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Après les émeutes et les accidents liés aux rodéos sauvages, Christophe Castaner a annoncé un «plan global de lutte.» Deux députés sont chargés d’y réfléchir. Qu’en attendent les policiers? Sputnik France a interrogé Grégory Joron, délégué du syndicat Unité SGP.

«L’heure était arrivée de mettre en place un nouveau plan d’action plus global contre les rodéos urbains», a déclaré Christophe Castaner, en déplacement dans un commissariat du XVIIe arrondissement de Paris, le 25 mai. Alors que les émeutes urbaines sont souvent déclenchées à la suite de rodéos urbains et qu’un policier a été récemment blessé lors d’une course poursuite, le ministre de l’Intérieur a tenté de couper court aux critiques de laxisme: «il n’y a pas d’impunité», a-t-il affirmé.

40.000 infractions de rodéos ont été enregistrées depuis la loi du 3 août 2018. Car le gouvernement a déjà tenté d’agir face à ce phénomène. Il y a deux ans, la majorité LREM/Modem est venue renforcer l’arsenal juridique des forces de l’ordre, dans un texte d’une fermeté qui a pu étonner. Celui-ci prévoit entre autres un an d’emprisonnement et 15.000 euros d’amende, deux ans et 30.000 euros d’amende si les faits sont commis en réunion. La confiscation du véhicule et la suspension du permis pour trois ans figurent aussi dans l’arsenal répressif du texte.

​Pourtant, tous les témoignages de policiers que nous avons pu recueillir concordent sur la difficulté à appliquer ce texte. Car les consignes sont explicitement contradictoires avec la fermeté affichée:

«Sur le terrain, la plupart du temps, on demande aux collègues de ne pas continuer la chasse quand ils l’ont entamée, ou alors les collègues ne chassent pas d’eux-mêmes», précise à Sputnik Grégory Joron, délégué du syndicat Police SGP.

La crainte d’un accident et d’émeutes est trop forte: la plupart du temps, la hiérarchie recule. Des consignes d’ailleurs très officielles, qui passent sur les ondes dans les véhicules: «elles viennent des stations directrices. Ce n’est pas officieux du tout!»

De quoi développer un sentiment d’impunité générale et l’incompréhension des habitants des cités sensibles: «les riverains qui appellent la police se demandent aussi ce qu’on fait, puisque les bruits ne cessent pas. C’est une situation problématique pour tout le monde», résume Grégory Joron.

Castaner veut s’appuyer sur le renseignement et l’enquête judiciaire

«Il y a 20 ans, il y avait déjà des rodéos aux beaux jours», nous rappelle notre interlocuteur, mais autrefois, il s’agissait d’une à deux motos à la fois. «Maintenant, on en a 30 ou 40 sur l’autoroute A1!» C’est ce phénomène de meute qui est le tournant le plus notable, notamment par l'émulation sur les réseaux sociaux. Une situation d’autant plus critique qu’avec le confinement, «certains ont eu la bonne idée de profiter des rues vides…» Ou presque: deux fillettes de dix et onze ans ont été renversées à Strasbourg le 21 mai lors d’un rodéo.

«Il faut enrayer ce sentiment d’impunité et cette spirale. On va se retrouver avec des circuits à ciel ouvert», prévient le policier.

Frustrés, à court de moyens, nargués par les petites frappes à moto, exaspérés par les critiques de personnalités publiques comme Camélia Jordana, les policiers attendent beaucoup de leur hiérarchie et maintenant des élus.

La mission d’élaborer ce nouveau plan anti-rodéos a été confiée à deux parlementaires LREM, Catherine Osson, députée du Nord, et Natalia Pouzyreff, élue des Yvelines. Qu’en espèrent les policiers? Selon Joron, que le constat de ces dernières soit «le plus fidèle possible à la réalité», et donc que des agents de terrain soient consultés, «et non des collègues qui n’ont pas vu de rodéos depuis des années», précise-t-il.

Le ministre a-t-il déjà opté pour le plan B?

Le ministre de l’Intérieur a précisé quelques lignes directrices: «nous devons relever, plus encore, le défi des saisies des véhicules en nous appuyant davantage sur le renseignement et l’enquête judiciaire», a déclaré Christophe Castaner. Car si la loi de 2018 a permis la confiscation, encore faut-il parvenir à arrêter le motard qui refuse d’obtempérer. Aussi, les collectivités et les associations devront-elles être davantage impliquées, tout comme les polices municipales. Des propos semble-t-il raisonnables, mais qui, pourtant, ne rassurent pas tout le monde:

«Parler de renseignement et de procédure judiciaire, c’est simplement constater par vidéosurveillance ou reconnaissance, pour interpeller les auteurs a posteriori», nous explique Grégory Joron. En clair, il s’agit de «travailler sur le temps d’après, dans les 24h qui suivent.»

Le premier flic de France a-t-il acté l’impossibilité d’agir à l’instant T, par crainte des conséquences d’une interpellation mouvementée en pleine zone sensible? Au niveau opérationnel, la police peut toutefois compter sur des motards à la formation exigeante, capables d’interpeller les deux-roues récalcitrants. Encore faut-il que la hiérarchie policière soutienne leur action. Un appui qui est loin d’être garanti, tout comme celui du maillon suivant de la chaîne pénale, à savoir les juges.

Du côté des policiers, l’attente d’une véritable réponse pénale

Christophe Castaner a d’ailleurs souligné le besoin d’œuvrer «plus étroitement encore avec la justice.» Les critiques y verront un aveu à demi-mot de la fragilité du lien entre police et justice. La loi de 2018, si elle n’était «pas inutile», selon les policiers, provoque une question épineuse: les auteurs interpellés à la suite d’un rodéo ont-ils été réellement punis au niveau de ce que prévoit la loi?

La politique pénale reste un problème lancinant. D’autant plus «quand on voit que le motard de Villeneuve-la-Garenne avait une quinzaine de faits à son actif», souffle Grégory Joron. C’est donc une véritable sanction pénale qu’espèrent les policiers… pour que leur travail ne soit pas inutile:

«Déjà que vous n’avez qu’une chance sur dix de vous faire interpeller si vous êtes rodéo, alors si vous êtes primodélinquant, vous risquez encore moins», déplore le syndicaliste.

Bien sûr, notre interlocuteur ne veut pas critiquer outre mesure l’institution judiciaire: «la justice souffre», constate-t-il. En l’absence de dépôt de plainte, les moyens judiciaires engagés pour retrouver les auteurs sont souvent dérisoires, dans des affaires où les images de vidéosurveillance manquent quelquefois. Mais les décisions de certains juges déçoivent bien souvent les fonctionnaires de police, envoyant de facto «de mauvais messages à la population et aux délinquants

Les policiers, qui croulent sous les dossiers, proposent de réfléchir à une procédure accélérée, et attendent de véritables moyens accordés à la procédure judiciaire pour identifier les auteurs. Mais la première question demeure: «les politiques auront-ils le courage d’aller jusqu’au bout?»

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