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Les récentes tensions sur le marché du bitcoin soulèvent des interrogations sur l’avenir des cryptomonnaies. Au micro de Sputnik, Josse Roussel, professeur à la Paris School of Business, pense qu’elles offrent d’intéressantes possibilités mais qu’elles ont besoin d’un cadre réglementaire avant que des mesures plus drastiques ne les frappent.

Dignes d’un scénario hollywoodien, les rebondissements concernant le marché du bitcoin s’enchaînent. D’abord, le patron de Tesla Elon Musk a informé ses clients qu’ils ne pourraient plus payer ses véhicules électriques avec la cryptomonnaie star, avançant des raisons écologiques. Puis est venu le tour de la Chine qui a émis un sérieux rappel à l’ordre concernant l’ensemble des devises numériques, bitcoin en tête. Depuis plusieurs jours, les investisseurs ne savent plus où donner de la tête.

​Ce 25 mai à 16h01, le cours du bitcoin s’élevait à 37.549 dollars, soit une diminution de 0,3% sur 24h d’après le site spécialisé Cryptoast. Le record à plus de 60.000 dollars atteint il y a à peine quelques semaines semble bien loin. De même que la capitalisation à plus de 1.000 milliards de dollars. Elle dépasse désormais péniblement les 700 milliards de billets verts.

Elon Musk, la boussole du bitcoin?

Josse Roussel, économiste et professeur à la Paris School of Business, commence par rappeler au micro de Sputnik que le marché du bitcoin est «un environnement extrêmement spéculatif»:

«La volatilité journalière est très forte et très influencée par des éléments d’information divers et variés tels des tweets de personnalités. C’est un actif qui peut rapporter beaucoup d’argent mais aussi en faire perdre beaucoup.»

Une volatilité qui a encore pu se vérifier le 24 mai, quand Elon Musk a fait momentanément remonter les cours en expliquant sur Twitter avoir échangé avec des mineurs de bitcoins basés en Amérique du Nord. Comme le souligne Le jounal du Net, ce sont les mineurs qui «sécurisent et valident les transactions du réseau en effectuant des calculs informatiques très poussés (et énergivores)». Très énergivores. «Si le bitcoin était un pays, il utiliserait la même quantité d’électricité par an que la Suisse», estimaient récemment les analystes de Deutsche Bank dans une note.

Mais Elon Musk assure que ses discussions avec les mineurs nord-américains sont «potentiellement prometteuses». Ainsi, ces derniers se seraient engagés à publier des informations sur leurs actuels et futurs minages à base d’énergies renouvelables et à demander de faire de même à leurs homologues à travers le monde.

​Josse Roussel insiste sur «le contexte très favorable» qui a été celui du bitcoin et des devises numériques en général pendant plusieurs mois. «Nous avons assisté à une forme de normalisation de l’utilisation de la cryptomonnaie à travers le monde.» Il rappelle notamment qu’avant son retournement de veste, Tesla avait accepté pendant un temps les paiements en bitcoins après avoir investi 1,5 milliard de dollars de sa trésorerie dans la doyenne des cryptos. Par ailleurs, de gros acteurs de la finance comme des banques américaines ou le géant des systèmes de paiement Mastercard se sont également intéressés au bitcoin.

«Puis tout à coup, un certain nombre d’éléments se sont accumulés pour renverser la vapeur: le revirement à justification écologique d’Elon Musk mais principalement le fait que l’on se soit rendu compte qu’à tout moment, les cryptomonnaies pouvaient être contrecarrées par des restrictions réglementaires», analyse Josse Roussel.

La Chine vient de mettre un coup de massue aux cryptomonnaies –et donc au bitcoin– que Josse Roussel qualifie de «véritable répression réglementaire». Pékin a décidé de mettre un tour de vis concernant le minage et les échanges de bitcoins. Mettant entre autres en avant des dangers liés à la «spéculation», l’Empire du milieu a interdit aux institutions financières de proposer des services en rapport avec les devises numériques. Venant de la deuxième puissance économique mondiale, ce n’est pas rien.

