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Alors que le changement climatique menace certains sites culturels, deux chercheurs américains ont émis l’idée de les laisser en l’état pour servir de «mémoire» et aider à mieux comprendre l’impact de l’environnement. Une guide et un représentant des autorités à Venise ont commenté cette théorie.

Est-il nécessaire de continuer à mobiliser autant d’efforts et de ressources pour conserver les lieux culturels risquant de devenir victimes du changement climatique? C’est la question que se sont posée Erin Seekamp et Eugene Jo, de l’Université de Caroline du Nord. Dans une étude publiée dans la revue Climate Change, ils proposent de laisser certains endroits historiques comme Venise se «transformer» sous l’effet des changements environnementaux.

«Il est vraiment impossible de gérer tous les sites et biens patrimoniaux par une adaptation persistante en raison de l’ampleur des impacts climatiques prévus», a justifié Mme Seekamp. «Nous plaidons pour que les défenseurs de la préservation se tournent vers la transformation dans certains cas».

Par «transformation», les chercheurs soutiennent que «certains lieux culturels “gravement touchés“ par les événements liés au changement climatique devraient rester endommagés». Ils pourraient ainsi «servir de “mémoire“ et aider les populations à mieux comprendre les vulnérabilités de ces sites face au climat», indique le communiqué de presse publié par l’Université de Caroline du Nord.

Leur théorie s’inspire du concept de «résilience en écologie», a expliqué Erin Seekamp, «dans lequel un paysage peut absorber le changement en réponse à une perturbation, et les populations se déplacent vers un “nouvel état“ ou se réorganisent». Elle plaide également pour la création d’une nouvelle catégorie au sein de l’UNESCO appelée «Sites du patrimoine mondial en transformation climatique».

Réactions à Venise

L’idée a été qualifiée de «provocation» par Caterina Sopradassi, guide vénitienne et vice-présidente de l’association «Place Saint-Marc», laquelle vise à conserver l’héritage culturel et historique de cette place au cœur de Venise. «L’hypothèse ne tient pas compte de la valeur culturelle de ces zones», a-t-elle affirmé.

«Alors il faut laisser couler New York ou la Californie, et nous ne nous souviendrons d’elles que par des chansons, car elles n’ont pas d’histoire propre. Je ne sais pas s’ils sont conscients de ce qu’ils disent», a-t-elle poursuivi, justifiant qu’il n’y a pas de «gaspillage de ressources» lorsqu’il s’agit de sauver des villes européennes qui «sont devenues le berceau de l’humanité pendant des siècles».

Simone Venturini, représentant des autorités de la ville, a quant a lui décrit l’approche des Américains comme «un peu risquée». «L’héritage humain va au-delà de la valeur économique», a-t-il indiqué, rappelant que la cité des Doges fête cette année les 1.600 ans de sa fondation. Selon lui, il est du devoir de l’humanité de «préserver et soutenir Venise» comme c’est le cas pour d’autres lieux culturels.

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Tags:
réchauffement climatique, patrimoine culturel, patrimoine mondial, théories, chercheurs, étude, Venise
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