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    Quand les réfugiés sont plus désirés que les touristes

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    Pendant que certains pays se battent pour attirer plus de touristes, d'autres déclenchent une véritable guerre contre l'afflux touristique. Mais pourquoi le tourisme de masse est soudain devenu un mal croissant?

    Les îles Baléares et Canaries, Venise et Barcelone, Santorin en Grèce et Cerveteri en Italie, les îles de Khai en Thaïlande et Machu Picchu au Pérou cherchent à réduire l'affluence touristique ou du moins la rendre homogène durant l'année — voilà la tendance qui prend de l'ampleur actuellement.

    Commençons par un chiffre révélateur. Selon l'Organisation mondiale du tourisme de l'Onu (OMT), un record de visites internationales a été marqué en 2015 — 1,2 milliard. Soit 50 millions de voyages de plus par rapport à 2014. Vu que l'augmentation des voyages touristiques internationaux est constatée pour la sixième année consécutive, et au cours de toute cette période se maintient une dynamique moyenne de croissance du marché touristique de 4% et plus.

    Pourquoi le nombre de touristes ne cesse pas de croître

    La hausse du nombre de voyageurs est due à l'augmentation des revenus de la population, ainsi qu'au développement actif de plusieurs régions qui, auparavant, ne jouaient pas un rôle central dans le tourisme mondial — des pays d'Asie et du Moyen-Orient. Ils sont déjà parmi les premiers dans certains segments touristiques, par exemple les excursions. Pour l'instant, les plages et les stations de ski de les intéressent pas, mais c'est pour l'instant. En prévision des JO d'hiver les Chinois pratiquent déjà les types de loisirs appropriés en Chine et sont de plus en plus nombreux à skier sur les pistes européennes.

    La Chine sur le marché de tourisme

    L'an dernier la Chine était à nouveau le plus grand marché de tourisme extérieur devant les USA et l'Allemagne. Selon l'Administration nationale touristique de Chine CNTA, près de 120 millions de Chinois sont partis à l'étranger en 2015. Soit 13 fois plus qu'en 1998. Et en 2014 ils étaient 109 millions. D'après l'organisation touristique chinoise, une telle augmentation s'explique par la hausse des revenus réels de la population, ainsi que par la libéralisation de la politique de visa pour les citoyens chinois dans certains pays, y compris européens.

    D'après la CNTA, le marché du tourisme chinois extérieur est estimé à au moins 500 millions de personnes — c'est le nombre de Chinois qui estiment appartenir à la classe moyenne et qui, par conséquent, veulent et peuvent voyager. Le tourisme extérieur est le signe d'un statut social élevé, du coup les Chinois voyageront encore plus.

    L'an dernier, c'est en Chine qu'a été enregistré le plus grand nombre d'ouverture de vols internationaux — 378. Cette année on s'attend à l'apparition dans le monde d'environ 1 100 nouveaux itinéraires internationaux, dont près de 200 seront ouverts par des compagnies chinoises. Selon les pronostics, la Chine deviendra le plus grand marché du transport aérien de passagers d'ici 2034.

    Les vols de plus en plus accessibles

    L'accessibilité des vols, notamment grâce au développement des compagnies low-cost, contribue à la croissance du tourisme international. Ainsi, d'après le site britannique d'aviation anna.aero, 3 100 nouveaux itinéraires ont été ouverts l'an dernier dans 173 pays, soit 500 de plus qu'en 2014. Sachant que 1 760 itinéraires ont été ouverts pour la première fois.

    Et ce sont les compagnies aériennes bon marché qui affichent la meilleure dynamique. On retrouve en tête Ryanair (10,4 millions de passagers en 2014) et EasyJet (69,8 millions de passagers) qui ont lancé chacune 99 nouvelles destinations, ainsi que la compagnie espagnole Vueling avec 90 nouveaux itinéraires.

    La sécurité des voyages

    Un autre facteur s'est ajouté à cela l'an dernier — la sécurité. Les Européens ont tourné le dos à la Turquie, à la Tunisie et à l'Egypte au profit des destinations plus confortables de ce point de vue — l'Espagne, le Portugal, la Grèce, Chypre et l'Italie. Cependant, les habitants de certaines régions ne se réjouissent pas du tout d'un tel choix.

    Les réfugiés salués

    Et voilà ce qu'entraîne un tel état de choses: les réfugiés sont considérés le moindre mal par rapport aux touristes et sont donc salués dans ces pays qui s'efforcent de repousser l'afflux touristique.

    "Les touristes rentrent chez eux. Les réfugiés sont salués", "Le tourisme détruit notre ville" — de tels slogans-graffitis ornent ce printemps les murs du centre historique de Palma — la capitale de Majorque, l'une des principales îles de l'archipel des Baléares.

