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Plus que jamais, la Chine est dans le collimateur des éditorialistes et responsables politiques occidentaux. Les accusations portent pêle-mêle sur le nombre réel de victimes du Covid-19, l’instrumentalisation de son aide humanitaire ou la défense bec et ongles des intérêts économiques chinois. Reproche-t-on à la Сhine d’agir en grande puissance?

L’Europe est-elle devenue la «proie» d’une Chine prédatrice? Déploiement de la 5G, nouvelles routes de la soie, la «diplomatie du masque» et plus globalement la crise sanitaire n’ont pas joué en faveur de l’image de l’empire du Milieu aux yeux de nombreux éditorialistes, qui remettent régulièrement en cause la véracité des informations transmises par les autorités chinoises, notamment concernant le nombre effectif de victimes du virus.

Fin mars, les critiques d’Emmanuel Macron devant la presse italienne à l’encontre de la médiatisation de l’aide médicale apportée par Pékin et Moscou à certains États européens, au plus fort de la crise du Covid-19, trahissaient un agacement de voir une puissance autre qu’Occidentale s’arroger le droit de porter son assistance au cœur de l’UE.

Plus qu’une inquiétude à l’égard d’un «expansionnisme» de la Chine, sur fond de crise à Hong Kong et de tensions en mer de Chine méridionale, ce regain de critiques à l’égard d’un pays qui compte officiellement 83.000 contaminés et 4.600 morts du Covid-19, pour près de 1,4 milliard d’habitants, ne serait-il pas avant tout motivé par l’affront que constitue pour les Occidentaux la gestion de la crise sanitaire par les autorités chinoises? Ces derniers sont déjà peu enjoués à l’idée de voir s’affirmer sur le devant de la scène économique mondiale un modèle de prospérité autre que démocratique et libéral.

La réponse est clairement affirmative, pour le général (2 s) de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), attaché de l’air à Pékin dans les années 90.

«Même si l’on n’a pas les chiffres exacts, ils sont certainement meilleurs que ceux des pays européens», tranche-t-il auprès de Sputnik. «Il est évident aussi, pour les Occidentaux qui n’ont pas voulu prendre au sérieux dès le début ce qui se passait, que c’est un affront.»

Toutefois, bien qu’à ses yeux, le traitement de la pandémie du coronavirus par la Chine soit «un succès» à domicile, soulignant les taux de mortalité et de contamination «extrêmement faibles par rapport à ce que cela aurait pu être», Jean-Vincent Brisset évoque plusieurs ombres à ce tableau.

La première serait la dureté des mesures d’un confinement «beaucoup plus contraignant pour les populations», qui aux yeux de cet expert de la Chine, n’a pas été particulièrement documentée dans nos contrées.

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Autre bémol, le délai de réaction des autorités centrales. Une critique récurrente, au moins vingt jours s’étant écoulés entre l’alerte lancée à l’encontre de ce qui était encore décrit comme une pneumonie d’origine inconnue et les premières mesures de confinement, «la Chine n’a pas prévenu en temps utile», admet Jean-Vincent Brisset.

«Ils ont tardé à réagir, pas forcément par mauvaise volonté, mais parce que le système chinois fait que le responsable local qui transmet une mauvaise nouvelle aux échelons supérieurs sait très bien qu’il court de gros risques à titre personnel. Donc il y a toujours des retards à cause de cette crainte du pouvoir central.»

On notera toutefois que la France en a pris tout autant (21 jours) entre le décès du premier contaminé français et l’entrée en vigueur des mesures de confinement. Un délai qui monte à 32 jours à partir du premier décès officiel du Covid-19 en France, celui d’un touriste chinois, le 14 février, à l’hôpital parisien Bichat.

«Ils ont pris des mesures de fermeture de Wuhan beaucoup plus sévères vis-à-vis du reste de la Chine que vis-à-vis du reste de l’Europe et des États-Unis. À ce moment-là, ils sont quand même très responsables de la propagation de l’épidémie.»

Un constat qui pose la question de la non-réactivité du côté européen: pourquoi, notamment en France, aucune mesure de restriction des vols n’a-t-elle été prise par les autorités sanitaires? On se souvient également des atermoiements des lobbies du tourisme et des compagnies aériennes, vis-à-vis des appels du Quai d’Orsay à limiter les déplacements à l’étranger. Jean-Vincent Brisset ne comprend ainsi pas pourquoi alors qu’«on savait que les stocks de masques n’existaient pas, on savait que les capacités en réanimation étaient faibles», la politique du gouvernement fut d’estimer que rien ne pouvait être fait pour empêcher le virus d’arriver sur notre sol.

«Plutôt que de mettre en place des blocages en amont et d’essayer de gérer après, on a commencé par laisser passer et on a importé une quantité considérable de contaminés en Europe, qui ont rapidement disséminé le virus», regrette le général 2s, qui renchérit: «On a entretenu cette fiction, pas seulement au niveau des ministres et responsables, mais également au niveau des médias et on voit un journal comme Le Monde, qui a ses enquêteurs qui cherchent encore le patient zéro au mois d’avril!»

En somme, la Chine s’attèle à exceller dans un domaine où les Occidentaux ne l’attendaient pas: la santé, l’humanitaire. Jusqu’ici, l’empire du Milieu faisait grincer des dents pour la défense de ses intérêts économiques, que les Occidentaux ont pourtant largement contribué à promouvoir. L’appât de profits rapides a en effet poussé de nombreuses entreprises à délocaliser en Chine, livrant de facto les clefs de l’industrie des pays concernés à Pékin:

«On a été très complices, pour des raisons strictement financières, puisque pendant longtemps, l’usine à pas cher, c’était fabuleux et les gens qui se pensent gouvernants -et en fait raisonnent à très court terme- ont laissé faire et même encouragé cette dépendance vis-à-vis de la Chine.»

Une attitude qui n’a pas empêché tant des Européens que des Américains de tonner contre la Chine, comme l’illustre la récente passe d’armes entre Washington et Pékin, sur fond de restrictions des vols entre la Chine et le reste du monde.

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Une passe d’armes où les Européens s’illustrèrent par leur silence, la confirmation que ceux-ci ont bel et bien abandonné toute velléité de défendre leurs intérêts, l’idée même de «puissance» semblant être devenue taboue. Si ces derniers pointent du doigt la «prédation» de la Chine à l’égard des entreprises, infrastructures et terres du vieux Continent, cette attitude a-t-elle quelque chose de radicalement différent de celle des États-Unis?

Inutile en effet de rappeler comment l’ère Obama fut particulièrement fructueuse pour les entreprises américaines, rachetant leurs homologues européennes sur fond d’intimidation du Department of Justice (DoJ). Une extraterritorialité du droit américain, connue depuis des décennies, mais face à laquelle les Européens peinent toujours plus à réagir. Inutile également de revenir sur la mainmise militaire, politique… et ainsi économique, qu’entretient Washington en Europe grâce l’Otan, outil géostratégique lui-même conforté par les traités européens.

Finalement, les Européens ne reprochent-ils pas à la Chine d’être ce qu’ils ont renoncé à être?

«Nous sommes vraiment dans la position de la femme battue qui reproche à celui qui la bat de s’être laissée battre. Il est très clair que la responsabilité des Occidentaux est largement aussi importante que celle de la Chine dans ce rapport fort/faible qui s’est installé.», conclut le général (2 s) Brisset.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Covid-19, États-Unis, Chine
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