International
URL courte
Par
30912
S'abonner

Julian Assange, plus que jamais menacé d’être extradé vers les États-Unis, s’est à nouveau retrouvé devant les magistrats britanniques ce 13 janvier pour une audience de routine. L’occasion de prendre des nouvelles de celui que ses soutiens assurent en danger de mort avec Aymeric Monville, directeur des éditions Delga et défenseur du journaliste.

Chacun de ses passages au tribunal est un événement. Julian Assange s’est à nouveau rendu devant les magistrats britanniques ce 13 janvier pour une audience de routine à Londres. Une occasion pour ses soutiens de voir comment se porte le lanceur d’alertes et fondateur de WikiLeaks. Pour rappel, il risque à tout moment d’être extradé vers les États-Unis, où il fait face à de nombreuses charges. Washington l’accuse notamment d’avoir révélé des secrets d’État ayant mis en danger la sécurité de la nation. Julian Assange et son site WikiLeaks sont à l’origine de la révélation de nombreux crimes de guerre, notamment de la part des États-Unis.

​L’état de santé du journaliste inquiète fortement organisations internationales et défenseurs des libertés. En décembre dernier, Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), poussait ce cri d’alerte:

«Nous sommes alarmés par l’état de santé actuel de Julian Assange et demandons sa mise en liberté immédiate pour des raisons humanitaires», a-t-il souligné.

À la suite de son arrestation le 11 avril 2019 à l’ambassade d’Équateur à Londres, où il s’était réfugié en 2012 alors qu’il était en liberté sous caution, Julian Assange a été écroué à la prison de haute sécurité de Belmarsh à Londres pour violation des termes de sa liberté conditionnelle.

Le lanceur d’alertes était poursuivi par la justice britannique du fait d’un mandat suédois, lancé en rapport avec une affaire d’agression sexuelle, affaire pour laquelle il a définitivement été relaxé par la justice suédoise en novembre dernier.

Depuis, les inquiétudes concernant ses conditions de détention dans cet établissement réservé aux détenus les plus dangereux du Royaume se multiplient. Julian Assange y est placé à l’isolement avec un minimum de contact avec l’extérieur. Le 1er novembre, Nils Melzer, rapporteur spécial de l’Onu sur la torture, a exprimé de grandes préoccupations concernant le traitement infligé à Julian Assange par le gouvernement britannique qui, d’après lui, «n’a pris aucune mesure d’enquête, de prévention ou de réparation requise par le droit international».

«Ce que nous avons vu du gouvernement britannique est un mépris total des droits et de l’intégrité de Julian Assange», a-t-il a ajouté.

Plusieurs organisations de défense du journaliste ont vu le jour, dont le comité WikiJustice. Composé de plusieurs personnalités comme Olivier Besancenot, Jean Bricmont, Michel Collon ou encore Étienne Chouard, il a pu apporter un soutien moral et judiciaire au fondateur de WikiLeaks. Aymeric Monville, directeur des éditions Delga, en fait partie. Il est l’auteur du livre «Julian Assange en danger de mort», paru le 4 septembre 2019. Il a s’est confié à Sputnik France.

Sputnik France: Quelles sont les dernières nouvelles concernant Julian Assange?

Aymeric Monville: «Audition de routine», c’est bien le terme approprié, malgré le fait que l’audience ait été avancée d’un jour. La routine s’installe. Selon les amis du comité WikiJustice qui étaient présent à l’audience, la défense de Julian Assange devient de plus en plus inaudible. Nous nous attendions à une demande de remise en liberté et ça n’a pas été le cas. Les débats ont tourné autour de demandes de la défense d’avoir plus de temps avec leur client.

Tout ceci est bien mince par rapport à tout ce qui devrait être fait. Où sont les demandes de libération pour raison de santé? La revendication de statut de prisonnier politique? Les plaintes pour torture? Je rappelle que même un inspecteur de l’Onu, en la personne de Nils Melzer, a demandé à ce que la lumière soit faite sur ce dernier point. D’ailleurs, sa peine pour violation des termes de sa liberté conditionnelle est terminée et il n’est encore enfermé que parce qu’il risque d’être extradé aux États-Unis.

Sputnik France: Vous vous interrogez sur l’efficacité de la défense de Julian Assange...

Aymeric Monville: On commence à se poser des questions sur ses avocats et leurs relations.. La journaliste américaine Lucy Komisar a récemment publié un article mettant en exergue le fait que certains des avocats de Julian Assange travaillent pour des cabinets qui ont déjà œuvré pour le gouvernement américain par le passé et parfois dans des cas d’extradition...

