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Les services de renseignement américains et allemands ont intercepté, des décennies durant, les communications d’une centaine d’États grâce aux dispositifs de chiffrement truqués de la société suisse Crypto AG. Les révélations d’un groupe international de médias a mis l’opinion en émoi.

La CIA et le BND allemand ont espionné d’autres pays pendant des années par le biais de la compagnie de chiffrement suisse Crypto AG, ce qui n’a rien d’étonnant en soi, mais le fait qu’il s’agissait d’une opération conjointe est plutôt surprenant, a déclaré à Sputnik Erich Schmidt-Eenboom, historien des services secrets, qui est impliqué depuis neuf mois dans l’enquête d’un groupe international de médias sur ce vaste programme d'espionnage, connu sous le nom d'«opération Rubicon».

Vue du QG de la CIA à Langley, en Virginie
© CC0 / Carol M. Highsmith / Aerial view of the Central Intelligence Agency headquarters, Langley, Virginia

Une coopération qui surprend

«Il est en effet inimaginable, voire inattendu, qu’un petit service secret allemand et un immense service de renseignement américain aient pu mener ensemble, tout au long de 23 ans, une opération top secret extrêmement efficace», s’est étonné l’interlocuteur de l’agence.

Interrogé sur les raisons pour lesquelles le BND s’est retiré en 1993 de cette opération «extrêmement efficace», l’expert a expliqué qu’«après le scandale impliquant [l’ingénieur Hans, ndlr] Bühler, les médias devenaient de plus en plus informés. Ayant purgé neuf mois de prison en Iran, ce représentant commercial de Crypto AG dans ce pays est revenu en Suisse et a formulé de très sérieuses accusations contre son employeur, ce qui a sensibilisé les médias à travers le monde. […] Une menace de publication concrète […] aurait pu compromettre toute l’opération. […] Et le plus scandaleux, c’est l’espionnage des alliés, notamment du Japon, de la Turquie, de la Belgique, de l’Irlande, de l’Italie et du Vatican.»

Et d’ajouter que surveiller le Proche-Orient, les pays arabes et tous les États méditerranéens d’Afrique du Nord était un travail naturel des services secrets que l’opinion comprenait et acceptait.

Risque d’une grande turbulence politique en Europe

«Néanmoins, si la vérité éclatait au grand jour sur l’espionnage des plus proches alliés, cela provoquerait une grande turbulence politique en Europe. Aussi, la chancellerie a-t-elle décidé de se retirer de cette opération et ce, en dépit de la volonté du BND. Quoi qu’il en soit, la CIA l’a poursuivie sans gêne jusqu’en 2018», a détaillé l’Allemand.

À cette occasion, M.Schmidt-Eenboom s’est référé à Bernd Schmidbauer, ancien coordinateur des services secrets de la chancellerie fédérale, qui a affirmé:

«Oui, nous avons participé à cette opération pour nous en retirer en 1993, mais avant cela, elle a été très et très importante notamment dans la lutte contre le terrorisme international.»

L’affaire Crypto AG

Cette affaire et les documents d'archives secrets révélés continuent de secouer le monde politique. Durant plusieurs décennies, les États-Unis et l’Allemagne parvenaient à déchiffrer des informations cruciales de nombreux pays grâce à la compagnie suisse de cryptographie, qui se trouvait secrètement sous le contrôle de Washington et de Berlin.

Selon les observateurs, plus de 120 pays accordaient leur entière confiance à Crypto AG pour ses équipements de chiffrement, afin de sécuriser la transmission d’informations confidentielles, qu’il s’agisse des communications égyptiennes lors des négociations de Camp David en 1978, de l'évolution de la prise d'otages à l'ambassade américaine de Téhéran entre 1979 et 1981, des messages argentins pendant la guerre des Malouines en 1982 ou de beaucoup d’autres choses encore.

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Tags:
espionnage, Service fédéral de renseignement extérieur allemand (BND), CIA, Allemagne, États-Unis
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