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Paris et Berlin ont annoncé cette semaine la finalisation d’un contrat sur la construction d’un nouveau chasseur européen vers 2040. Ce qui est fort critiqué par des spécialistes de l’aviation en Allemagne, qui fustigent un projet allant à l’encontre des intérêts stratégiques allemands et comportant des technologies obsolètes, rapporte le Spiegel.

Le Président français et la chancelière allemande se sont entretenus par visioconférence le 31 mai à l’occasion du Conseil des ministres franco-allemand afin de dresser le bilan de la coopération substantielle des deux pays, en particulier à propos du système de combat aérien du futur (SCAF).

«Ce Conseil, Madame la Chancelière l'a dit, nous a permis aussi de nous féliciter de l'avancée de projets lancés dès juillet 2017 ensemble, en particulier le projet de système de combat aérien du futur qui structurera largement notre coopération industrielle dans le domaine de la défense pour la prochaine décennie. La Chancelière et moi-même avions appelé le 5 février dernier à un accord rapide avec nos industriels sur le sujet. C'est à présent chose faite. Je souhaite qu'on puisse avancer sur le char de combat commun, mais également sur les autres projets capacitaires pour nos armées», a déclaré Emmanuel Macron.

La France et l’Allemagne, en collaboration avec l’Espagne, envisagent de dépenser 100 milliards d’euros pour disposer, d’ici 2040, d’un chasseur de combat de 6e génération qui remplacerait le Rafale français et l’Eurofighter allemand.

Un projet à l’encontre des intérêts allemands

Si, au niveau politique, le lancement du projet SCAF se présente comme un succès de la coopération franco-allemande, il a suscité une vague de critiques dans les milieux militaires outre-Rhin, révèle le magazine allemand Der Spiegel, qui a eu accès à des rapports confidentiels de la Bundeswehr (Force de Défense fédérale d’Allemagne).

Ayant évalué dans ces documents les accords SCAF négociés entre la France et l’Allemagne, des spécialistes de l’aviation des forces armées allemandes ont insisté sur la révision des clauses techniques et économiques des contrats, défendant leurs intérêts stratégiques nationaux.

Et ce dans l’objectif d’attirer l’attention de leur gouvernement sur les choix faits en matière de technologies, lesquelles risquent de s’avérer dépassées ou au contraire insuffisamment testées.

Ces membres de la Bundeswehr soulignent également les concessions économiques faites par le gouvernement allemand au profit de l’industrie de l’Hexagone, poursuit le Spiegel. Il s’agit notamment du moteur Safran choisi par les parties pour équiper un prototype du futur chasseur, bien que cette production française soit moins puissante que le propulseur du motoriste allemand MTU.

Une victoire française, mais pas européenne?

Les experts militaires dénoncent notamment diverses clauses des contrats comme répondant davantage aux positions françaises et surtout allant à l’encontre des intérêts allemands en violant les principes d’équité de participation à ce projet.

Ils craignent que l'idée de piloter en 2040 un chasseur complètement nouveau doté de technologies militaires de pointe et compétitives, puisse avorter, toutes les parties concernées courant le risque de voir plutôt un Rafale modernisé, indique le Spiegel.

Une conclusion qui pourrait satisfaire partiellement certains politiques et plusieurs sociétés en France, mais qui correspondrait à peine aux ambitions allemandes et européennes.

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Tags:
France, Allemagne, défense européenne, chasseur, intérêts nationaux
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