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C’est désormais acté, Juan Guaido n’a plus de légitimité légale ce 5 janvier. En choisissant la voie du boycott des élections législatives du 6 décembre, le Président autoproclamé du Venezuela a laissé le champ libre au Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), celui du président Nicolas Maduro. Ce dernier occupe désormais, avec ses alliés, 256 des 277 sièges du Parlement unicaméral. Reconnu officiellement en janvier 2019 par les États-Unis, la France et une cinquantaine d’autres pays, l’opposant ne peut donc plus se targuer de la présidence de l’Assemblée nationale, pour laquelle il était par ailleurs déjà contesté par une partie de l’opposition même.

Qu’à cela ne tienne: Juan Guaido a rétorqué dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux que «la continuité constitutionnelle du Parlement n’est pas un caprice, c’est un devoir [...] puisqu’il n’y a pas eu d’élection».

​Car l’opposant avait fait adopter le 26 décembre dernier par l’Assemblée nationale sortante un texte assurant la «continuité administrative» de cette même mandature. Comme si la majorité socialiste élue en 2012 en France avait refusé de céder ses sièges en 2017 à la nouvelle majorité LREM. «La continuité (du pouvoir législatif) sera exercée par l’Assemblée nationale élue le 6 décembre 2015», selon le texte. Elle fonctionnera à travers une «commission déléguée jusqu’à ce qu’aient lieu des élections présidentielle et parlementaires libres».

La dernière tentative du Président autoproclamé

Cette continuité «n’a pas de fondements légaux constitutionnels», minimise auprès de l’AFP le politologue Jesus Castillo-Molleda. Ce que confirme pour Sputnik Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’IRIS et à la Fondation Jean-Jaurès, responsable du chapitre consacré annuellement à l’Amérique latine dans L’Année stratégique (Éd. Armand Colin/IRIS).

«La Constitution ne prévoit pas qu’une Assemblée puisse voter sa perpétuation dans le temps, d’autant que les membres de cette institution qui ont voté cette perpétuation ont refusé de participer aux élections […]. Certains arguments de l’opposition sont tout à fait légitimes sur la manipulation institutionnelle des autorités en place, mais elle est elle-même hors des clous constitutionnels.»

Si le spécialiste estime que les conditions des élections législatives du 6 décembre «n’étaient pas démocratiquement parfaites» car le «jeu était très favorable au pouvoir en place», il rappelle que c’était «déjà le cas en 2015». Ce qui n’avait pas empêché l’opposition de remporter ce même scrutin.

Le discrédit de Juan Guaido

Se pose alors la question de l’avenir politique de Juan Guaido, dont la mandature s’est légalement achevée ce 5 janvier 2021. Celui-ci a promis de résister et réfuté toute idée d’exil. Mais en aura-t-il encore les moyens, dépossédé de toute légitimité? Jean-Jacques Kourliandsky n’en est pas certain au vu de l’évolution des rapports de forces au sein de l’opposition vénézuélienne: plusieurs partis politiques et personnalités d’opposition ont en effet participé à ces élections en obtenant certains sièges.

La décision de cette continuité autoproclamée par le Président autoproclamé n’a «pas fait l’unanimité». Un «grand parti vénézuélien», Accion Democratica, l’a contestée. Un autre personnage, bien moins clivant que Guaido, pourrait, selon le chercheur, «débloquer l’opposition vénézuélienne». Il s’agit de Henrique Capriles, patron de Primero Justicia, parti de centre-droit, qui bénéficie d’une certaine «aura». Celui-ci avait «failli gagner» en 2013 l’élection présidentielle face à Nicolas Maduro. Sa prise en main de l’opposition «poserait effectivement le problème de la perpétuation de la vie politique de Juan Guaido», d’autant que son principal soutien international, en la personne de Donald Trump, ne sera plus aux commandes à la Maison-Blanche le 20 janvier, date de l’investiture de Joe Biden.

«Cela aura nécessairement une incidence en Europe et en Amérique latine, auprès de certains pays qui soutenaient Juan Guaido mais qui, derrière lui, relayaient finalement une demande du Président Donald Trump qui n’est plus là.»

D’après le chercheur, ce changement d’administration aux États-Unis permettrait la mise en place d’une «solution de dialogue et de compromis». Des propos confirmés par un article de Bloomberg du 18 décembre selon lequel l’équipe de Joe Biden serait prête à négocier avec le gouvernement de Nicolas Maduro, précisant d’ailleurs que Juan Guaido tenterait depuis plusieurs semaines, en vain, de joindre le Président démocrate. Jean-Jacques Kourliandsky note ainsi les déclarations de la diplomatie européenne, représentée par Josep Borrell, laissant entrevoir «des initiatives prises en coordination avec le nouveau dirigeant des États-Unis». Les changements électoraux récents en Amérique latine, au Mexique, en Bolivie et en Argentine sont également de nature à accepter la négociation avec Caracas.

Des débats «surréalistes»

Mais le spécialiste de l’Amérique latine tente de remettre en perspective ces jeux de pouvoir alors que la population vénézuélienne souffre d’une grave crise socio-économique et d’une inflation record (+4.000% en un an). Le soir du 6 décembre, soit le jour des élections, 32 Vénézuéliens sont «morts noyés» en tentant de partir dans une embarcation précaire en direction de Trinité-et-Tobago.

«C’est le reflet de la situation générale du Venezuela, dans laquelle une majorité de Vénézuéliens cherche une sortie à ces difficultés non pas par la voie électorale, ni d’ailleurs par la voie des armes. Elle ne fait plus confiance au gouvernement ni à l’opposition et essaie de trouver fortune et survie à l’extérieur du pays.

Migrantes venezolanos en la frontera entre Ecuador y Perú
© AP Photo / Martin Mejia
Migrants vénézuéliens à la frontière entre l'Equateur et le Pérou
Ainsi ces débats politiques s’avéreraient en définitive «un peu surréalistes», alors que plus de 5 millions de Vénézuéliens se sont réfugiés à l’étranger.

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Actualités, Opinion, International, Juan Guaido, Nicolas Maduro, Joe Biden, Donald Trump, élections législatives, Venezuela, États-Unis
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