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Les États-Unis ne cachent pas leur projet de renforcement de la coopération avec Chypre. Le Congrès devrait approuver la levée de l’embargo sur les livraisons d’armes qui date de 1987. Pourquoi Washington agit-il maintenant? Sputnik s’est entretenu avec des analystes.

Les États-Unis veulent renforcer leur coopération avec la République de Chypre, et le Congrès devrait rapidement approuver la levée de l’embargo, en vigueur depuis 1987, sur les livraisons d’armes au pays. Celle-ci fait d’ores et déjà partie de la Loi américaine sur le budget de Défense nationale pour 2020. En procédant ainsi, Washington compte contraindre Chypre à choisir son orientation géopolitique, estime dans un entretien accordé à Sputnik Antonis Stilianu, professeur de droit international à l’Université de Nicosie.

Les USA à la recherche de nouveaux alliés

«À la lumière des événements en cours et, si l’on suppose que la Turquie a opté pour le "camp russe", alors que les États-Unis ont annoncé l’expulsion d’Ankara du programme de fabrication de composants pour les chasseurs F-35, cette démarche sous-entend sans doute une réorganisation que Washington voudrait réaliser sur l’échiquier géopolitique de la Méditerranée Orientale», explique l’expert.

Et d’ajouter que les États-Unis compteraient par ailleurs «déloger» la Russie de la région.

Les relations entre Ankara et Moscou préoccupent les USA

«La vente de S-400 [russes, ndlr] à la Turquie et les événements en Syrie incitent les États-Unis à se préoccuper de cette zone facilement inflammable et que des conflits géopolitiques ne cessent de secouer», constate M.Stilianu.

Le politologue Loizos Michael est du même avis.

«L’objectif des États-Unis ne consiste pas tellement à armer la République de Chypre. Il s’agit davantage d’une réaction aux derniers développements géopolitiques dans la région qui ont précédé les nouvelles relations entre la Turquie et la Russie résultant de la vente de S-400», suppose M.Michael.

Quoi qu’il en soit, une levée de l’embargo ne signifierait pas forcément que Chypre deviendrait un allié stratégique des États-Unis, estime Pabos Chrysostomou, directeur de la recherche et des relations internationales à l'Université technologique de Chypre.

«L’Amérique a revu ses rapports avec la Turquie. Néanmoins, cela ne signifie en aucun cas que les Américains s’appliqueraient à prévenir les infractions de la Turquie à Chypre. Pour nous, il serait illusoire de l’espérer», détaille M.Chrysostomou.

Il rappelle par ailleurs que le projet de loi «sur la coopération en matière de sécurité et d’énergie en Méditerranée Orientale» de Menendez-Rubio prévoit la levée de l’embargo sur les armes pour la République de Chypre à condition que les navires militaires russes soient interdits d’accoster dans les ports chypriotes.

Un pays auquel personne ne doit faire confiance

«Au nom d’une amélioration des relations avec les États-Unis, on ne doit guère changer nos rapports avec la Russie qui adopte une attitude ferme et stable sur la question chypriote et en faveur de la République de Chypre. […] Ce serait une erreur», prévient le spécialiste.

Pour lui, les États-Unis, surtout sous la présidence de Donald Trump, sont un pays auquel personne ne doit faire confiance vu l’incertitude et l’ambiguïté de leurs relations envers leurs partenaires et alliés.

«Le cas des Kurdes est le parfait exemple. Trump n’a pas hésité à trahir les Kurdes qu’il avait considérés comme des alliés dans la guerre contre Daech* et a permis l’invasion de la Turquie dans le nord-est de la Syrie. Les États-Unis ne méritent aucune confiance en termes de partenariat, et l’exemple de Chypre et de la Grèce le montre bien», résume Pabos Chrysostomou.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Tags:
Méditerranée, Turquie, Russie, États-Unis, Chypre
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