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Les tensions sur le marché obligataire inquiètent les marchés. L’économiste Philippe Simonnot considère au micro de Sputnik qu’il s’agit d’un «premier avertissement»: l’éventuel signe avant-coureur d’une reprise de l’inflation des biens et services. L’expert prédit une situation «dramatique» si cette remontée des taux se confirmait en Europe.

La remontée des taux obligataires est la principale menace pour les marchés. Les traders ont les yeux fixés sur ces données depuis que le taux américain à dix ans a franchi le seuil symbolique des 1,5% le 25 février pour la première fois depuis février 2020. Dans le sillage de cette hausse, l’OAT français était même repassé un temps en territoire positif. Ce n’était plus arrivé depuis juin 2020. Depuis, la pression à la hausse est retombée. Ce 3 mars à 15h, l’obligation américaine à dix ans est repassé sous les 1,5% quand son pendant français est retourné dans le négatif. Mais le coup de semonce a bien été entendu par le monde de la finance.

«C’est le plan Biden qui a déclenché cette remontée des taux aux États-Unis. Certains opérateurs de marché se sont inquiétés d’un retour de l’inflation», explique au micro de Sputnik l’économiste Philippe Simonnot.

Le successeur de Donald Trump veut frapper un grand coup afin de redresser une économie américaine malmenée par le Covid-19. 1.900 milliards de dollars, c’est le montant de son plan de relance qui vient d’être approuvé le 27 février par la Chambre des représentants.

«Harder, better, faster, stronger» 

La veille, les marchés mondiaux subissaient un mini-krach obligataire. De New York à l’Asie, les bourses ont décroché. Au Japon, l'indice Nikkei a accusé une chute de près de 4%.

«Il s’est ajouté à ce contexte une montée des prix des matières premières, notamment du pétrole. Le baril est à plus de 60 dollars. Ce qui est beaucoup dans une période de croissance faible», analyse Philippe Simonnot.

Selon l’expert, rien d’étonnant: «L’industrie du pétrole de schiste aux États-Unis est en difficulté, plusieurs compagnies ont abandonné des projets. Les marchés ne sont pas aveugles et anticipent une baisse de l’offre.»

​En plus d’une hausse de l’or noir scruté par les marchés, la remontée des taux obligataires est prise très au sérieux par ces derniers. Et par les banques centrales. Le 2 mars, Fabio Panetta, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), y est allé d’une citation qui fait écho à l’actualité musicale: «Harder, better, faster, stronger» (meilleure, plus rapide, plus forte). C’est ainsi qu’il a décrit l’état d’esprit de la BCE pour lutter contre la remontée des taux, rendant ainsi un hommage à Daft Punk, le célèbre duo de musique électronique qui vient de se séparer.

L’institution basée à Francfort est prête à sortir l’artillerie lourde. Selon Fabio Panetta, elle «ne doit pas hésiter» à se servir du programme d'achat d'urgence face à la pandémie (PEPP) d’un montant de 1.850 milliards d’euros. Et ce même si le bilan de la BCE a passé les 7.000 milliards d’euros. Cela représente plus de 70% du PIB de la zone euro.

​François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et membre du Conseil des gouverneurs a tenu à se montrer rassurant. La BCE «peut et doit réagir» a-t-il martelé. «Dans la mesure où ce resserrement (des taux obligataires NDLR) est injustifié, nous pouvons et devons réagir face à cela, en commençant par une flexibilité active des achats du PEPP», a lancé le gouverneur de la Banque de France.

Pour Philippe Simonnot, la BCE est en train de paniquer:

«Une remontée des taux serait dramatique en Europe pour les États fortement endettés.»

Selon l’expert, la remontée des taux obligataires toucherait moins l’Oncle Sam que le Vieux Continent:

«Il faut souligner que l’économie américaine est celle qui s’en sort le mieux face à la crise du Covid-19, mis à part la Chine, qui est un cas particulier. Le processus de destruction créatrice joue normalement. Ce qui n’est pas le cas en Europe et encore moins en France.»

En 2020, les États-Unis ont subi leur pire récession depuis 1946. Mais la chute de leur PIB de 3,5% est sans commune mesure avec les –8,3% encaissés par la France. Sans parler des 11% de récession en Espagne ou des 8,9% de recul en Italie.

«Ce qui est inquiétant, c’est le retour de l’inflation»

L’Italie est justement au centre des préoccupations de Philippe Simonnot.

«La première victime d’une forte remontée des taux en Europe serait l’Italie. La nomination de Mario Draghi a été la réponse à l’inquiétude provoquée par la dette italienne. C’est leur dernière chance. Si Draghi échoue, l’horizon est plus que sombre. Sachant que l’instabilité politique est très forte en Italie, on comprend que les marchés s’inquiètent.»

Le prédécesseur de Christine Lagarde à la tête de la BCE vient de prendre le poste de président du Conseil des ministres d'Italie après une énième crise politique. Et il a fort à faire dans un pays dont les indicateurs économiques sont au rouge, notamment du côté du secteur bancaire.

Plus globalement, Philippe Simonnot estime que la remontée des taux obligataires est la première étape vers un retour de «l’inflation réelle»:

«Ce qui est inquiétant, c’est le retour de l’inflation sur les biens et services. La remontée des taux obligataires est un premier avertissement. C’était prévisible.»

D’après lui, le cocktail est d’autant plus dangereux que «les valorisations sur les marchés sont totalement insensées». Par exemple, la marque de voitures électriques Tesla, dirigée par le fantasque milliardaire Elon Musk, vaut environ 700 milliards de dollars. Un chiffre bien supérieur à la valorisation du numéro un mondial de l’automobile, le japonais Toyota. La marque nippone valait moins de 200 milliards de dollars le 10 décembre à 16h, comme le rapporte Les Échos. Toyota vend pourtant beaucoup (beaucoup) plus de voitures que Tesla!

​Marchés survalorisés et remontée des taux. Le cocktail du krach? C’est toute la question comme le souligne Philippe Simonnot:

«Est-ce suffisant pour déclencher une panique boursière ou un krach? Difficile de prédire l’avenir, mais je ne le pense pas, pour le moment.»

Pour le moment.

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Tags:
Covid-19, krach financier, crise économique, économie de marché, économie
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