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Alors que l'Agence européenne de la sécurité aérienne vient de recertifier le Boeing 737 MAX pour une reprise des vols en Europe, la présidente d’une association représentant des proches des victimes du crash de l’avion en mars 2019 évoque dans un commentaire à Sputnik les intérêts commerciaux du géant américain dans la prise de cette décision.

«Ni convaincus ni rassurés». Suite à la décision de l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) d’autoriser de nouveau le vol du Boeing 737 MAX, les familles endeuillées par le crash de l’avion en Éthiopie en mars 2019 sont déçues. Dans un commentaire à Sputnik, Virginie Fricaudet, présidente de l'association ET-302 Solidarité et Justice regroupant plusieurs dizaines de familles de victimes de la catastrophe, a exprimé sa réaction quant à la décision finale de l’AESA et à l’audition de son directeur Patrick Ky au Parlement européen qui l’a précédée.

«Nous aurons toujours un doute sur le fait de savoir si l’impératif de sécurité a bien primé sur les intérêts commerciaux de Boeing que la décision de l’agence sauve du marasme économique», confie-t-elle quant à la décision «prévisible» de l’AESA.

Une décision européenne transparente?

Depuis l’annonce faite le 19 janvier par M.Ky concernant la future autorisation de l’appareil dans le ciel européen, suspendue après le crash de l’appareil en Éthiopie en mars 2019, l’association voulait s’assurer que lors de la prise de décision, «la sécurité a primé sur toute autre considération». C’est d’ailleurs pour cette raison que la commission des transports et du tourisme (TRAN) du Parlement européen, censée selon l’association être «garante» de cette recertification de l’EASA, a auditionné M.Ky le 25 janvier.

«Cette audition a été en partie décevante. Le directeur de l'Agence européenne de sécurité aérienne développe surtout des arguments d'autorité, là où les citoyens attendent d'être convaincus et rassurés», avance Mme Fricaudet à Sputnik.

Insatisfaite des résultats de l’audition, elle estime que le contrôle effectué par les députés sur le régulateur européen doit être «plus important».

«Le contrôle des députés sur une agence spécialisée comme l'AESA devrait être plus important, car il y a un vrai enjeu de sécurité pour des millions de personnes», estime-t-elle.

Et d’ajouter: «L'agence doit vraiment apporter les preuves de sa performance, sa transparence et son indépendance».

«Monsieur Ky a d'ailleurs clairement dit que l'indépendance de l'AESA, ici par rapport au régulateur américain, devait être renforcée concernant la conduite de certaines expertises techniques», poursuit Mme Fricaudet.

Il est à noter que la Federal Aviation Administration (FAA), régulateur américain dépendant du département des Transports des États-Unis, a recertifié le 737 MAX en novembre 2020. À l’époque, l'administrateur de la FAA et ancien pilote Steve Dickson a assuré à CNBC que grâce aux changements dans la conception de l’avion et dans la formation des pilotes, la reproduction des conditions qui avaient conduit aux drames était désormais «impossible».

«C'est l'avion de transport le plus scruté de l'histoire et il est prêt à décoller», affirmait-il en novembre dernier à la chaîne de télévision américaine après l’annonce de la recertification du modèle.

Une recertification «dangereuse»

Selon l'enquête américaine menée après les deux accidents, Boeing a caché à l'Agence américaine de sécurité aérienne certains éléments de conception de son avion. Il s’agit d’un logiciel antidécrochage d’un système d’augmentation des caractéristiques de manœuvre (MCAS). D'après CNBC, les pilotes de ces deux vols ont eu du mal à désactiver le système, activé par erreur à cause de données de capteur défectueuses. Boeing affirme l’avoir remodelé.

Et pourtant, malgré les changements liés au MCAS, la remise en vol est jugée précoce par l’ancien militaire et employé de Boeing Ed Pierson. L’homme qui a notamment occupé le poste de cadre supérieur à l’usine de 737 à Renton a récemment publié un rapport sur la production des 737 MAX.

Dans le document, l’homme pointe d’autres facteurs qui ont pu jouer leur rôle dans les drames, en particulier «un environnement de production chaotique et dangereusement instable».

«De manière alarmante, les corrections de recertification de la FAA ne résolvent pas les problèmes identifiés dans le rapport», écrit-il.

Se référant entre autres au rapport de M.Pierson, l'association ET-302 Solidarité et Justice estime que l’autorisation de vol de l'appareil en Europe, moins de deux ans après le drame en Éthiopie, est «dangereuse».

«Nous pensons toujours que cette remise en vol du 737 est prématurée, inopportune et même dangereuse», insiste Mme Fricaudet.

Deux tragédies

Les vols du 737 MAX dans le ciel européen ont été suspendus en mars 2019 après le crash du vol Ethiopian Airlines 302 d'Addis-Abeba à Nairobi six minutes après son décollage qui a coûté la vie à 157 personnes, dont 10 Français.

Une tragédie survenue quelques mois seulement après un premier accident en octobre 2018 impliquant déjà un Boeing 737 MAX qui s’est abîmé en mer de Java 13 minutes après son décollage de Jakarta en Indonésie. La catastrophe a emporté la vie de 189 personnes.

Après avoir reconnu sa responsabilité dans les deux catastrophes, Boeing a accepté de payer 2,5 milliards de dollars d’amende pénale et d’indemnités.

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Tags:
EASA, crash d'avion, Boeing 737 MAX
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