ont demandé d'aide supplémentaire pour régler ce problème. "Je ne doute pas de leur capacité à normaliser la situation", partage-t-il.

    Difficile de dire qui réglera la situation et remportera la victoire dans cet affrontement. Le problème est systémique et il sera pratiquement impossible de le régler sans la volonté de tous les acteurs intéressés. Il ne reste plus qu'à souhaiter bonne chance, mais on ignore à qui — aux migrants ou aux autorités. Quoi qu'il en soit, tout le monde en aura besoin.

    Boris Taton, reporter pour Sputnik est allé dans le bidonville surnommé "La Jungle" de Calais pour rencontrer les bénévoles qui y travaillent et les migrants qui y vivent. Ils nous rapporte leurs témoignages.

    Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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    migrants, Calais, Royaume-Uni, France
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