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Les Canadiens ont appris que deux chercheurs chinois avaient été congédiés d’un laboratoire du Manitoba après avoir expédié des échantillons des virus Ebola et Henipah au laboratoire de Wuhan, en Chine. Les services canadiens de renseignement ont fait part à Ottawa de leurs grandes préoccupations. Une atteinte à la sécurité nationale canadienne?

«Le Premier ministre a donné accès à des renseignements de recherche qui incluent des échantillons de virus mortels à l’armée chinoise. Le Premier ministre a créé une situation très dangereuse pour la sécurité nationale canadienne», a accusé Pierre Paul-Hus à l'occasion d'échanges à la Chambre des communes. Le député conservateur était furieux que deux scientifiques chinois aient pu envoyer des échantillons secrets des virus Ebola et Henipah (un virus apparu chez les chauves-souris et potentiellement mortel chez l’homme) au célèbre laboratoire de Wuhan, en Chine, depuis le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg. Les ressortissants chinois ont été écartés du laboratoire manitobain en juillet 2019, et licenciés officiellement en janvier 2021.

​Depuis plusieurs années, le renseignement canadien signale à Ottawa la menace inédite que représente la Chine. En février dernier, le chef du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) lançait un nouvel avertissement:

«Pékin utilise tous les événements, tous les éléments du pouvoir de l’État pour mener des activités qui constituent une menace directe pour notre sécurité nationale et notre souveraineté», avait déclaré David Vigneault. 

Lors de récents travaux de la Chambre des communes, le député Pierre Paul-Hus a demandé à Justin Trudeau de dévoiler combien de scientifiques liés à l’État chinois travaillaient dans des laboratoires canadiens. Une question qu’a bien pris soin d’esquiver le Premier ministre fédéral. Le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, a lui aussi demandé des explications au chef du Parti libéral. La Gendarmerie royale du Canada a ouvert une enquête.

Une collaboration fortement critiquée

Le Laboratoire national de microbiologie est le principal centre de recherche sur les virus au pays de l’Érable. Cette polémique apparaît alors que l’hypothèse de la fuite du Covid-19 depuis l’Institut de virologie de Wuhan est jugée de plus en plus plausible par une partie de la communauté scientifique. Le président américain, Joe Biden, a commandé une enquête destinée à déterminer les origines exactes du virus.

Pour Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur canadien à Pékin (2012-2016), «cette affaire démontre qu’il faut revoir en profondeur la collaboration scientifique entre le Canada et la Chine».

«Notre collaboration avec la Chine doit être revue en portant beaucoup plus attention aux questions de sécurité nationale, de propriété intellectuelle, par exemple, et en se rappelant que l’État chinois vise à acquérir la technologie et le savoir étrangers par tous les moyens. Ceci s’applique non seulement aux institutions fédérales et provinciales, mais aussi aux universités», avertit le diplomate au micro de Sputnik.

Harcelé sur ce sujet, le Parti libéral de Trudeau a fini par reconnaître que le licenciement des deux scientifiques –lesquels forment d’ailleurs un couple– était lié à des questions de sécurité nationale. Le SCRS avait recommandé à Ottawa d’imposer leur renvoi.

Virus expédiés à Wuhan: le fruit de la «naïveté canadienne?»

Avocat québécois travaillant auprès de l’Onu depuis une quarantaine d’années, André Sirois estime que cette affaire prouve la trop grande confiance souvent accordée par le Canada à d’autres États:

«Le Canada et les Canadiens se montrent traditionnellement très naïfs face aux représentants d'autres pays, particulièrement les Chinois, qui travaillent dans les organisations internationales. Cette naïveté, souvent un équivalent diplomatique de stupidité, est de commune renommée à l'intérieur de ces organisations», nous a confié l’ancien haut fonctionnaire de plusieurs missions de l’Onu.

Le Globe and Mail rapporte que le mystère plane maintenant autour des deux scientifiques congédiés, dont on peine à retrouve la trace. Quant à elle, l’Agence de la sécurité publique a admis «des violations possibles des protocoles de sécurité» commises par les chercheurs, selon les informations du même journal.

Dans son échange avec Sputnik, l’Agence de la santé publique n’a pas évoqué d’entorse au règlement, mais a déclaré que le Laboratoire national de microbiologie n’avait plus de «collaborations bilatérales actives» avec l’Institut de virologie de Wuhan. Toutefois, elle précise que «quelques publications scientifiques [conjointes, ndlr] sont encore en cours de développement sur la base d'expériences terminées».

Des révélations qui en rappellent d’autres

Auprès de Sputnik, le porte-parole de l’Agence a défendu la collaboration du Canada et de la Chine dans le domaine de la recherche sur les virus. «En réponse à une demande de l’Institut de virologie de Wuhan […], l'Agence de la santé publique du Canada a envoyé des échantillons à des fins de recherche scientifique en 2019. Le Laboratoire national de microbiologie partage régulièrement des échantillons avec d'autres laboratoires de santé publique pour contribuer à l'avancement de la science», s’est justifié Mark Johnson, porte-parole de Santé Canada et de l’Agence de la santé publique du Canada.

En décembre 2020, le site d’actualité Rebel News et le Globe and Mail avaient révélé que les armées chinoise et canadienne devaient réaliser un exercice conjoint en 2019. Ce à quoi s’était opposé catégoriquement le Pentagone pour des raisons de sécurité. Selon ce qu’ont rapporté les deux médias, l’annulation de l’événement par les Forces armées canadiennes a fortement déplu à Justin Trudeau. Le Premier ministre canadien considérait que le geste risquait d’aggraver les relations entre Pékin et Ottawa, quelques mois après l’arrestation à Vancouver de la haute dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou.

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Tags:
Université du Manitoba, Justin Trudeau, Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), contre-espionnage, Chine, virus, Ebola, Wuhan, Covid-19, Canada
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