    C'est la réaction de la population locale contre l'emprise des touristes. Les foules de touristes piétinent le quartier historique de La Seu connu pour ses ruelles étroites pavées et sa cathédrale gothique, et abandonnent des tonnes de déchets sur les plages locales.

    Qu'est-ce qui se passe avec les destinations populaires?

    Cette année, Majorque se prépare à une véritable invasion touristique — de plus en plus d'avions y atterrissent (la capacité d'accueil de l'aéroport a déjà été augmentée de 66 à 100 vols à l'heure) et de bateaux accostent (8 bateaux de croisière avec 22 000 passagers à bord sont entrés dans le port en une seule journée de la première semaine de mai). Ce qui provoque des embouteillages, des bousculades dans les rues étroites, des restaurants et des magasins "à sec", des déchets.

    Au total, les îles Baléares, dont la population permanente s'élève à 1,1 million d'habitants, ont accueilli en 2015 plus de 13 millions de touristes. Durant la saison dernière, les trois îles principales de l'archipel — Ibiza, Majorque et Minorque — étaient deuxièmes en Méditerranée en termes de bateaux de croisière accueillis — 790.

    Cette année, le nombre d'hôtels flottants géants augmentera d'un tiers: Majorque attend 524 navires, Ibiza — 154. Minorque, reconnue comme réserve naturelle, a cédé et a approfondi le port Mahon pour permettre d'entrer au bateau MSC Armonia de 275 mètres de long qui fera débarquer 3 000 passagers. Et ce n'est que l'un des bateaux. Alors qu'à peine plus de 20 000 personnes vivent à Minorque.

    Autre exemple — la très populaire Santorin. Les autorités de cette île limiteront à partir de 2017 le nombre de touristes arrivant sur des bateaux de croisière à 8 000 personnes par jour. L'excès de touristes impacte négativement la nature et l'infrastructure locales qui digèrent de plus en plus difficilement ce flux touristique incessant. En pleine saison, entre mai et septembre jusqu'à 10.000 touristes par jour arrivent à Santorin. 636 entrées de bateaux avec plus de 790.000 passagers ont été enregistrées sur l'île en 2015.

    Les autorités de la ville italienne de Cinque Terre, l'un des joyaux de la Ligurie, ont également décidé de restreindre le nombre de touristes. La raison est la même — l'augmentation du nombre de navires en escale qui ont poussé cette ville unique au bord de la survie. Les autorités ont décidé d'essayer de respecter la limite de 1,5 million de touristes par an en vendant des billets pour la sortie en ville à l'avance. Dès que ce nombre sera atteint, l'accès à Cinque Terre sera fermé. Les habitants locaux ne veulent pas que leur ville connaisse le même sort que Venise, qui s'est transformée en musée en plein air.

    Un autre exemple connu de résistance à l'augmentation du flux touristique, c'est Barcelone, dont les autorités ont ouvertement déclaré ne pas apprécier les visiteurs en décrétant un moratoire sur la construction et la délivrance de licences aux nouveaux hôtels. A l'autre bout de la planète, au Pérou, le gouvernement a l'intention de réguler le flux touristique sur la crête Machu Picchu.

    Et le dernier exemple — les îles coralliennes Khai Nok, Khai Nui et Khai Nai situées près de Phuket en Thaïlande. Les autorités du royaume ont décidé en juin 2016 de les fermer aux touristes à cause d'un risque de leur destruction. Les sites touristiques et les aires de stationnement des bateaux, les restaurants et les cafés ont considérablement enfreint l'écosystème local. Plus de 80% des récifs coralliens entourant les îles ont subi une intense érosion.

    Mais ces mesures sont-elles efficaces pour endiguer l'afflux touristique?

    Visiblement, seule l'intervention des autorités officielles est capable de sauver une île ou une ville contre des foules de visiteurs étrangers. Comme le montre l'expérience des îles Baléares, aucune taxe n'est capable de stopper les touristes ou de minimiser le préjudice de leurs incursions.

    Le tourisme de masse, tout en créant et en décuplant l'infrastructure appropriée — les hôtels, les restaurants, les boutiques de souvenirs et les magasins, anéantit l'authenticité des lieux, leurs particularité et originalité. On pourrait dire que les vacanciers piétinent la couche culturelle et historique, et parfois détruisent littéralement des sites historiques en prenant des pierres en guise de souvenir, comme au Colisée, ou en inscrivant leur nom endommageant ainsi les murs de l'ancienne ville des incas de Machu Picchu ou du temple cambodgien d'Angkor Vat.

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