​Pour Josse Roussel, «qui dit cryptomonnaie dit monnaie» et le professeur à la Paris School of Business souligne que dans le monde économique d’aujourd’hui, la monnaie est pour l’essentiel le monopole d’institutions publiques: les banques centrales. D’après notre expert, elles ne voient pas forcément d’un bon œil l’arrivée de ces nouveaux entrants que sont les devises numériques.

«C’est une épée de Damoclès qui se tient au-dessus des cryptomonnaies. Demain, l’Europe ou les États-Unis pourraient prendre la même décision que la Chine. À tout moment, les autorités financières peuvent tuer les cryptomonnaies.»

«Notamment parce qu’elles travaillent aujourd’hui à la création de leurs propres monnaies numériques», ajoute celui qui est également maître de conférences H.D.R. à l’université de Paris-8.

Un encadrement légal nécessaire

De quoi condamner les cryptomonnaies à un avenir funeste? Ce n’est pas l’avis de Josse Roussel qui parle d’«une fenêtre intéressante» pour ces devises: «Elles vont sans doute se développer mais l’on peut tout de même penser que les banques centrales vont tenter de les absorber, tout du moins en partie.»

En attendant, l’expert interrogé par Sputnik n’exclut pas une remontée du bitcoin. C’est aussi le cas de l’économiste Philippe Herlin, auteur de J’achète du bitcoin (Éd. Eyrolles). Sur Twitter, il a estimé que «des "mains faibles" ont vendu 1 million de bitcoins en mai entre 30 et 35.000 dollars qu’elles avaient acquis en avril entre 55 et 60.000 dollars». Des investisseurs que l’économiste a qualifiés de «panicards» qui ont encaissé «une perte stupéfiante de 20 milliards de dollars». «La bonne nouvelle: ces bitcoins sont entre des mains fortes maintenant», a-t-il ajouté.

Philippe Herlin n’est pas le seul à continuer à croire en la plus connue des monnaies virtuelles. C’est aussi le cas de Michaël Saylor, patron de l’éditeur de logiciels Microstrategy. «Dès les premiers tweets d’Elon Musk et les débuts de la dégringolade de la cryptomonnaie, l’éditeur investissait 15 millions de dollars», rappelle le site spécialisé Cryptonaute.

Le 18 mai, Michaël Saylor, connu depuis plusieurs années comme un supporteur du bitcoin, en a racheté 229 supplémentaires pour un investissement d’environ 10 millions de dollars. Comme le souligne l’expert des technologies blockchain Glassnode, «les gros acquéreurs restent en accumulation active pendant cette correction».

​D’autres, comme l’ancien trader Anice Lajnef, mettent en avant un marché en situation de bulle alimentée par les politiques monétaires ultra accommodantes des banques centrales. «Il y a trop d’argent, trop d’envie, trop de personnes ou d’institutions intéressées par le développement de monnaies virtuelles pour stopper cette fièvre planétaire», explique quant à lui Jacques-Olivier Martin, rédacteur en chef du Figaro Économie.

Selon lui, il est urgent de «stopper cette folie en régulant, en encadrant les investissements, et en faisant taire ces idoles de la révolution numérique comme Elon Musk, capable avec un seul tweet de faire plonger ou flamber le bitcoin au gré de ses intérêts!».

Josse Roussel pense également que les devises numériques vont avoir besoin d’un cadre réglementaire. Le but? Écarter la menace d’une interdiction pure et simple. «Le potentiel est là, notamment technologique», estime-t-il. Et de conclure:

«Les cryptomonnaies sont susceptibles de rendre des services très intéressants. Tout un environnement se met en place pour en faciliter l’utilisation. Reste à régler le problème de la fragilité réglementaire et celui d’une spéculation que l’on pourrait qualifier d’absurde.»

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Tags:
crise économique, économie, Elon Musk, cryptomonnaie, Bitcoin
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