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Les propositions de Jean-Luc Mélenchon au sujet de la Défense sont-elles trop radicales pour lui permettre d’accéder à la magistrature suprême? Si ces positions vont à l’encontre de la doxa, elles peuvent être présidentiables, estiment l’amiral Alain Coldefy, ancien inspecteur général des armées, et Djordje Kuzmanovic, ancien cadre de LFI.

«Nous n’avons rien à y faire [dans l’Otan]», estimait ce 29 novembre dans les colonnes de L’Opinion le premier candidat déclaré à l’élection présidentielle 2022, Jean-Luc Mélenchon.

Le Président du groupe parlementaire La France Insoumise(LFI) a présenté au cours de cet entretien ses positions sur les questions de Défense. Une offensive géopolitique, à deux ans du scrutin.

Depuis 2017, la ligne du candidat malheureux à la dernière élection n’a pas vraiment bougé. Il entretient sa volonté d’indépendance stratégique. Parmi ses principales propositions figurent la sortie de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique Nord), une indépendance vis-à-vis de Washington, mais aussi un réchauffement des relations avec la Russie, ou encore le rétablissement d’une forme de service militaire obligatoire

Sortie de l’Otan: un plafond de verre politique?

Des positions qui ont encore du mal à être acceptées dans l’espace politico-médiatique français. En 2019, Bruno Tertrais, géopoliticien à l’Institut Montaigne, titrait une tribune publiée dans Le Monde «Nous n’avons pas intérêt à la casse brutale de l’Otan». Et il est très loin d’être le seul à tenir cette position. En définitive, en évoquant la sortie de l’Otan, Jean-Luc Mélenchon s’inscrit en rupture avec l’atlantisme prédominant sur plateaux de télévision et dans les couloirs du Quai d’Orsay.

«Oui, c’est un programme de défense présidentiable», juge pourtant l’amiral Alain Coldefy, ancien inspecteur général des armées, au micro de Sputnik, même si celui-ci considère qu’il «serait une erreur politique de sortir de cette alliance politique qu’est l’Otan.»

Celui-ci prédit d’ailleurs que la question de la sortie de l’Otan sera «dans le vent», compte tenu des déclarations de Macron sur sa «mort cérébrale» et du calendrier politique pour les deux ans à venir.

Mélenchon s’appuie sur la «tradition gaullienne d’indépendance»

Une position que partage Djordje Kuzmanovic, président du mouvement République souveraine, et responsable du programme de Défense de Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne présidentielle de 2017.

«Je ne crois pas que cette position sur la sortie de l’Otan constitue un plafond de verre pour un candidat à la Présidentielle», explique l’ancien compagnon de route de Jean-Luc Mélenchon.

Pour lui, le problème est plutôt d’ordre pédagogique:

«C’est une position compliquée à défendre, car les Français ont été habitués par une classe politique à considérer qu’on ne peut pas faire autrement, que la France est trop petite.»

​«Il y a pourtant en France une tradition gaullienne d’indépendance vis-à-vis des États-Unis qui était, et qui est toujours très partagée par la population française. Sur l’Otan, il s’agit d’expliquer comment en sortir, pour quelles raisons», ajoute-t-il.

Blocage au sein de la France insoumise

Mais selon Djordje Kuzmanovic, le frein le plus important pour Jean-Luc Mélenchon sur ces questions régaliennes ne viendra pas de la société française, ou bien même de la classe politico-médiatique:

«Le réel problème de Jean-Luc Mélenchon sera en interne», prédit notre interlocuteur.

Celui qui a quitté LFI pour créer son mouvement, République souveraine, rappelle que certaines des positions de Jean-Luc Mélenchon en matière de Défense ne passent pas auprès de l’aile gauche du parti.

Aussi souligne-t-il que ses désaccords au sein de la France insoumise avaient commencé sur ces questions de Défense nationale et d’indépendance stratégique. En 2017, au sujet du retour du service national obligatoire qu’il défendait, Georges Kuzmanovic a subi les foudres de l’aile gauche du parti, en particulier de David Guiraud, le «porte-parole jeunesse» de la France insoumise.

Au sein de son parti et dans la société, Jean-Luc Mélenchon devra donc se battre sur deux fronts pour amener au sommet de l’État sa vision de la Défense et de l’État régalien. La partie est loin d’être gagnée.

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Tags:
défense, La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon
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