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Dans la soirée du 4 juillet, une jeune gendarme a été tuée en service par un chauffard multirécidiviste et sans permis. Alors que l’affaire intervient en pleine polémique sur les violences policières, les forces de l’ordre demandent justice, confirme à Sputnik Michel Thooris, secrétaire général du syndicat France Police –Policiers en colère.

Après l’affaire Adama, l’affaire Mélanie? Cette jeune gendarme de 25 ans a perdu la vie dans la soirée du 4 juillet, percutée à grande vitesse par Yassine E., délinquant multirécidiviste qui tentait d’échapper à un contrôle routier dans le Lot-et-Garonne.

​D’après Manuella Garnier, procureur de la République d’Agen, le suspect de 26 ans «transportait 165 grammes d’une poudre blanche qui devra être analysée, mais qui est vraisemblablement de la cocaïne». Ce dernier roulait également sans permis.

«Notre syndicat n’est malheureusement pas surpris par ce drame. Aujourd’hui, c’est de manière quasi quotidienne que les forces de police et de gendarmerie sont victimes de refus d’obtempérer de la part de fuyards qui refusent de s’arrêter pour des raisons diverses et variées», se désole au micro de Sputnik Michel Thooris, secrétaire général du syndicat France Police – Policiers en colère, qui soutient ses collègues gendarmes dans cette affaire.

Les premiers éléments de l’enquête «permettent d’estimer la vitesse de son véhicule lorsqu’il a heurté la victime à environ 130 à 160 km/h», a ajouté la magistrate. Aucune trace de freinage n’a été relevée. La procureure d’Agen a précisé que les gendarmes avaient en premier lieu tenté d’interpeller sans succès une Renault Clio roulant à «une vitesse excessive». Une autre patrouille de deux gendarmes a alors été appelée. Ces derniers ont positionné leur voiture de service «gyrophare en fonctionnement, sur la route départementale 813 à hauteur de la commune de Port-Sainte-Marie», a précisé Manuella Garnier, avant d’ajouter:

«Lorsque le véhicule en fuite est arrivé à proximité des herses, il s’est brutalement déporté sur la gauche afin d’éviter le dispositif d’interception. Ce faisant, il a heurté l’un des deux gendarmes, qui se trouvait sur le bas-côté de la route. Le choc a été particulièrement violent.»

Mélanie Lemée, judoka de haut niveau, qui venait de réussir l’examen d’officier de police judiciaire, «est décédée quelques minutes plus tard», a expliqué la magistrate.

Placé en détention provisoire

Quant à Yassine E., il a continué son chemin sur 400 mètres avant de s’arrêter après le déclenchement des airbags. Le chauffard a alors tenté de s’enfuir à pied, mais il a été appréhendé et placé en garde à vue.

«Nous demandons depuis des années qu’une réforme de la légitime défense soit mise en œuvre. On demande à pouvoir ouvrir le feu en cas de refus d’obtempérer. Il faut garder à l’esprit que dans un tel cas, il y a systématiquement mise en danger de la vie des policiers et gendarmes, mais aussi des autres usagers de la route», explique Michel Thooris.

Concernant le jeune homme récidiviste, «originaire du Lot-et-Garonne et sans profession», il a déjà été condamné «à trois reprises, notamment pour des infractions à la législation sur les stupéfiants et […] sur la circulation routière», détaille le procureur.

Il conteste «toute intention d’homicide». Lors de sa garde à vue, celui-ci a expliqué avoir refusé de s’arrêter «par le fait qu’il conduisait sans permis, sous l’emprise de stupéfiants, mais également par le fait qu’il venait de faire l’acquisition de 150 g de cocaïne», selon Manuella Garnier. «Il a affirmé qu’il n’avait pas vu la victime et qu’il avait pensé que le choc était dû au dispositif d’interception», a-t-elle ajouté.

Yassine E. avait été mis en examen pour «homicide volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique», d’après le procureur. Cette infraction est passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Le jeune homme a également été mis en examen pour «refus d’obtempérer aggravé par la mise en danger de la vie d’autrui, conduite sans permis, détention et transport illicite de produits stupéfiants en état de récidive légale», toujours selon Manuella Garnier. Il a été placé en détention provisoire.

«Une partie de la jambe arrachée»

«Nous sommes satisfaits de la mise en examen pour homicide volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique. Ce n’est pas toujours le cas lors de refus d’obtempérer. Il est arrivé que des collègues soient percutés sans que ce qualificatif soit retenu. Dans cette affaire, nous avions immédiatement demandé que la volonté de tuer soit retenue. Nous attendons maintenant la réclusion criminelle à perpétuité pour ces faits d’une gravité extrême», déclare Michel Thooris.

«Je vous rappelle que cette jeune gendarme a été percutée avec une telle violence qu’elle a eu une partie de la jambe arrachée. Imaginez le traumatisme pour ses collègues», s’indigne le policier.

Le colonel Laurent Villieras, commandant du groupement de gendarmerie de Lot-et-Garonne, a dit toute sa tristesse à l’AFP: «On le vit comme un véritable drame. C’était un gendarme très apprécié au sein du groupement […] c’était une jeune fille très engagée sportivement puisqu’elle était championne de France militaire de judo, c’était une combattante. C’était un gendarme extraordinaire.»

«Ce drame illustre la réalité du travail des forces de l’ordre et des forces de secours aussi qui, tous les jours, au profit de nos concitoyens, mettent leur vie en péril. Il ne faut pas l’oublier. C’est l’illustration parfaite de la réalité de notre travail et de notre engagement quotidiens au profit de nos concitoyens […] C’est une triste réponse à tous ceux qui critiquent notre action», souligne encore l’officier.

Ce tragique événement intervient en pleine polémique sur les «violences policières» et alors que ces dernières semaines, de nombreuses manifestations en soutien à Adama Traoré, jeune homme décédé à la gendarmerie de Persan dans le Val-d’Oise le 19 juillet 2016, ont été organisées.

Une couverture médiatique «faible»?

Cette affaire est devenue le symbole de la lutte contre une police considérée par certains manifestants comme violente et raciste.

​Désormais sur Twitter, le hashtag #JusticepourMelanie côtoie celui de #JusticepourAdama. Certains internautes dénoncent ce qu’ils considèrent comme un traitement médiatique indigne par rapport aux larges échos dont bénéficierait l’affaire Adama. Michel Thooris est de cet avis:

«Tout ceci n’est qu’une instrumentalisation politico-médiatique telle que les Français ont connu avec l’affaire Théo Luhaka en 2017. à l’époque, son avocat et désormais ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, s’en était pris à la police en dénonçant une faute. Or, des éléments sont depuis venus contredire cette version.
Aujourd’hui, les forces de l’ordre sont très choquées par la différence de traitement faite entre d’un côté les accusations contre des policiers ou un gendarme soupçonnés de bavure et de l’autre la perte de l’un des nôtres dans l’exercice de ses fonctions et dans des circonstances particulièrement sordides.»



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Tags:
Adama Traoré, délinquance, gendarmerie, France
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