On constate que la défense de Julian Assange semble être beaucoup dans la discussion avec la justice anglaise, ce qui n’est pas forcément mal en soi. Mais cela soulève beaucoup d’interrogations. D’ailleurs, lors de l’audition de ce 13 janvier, Julian Assange a eu des gestes d’énervement envers son avocate. Il y a plusieurs scandales dans l’affaire Assange: le premier est celui de son arrestation, le deuxième concerne le silence des médias et le troisième le caractère inaudible de sa défense. Je ne les accuse pas de connivence.

La négociation est une stratégie. Mais il faut alors négocier pour l’essentiel: l’intégrité physique et morale du client. Ce n’est pas le cas.

Il suffit de regarder les auditions précédentes, où Julian Assange a démontré des signes de faiblesse énormes. Il a, à plusieurs reprises, eu des difficultés à prononcer son identité ou sa date de naissance, sans parler des difficultés de concentration. 60 médecins ont alerté en novembre dernier sur la situation de Julian, disant qu’ils redoutaient qu’il puisse mourir en prison. Sans parler des craintes de l’Onu. Qu’il s’agisse de torture physique ou psychologique, cela reste de la torture selon la définition des Nations unies.

S’ils n’obtiennent rien et que toute cette affaire termine mal, il faudra se poser la question suivante: «Qu’on fait ses avocats?» Le 13 décembre, une juge britannique a demandé à Gareth Peirce, l’une des avocates d’Assange, si elle souhaitait que son client apparaisse en personne à la Cour le 19 décembre. Elle a refusé. Le tout en sachant que cela lui aurait donné la possibilité de passer plusieurs heures en tête à tête avec Julian Assange. C’est incompréhensible... Il y a aussi des questions que soulève l’entourage de Julian Assange...

Sputnik France: Comme?

Aymeric Monville: Prenons le cas de Renata Avila. C’est une avocate et militante guatémaltèque qui défend Julian Assange et WikiLeaks depuis des années. Elle joue un peu le rôle de porte-parole. Cette dame dirige la «Fondation pour une citoyenneté intelligente», une organisation basée en Amérique du Sud. Cette organisation est soutenue par la fondation Open Society de George Soros, mais également par la National Endowment for Democracy ou Fondation nationale pour la démocratie, qui est une organisation bipartite américaine, souvent accusée d’être un outil de l’impérialisme américain.

​Sputnik France: Le journaliste de Newsweek Tareq Haddad a assuré sur Twitter que Julian Assange semblait en meilleure forme que ce que pouvaient laisser craindre certaines informations. Le fondateur de WikiLeaks va-t-il mieux?

Aymeric Monville: Selon mes informations, il est apparu claudicant et ne semblait pas en grande forme. Il est vrai qu’il avait l’air un peu plus concentré, mais nous sommes loin de parler d’un homme qui a tous ses moyens. Relayer l’information comme quoi Julian Assange va bien serait un mensonge. Je rappelle que nous accumulons les signes alarmistes depuis plusieurs mois. Même le diplomate britannique Craig Murray, connu pour avoir dénoncé les actes de torture de ses propres services secrets –à savoir, le MI6- s’est alarmé du cas de Julian Assange.

Sputnik France: Dans quelle mesure le Brexit pourrait-il impacter le sort de Julian Assange?

Aymeric Monville: Est-ce qu’un Royaume-Uni qui retrouve une certaine souveraineté serait une bonne nouvelle pour Julian? Quand on voit les déclarations de Boris Johnson qui a justifié la surveillance autour d'Assange qui a coûté une fortune aux Britanniques, je m’interroge... D’autant plus que je pense que le Royaume-Uni quitte l’Europe pour renforcer son alliance avec les États-Unis. Ce qui est certain, c’est la nécessité d’alerter l’opinion sur le cas de Julian Assange.

Sputnik France: Le 24 février devrait se dérouler l’audience pleine concernant la possible extradition de Julian Assange aux États-Unis. On semble approcher du dénouement de cette affaire... Qu’a prévu le comité WikiJustice pour venir en aide à Julian Assange?

Aymeric Monville: Nous venons de déposer une troisième demande de libération aux autorités britanniques, ainsi qu’un rapport médical. Et notre rôle est également de faire de la pédagogie auprès du public, car il ne reste plus beaucoup de temps pour agir. Il faut marteler que Julian Assange est innocent, que l’Onu demande sa libération et qu’il est enfermé pour avoir fait son métier de journaliste. Nous sommes obligés de le faire, car la presse Mainstream en parle très peu. Le Monde n’a pratiquement plus parlé d’Assange depuis son arrestation en avril 2019. C’est très symptomatique du sort qui lui est réservé.

 

 

Lire aussi:

Coronavirus: deux nouveaux cas recensés en France
Un garçon de 12 ans laisse son chiot sur le seuil d'un refuge avec une note déchirante - photos
Coronavirus: un premier cas confirmé en Algérie, un citoyen italien
Tags:
Julian Assange, liberté de la presse, liberté d'expression
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook