Ecoutez Radio Sputnik
    L'étau se resserre sur Daech: l'armée syrienne franchit l'Euphrate

    L'étau se resserre sur Daech: l'armée syrienne franchit l'Euphrate

    © Sputnik . Mikhail Alaeddine
    International
    URL courte
    Libération de la ville de Deir ez-Zor (105)
    13691
    S'abonner

    L'armée gouvernementale syrienne a forcé pour la première fois la rive ouest de l'Euphrate en assurant un périmètre de sécurité autour de la base aérienne de Deir ez-Zor. Les terroristes de Daech (organisation terroriste interdite en Russie) n'ont pratiquement plus aucune chance de survie.

    Un correspondant de Sputnik a accompagné les unités syriennes de première ligne qui ont forcé l'Euphrate à l'est de Deir ez-Zor. Le journaliste a assisté à une opération unique des militaires, qui pourrait conduire à l'encerclement définitif des terroristes dans la ville.

    Avant le combat

    Après une série de succès au sud-est et à l'est de Deir ez-Zor, les unités syriennes d'avant-garde se sont approchées de l'Euphrate.

    © Sputnik . Mikhail Alaeddin

    Le fleuve coule rapidement en direction de la frontière irakienne. On se rappelle des contes sur la Mésopotamie et l'endroit paradisiaque qui, selon la légende, se trouvait entre le Tigre et l'Euphrate. C'est effectivement un petit paradis qui s'offre à nous au bord de l'Euphrate, à 6 heures du matin: il fait frais, humide et il y a beaucoup de verdure, alors qu'à deux minutes de là un désert poussiéreux s'étend à perte de vue.

    En omettant les véhicules militaires et en oubliant la guerre, il pourrait sembler un instant qu'on se trouve quelque part dans la région de Moscou.

    Avant le début de l'opération, les soldats remplissent leur gourde directement dans le fleuve, puis chaque section se met en rangs pour se préparer à la traversée. Dans la nuit, un groupe de reconnaissance a déjà traversé le fleuve à bord de bateaux gonflables. Les éclaireurs avaient pour mission de découvrir la position des principales forces ennemies et leurs postes de tir.

    Une traversée difficile

    Dans la matinée, les véhicules de l'armée gouvernementale, y compris les vieux KrAZ bruyants, se sont avancés vers le fleuve sur ordre de l'officier supérieur.

    © Sputnik . Mikhail Alaeddine

    Quatre sections d'assaut sont déjà prêtes et montent dans les véhicules amphibies. Les soldats doivent assurer une zone de sécurité pour le franchissement. La traversée se complique à cause du fort courant. Les véhicules amphibies de plusieurs tonnes sont repoussés comme des boîtes d'allumettes. Mais les conducteurs parviennent à maîtriser les éléments.

    En moins de 30 minutes, les troupes traversent les buissons de l'autre côté du fleuve et engagent le combat.

    «Les terroristes ne s'attendaient visiblement pas à une telle visite. Nous allons maintenant projeter le matériel. Descends le canot et le premier ponton. Plus vite, les gars ont besoin d'un appui», crie le général syrien. Les soldats s'activent.

    Le canot entre dans le fleuve et il est immédiatement rejeté sur le côté, puis les soldats lancent dans l'eau plusieurs tonnes d'équipements qui se déploient rapidement pour créer une plateforme stable.

    Une quinzaine de soldats tiennent par une corde le ponton formé sur le fleuve, pour l'empêcher de se faire emporter. L'intensité de l'affrontement de l'autre côté du fleuve croît, les balles se mettent à siffler près de la zone de franchissement.

    «Aidez-moi, il faut fixer le ponton, un verrou ne fonctionne pas, il faut le débloquer, je vais chercher un levier», crie un officier et court en direction du véhicule pour faire monter un nouveau groupe.

    Une offensive réussie

    Le groupe d'assaut montre à bord pour traverser le fleuve. Les soldats préparent l'armement et pressent le conducteur. «Dépêche-toi, il faut rejoindre les nôtres pour les aider, ils ont besoin de munitions», crie le chef d'un groupe.

    © Sputnik . Mikhail Alaeddine

    En arrivant de l'autre côté, les militaires arborent des rubans distinctifs, s'encouragent avec des plaisanteries, serrent les sangles et vérifient l'équipement.

    Un affrontement intense se déroule à un kilomètre ou deux de l'Euphrate. Sur la rive, nous sommes accueillis par les éclaireurs — sales, mais heureux. Leurs vêtements sentent la poudre.

    Dès les premières heures du combat, les soldats syriens ont réussi à s'emparer de deux voitures des terroristes, dont l'une contenait des armes et des munitions.

    «Nous les avons pris au dépourvu, ils n'ont même pas eu le temps de fuir. Mais la situation s'est aggravée. L'ennemi a compris ce qui se passait et tente de contre-attaquer sur les flancs. Des affrontements difficiles ont lieu dans le quartier de Jafra», rapporte un soldat.

