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Conséquences économiques du coronavirus (49)
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Pour la rentrée de «Russeurope Express», Jacques Sapir décortique dans son édito le plan de relance annoncé par le gouvernement. Quoiqu’important, ce plan se révèle selon l’économiste d’une ampleur et d’une cohérence insuffisantes.

Un édito de Jacques Sapir à retrouver en podcast dans l’émission Russeurope Express du 21 septembre.

Très attendu depuis la fin du mois d’août, le plan de relance du gouvernement a été présenté par Jean Castex le 3 septembre. La France est l’un des tout derniers pays d’Europe à dévoiler son programme économique pour faire face à la crise liée au Covid-19.

Mais ce plan rassemble des choses très disparates, ce qui fait penser qu’il reste en bonne partie au niveau de la communication politique, et ne répond pas aux besoins de l'économie française, exsangue après la crise du coronavirus. Et ce, alors que le rebond enregistré depuis le déconfinement s’étiole.

Il s’agit donc d’un plan décrit par le Premier ministre comme étant «d’une ambition et d’une ampleur historiques». Son montant, 100 milliards d’euros, en témoigne. Le plan veut tout d’abord accélérer la transition vers une économie verte. Il reprend le principe de subventions pour les travaux d’isolation, souhaite accélérer la transformation du secteur automobile, et marque une priorité pour le train. Tout ceci avait déjà été annoncé, voire même budgété, depuis près de deux mois.

Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent Éric Berr, membre des Économistes atterrés et maître de conférences à l’université de Bordeaux, auteur de L’Intégrisme économique (Les Liens qui libèrent, 2017).

Le plan veut aussi relancer l’industrie et aider à la relocalisation de certaines activités. Le gouvernement prévoit donc de baisser ce qu’on appelle les «impôts de production» de 20 milliards d’euros sur deux ans. Mais si la France a des impôts de production parmi les plus élevés, elle a aussi des montants de subventions aux entreprises particulièrement importants. De fait, le système français impôts-subventions revient à transférer des ressources de certaines entreprises vers d’autres. Ce n’est donc pas en supprimant le volet «impôts» que l’on règlera le problème de compétitivité de l’économie française.

«Le compte n’y est pas»

Baptisé «France Relance», le plan est organisé en trois blocs. Le premier poste concerne la compétitivité des entreprises et la relocalisation industrielle. Le gouvernement y engage 35 milliards d’euros. Mais cette somme est trompeuse: il y a seulement 15 milliards d’argent «frais». En effet, 20 milliards proviendront des diminutions d’impôts, qu’il faudra financer autrement. Sur les 15 milliards restants, la distribution surprend. Le renforcement des fonds propres des entreprises, qui constitue un véritable sujet quand plusieurs entreprises stratégiques françaises se font racheter par l’étranger, reste sous-financé. On peut penser que la somme de 3 milliards d’euros est ici bien trop faible. Par ailleurs, on ne trouve qu’un milliard pour le soutien à l’investissement industriel. Ici encore, le compte n’y est pas.

Deuxième axe du plan, la transition écologique bénéficiera quant à elle de 30 milliards d’euros de dépenses, dont 7 milliards pour la rénovation énergétique des bâtiments et 4,7 milliards pour la SNCF. Cette dernière somme, déjà prévue, aurait logiquement dû être exclue du plan de relance. Dans le poste «énergie et technologies vertes», l’automobile et l’aéronautique émargent à hauteur de 2,6 milliards.

Enfin, la troisième partie du plan concerne les dépenses liées aux compétences et à la solidarité. C’est en réalité un poste fourre-tout à 35 milliards d’euros, où l’on retrouvera les 6,5 milliards du plan pour l’emploi des jeunes, déjà décidé, les 6,6 milliards budgétés pour le chômage partiel (qui en toute logique devrait faire partie des actions de soutien à l’économie et non de sa relance à proprement parler), les 5,2 milliards d'aides aux collectivités locales et les 6 milliards d'investissement pour les hôpitaux, eux aussi déjà annoncés à l’issue du «Ségur de la santé». Comme on peut le voir, ces dépenses ne sont pas nouvelles.

Effet multiplicateur

La question essentielle reste néanmoins celle de l’efficacité de ce plan. Les 20 milliards d’euros d’abattements d’impôts vont constituer, au mieux, un nouveau CICE. Or l’effet de celui-ci a été très limité, voire nul, en matière de croissance. Les 6 milliards pour la poursuite de l’indemnisation du chômage partiel sont bienvenus, mais ils ne peuvent que sauver des emplois et non en créer. L’effet de relance risque d’être très limité. Et le plan pour l’emploi des jeunes aura lui aussi un effet très diffus sur la croissance. Les sommes susceptibles d’engendrer un effet de relance ne s’élèvent ainsi qu’à 68 milliards d’euros. On peut donc considérer que, quoi qu’en dise le gouvernement, ce plan est en réalité sous-dimensionné par rapport à la situation actuelle. Il faudrait, au minimum, 30 milliards d’euros supplémentaires pour obtenir les effets recherchés.

En réalité, les gens qui ont conçu ce plan n’ont fait aucune étude sur les secteurs dans lesquels les dépenses publiques ont le plus grand «effet multiplicateur», pour reprendre le terme de Keynes. À savoir, le fait que, quand l’État dépense une certaine somme d’argent supplémentaire, cela engendre une augmentation démultipliée de la production. À la suite de travaux d’économistes du FMI datant de 2013, on sait que ce multiplicateur se situe entre 1,5 et 2 dans les pays européens, contrairement à ce que répètent depuis des années les économistes libéraux.

Mais cet effet multiplicateur n’est pas le même dans toutes les branches de l’économie. Il aurait donc fallu commencer par étudier cela précisément, et cibler la dépense publique sur les domaines à même d’entraîner le reste de l’économie. Dans ce plan, on a au contraire une logique de saupoudrage, qui est en fait très politique et vise surtout à préparer l’élection présidentielle de 2022.

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Tags:
coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19, Emmanuel Macron, relance, Jean Castex
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