    A Jafra, un détachement a reçu pour mission de nettoyer l'île plus près du centre de la ville. Mais les djihadistes sont mieux préparés à ce terrain. Selon les comptes-rendus des officiers par radio, les terroristes ont lancé une forte contre-attaque et tirent abondamment au mortier. En quelques heures, deux voitures piégées ont explosé avec des kamikazes au volant.

    Le premier prisonnier

    «Viens par ici. Tu veux parler? Nous avons un prisonnier. Une exclusivité pour toi, par amitié. Demande ce que tu veux, tu as cinq minutes», me dit avec joie le capitaine Raïd, que j'ai pu rencontrer dans différents points chauds de Deir ez-Zor.

    Un homme barbu, blessé à la jambe, est couché dans le véhicule

    «Je m'appelle Mohammed. Je suis de Raqqa. Cela fait deux ans que je vis à Mayadin (à l'est de Deir ez-Zor). De l'eau, s'il vous plaît, je perds du sang», déclare le combattant fait prisonnier quand on lui demande de se présenter.

    Militaires syriens
    © Sputnik . Mikhail Alaeddine
    Les troupes de l'armée syrienne

    Raïd appelle un médecin de la brigade, donne l'ordre d'examiner la blessure et de faire un pansement.

    «Allez, docteur. Nous ne sommes pas des animaux et nous avons besoin de lui en vie. Je suis sûr que Mohammed de Raqqa nous racontera volontiers beaucoup de choses intéressantes. N'est-ce pas, Mohammed?», dit le commandant en tendant au prisonnier une bouteille d'eau, et ce dernier hoche la tête en signe de consentement.

    Après avoir bu de l'eau, le djihadiste confie des détails intéressants. Il dit qu'après la percée de l'encerclement de Deiz ez-Zor, nombre de ses frères d'armes ont fui. Craignant d'être encerclés, les terroristes évacuent la nuit leurs familles à Mayadin et à Abou Kamal. A ce jour, il ne reste pratiquement plus de civils à Deir ez-Zor sur le territoire contrôlé par les terroristes.

    «Je fais partie de Daech depuis deux ans. A la trésorerie. Nous avons de nombreux étrangers parmi les commandants, des Arabes et des ressortissants du Caucase, ils se battent bien», continue de répondre le prisonnier.

    «C'est bon. Le temps est écoulé, il dira le reste aux spécialistes. Chargez-le sur le ponton et direction l'hôpital», ordonne Raïd. Le prisonnier est évacué. On charge également le corps d'un soldat syrien tué sur le ponton.

    Le matériel arrive sur la rive ouest de l'Euphrate. Des véhicules chargés de munitions partent les uns derrière les autres à l'avant du front.

    En recevant de l'officier supérieur l'information selon laquelle la première unité d'assaut a réussi à prendre le village le plus proche, et après avoir échangé les politesses d'usage, nous sautons sur le ponton pour revenir.

    La route en direction de la traversée n'était pas sans surprises. Hormis le macadam creusé par les obus, des éclats fourbes se sont cachés sous le sable et ont percé les pneus de notre véhicule dans un champ à découvert, à 2 km du front. Mais les collègues journalistes à bord d'un autre véhicule nous ont rejoints pour aider à changer la roue en 5-10 minutes seulement.

    Un aérodrome sûr

    Nous approchons en convoi de la section blindée commandée par le général Saliam, que je connais également très bien.

    «Vous arrivez à temps, nous allons commencer. Je voudrais partager une bonne nouvelle. Nous avons réussi à garantir une zone sûre autour de l'aérodrome. Le premier avion de transport a atterri avec des munitions il y a une demi-heure, un autre est en approche. Nous devons parcourir près de 8 km. Nous avons pratiquement tout nettoyé ici», explique le général, manifestement très fier de ses soldats.

    Il y a encore une semaine, la base aérienne était encerclée par les terroristes. Les défenseurs de l'aérodrome ont résisté pendant 9 mois. La reprise des vols semblait n'être qu'un rêve lointain, et les soldats syriens ne songeaient même pas à un franchissement du fleuve, tentant seulement de tenir au maximum.

    A partir du 5 septembre, après la levée du siège de trois ans de Deir ez-Zor, de nombreuses unités syriennes ont été projetées dans la ville. Daech a également concentré dans cette région ses troupes les plus efficaces. Conscients de la gravité de la situation, les terroristes ont piégé des quartiers et des villages entiers. Selon la reconnaissance syrienne, les djihadistes ont aussi placé des pièges dans les tunnels souterrains de la ville.

    En avançant vers l'Euphrate, l'armée syrienne a coupé la voie principale d'approvisionnement des terroristes à Deir ez-Zor. Les forces de l'unité d'élite des Tigres progressent en direction de la ville depuis l'ouest. Dès que le contrôle de la rive ouest de l'Euphrate sera rétabli et que le 5e corps se joindra aux Tigres, la boucle se refermera autour des terroristes dans les quartiers résidentiels — à moins qu'ils ne s'enfuient avant.

    Dossier:
    Libération de la ville de Deir ez-Zor (105)
    Tags:
    Sputnik, Daech, Mésopotamie, Russie, Euphrate, Deir ez-Zor, Syrie
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik