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Des voix s’élèvent au plus haut niveau de l’appareil de Défense en Israël pour convaincre le Premier ministre Netanyahou de ne pas s’opposer à Washington sur le nucléaire iranien et de favoriser l’approche diplomatique. Pour Gil Mihaely, spécialiste de la politique israélienne, ces efforts relèvent pourtant du coup d’épée dans l’eau. Explications.

«Il y a 2.500 ans, un oppresseur persan a tenté de détruire le peuple juif, et tout comme il a échoué à l’époque, vous échouerez aujourd’hui […] Nous n’avons pas fait un voyage de plusieurs milliers d’années pour retourner en Terre d’Israël afin de permettre au régime délirant des ayatollahs de terminer l’histoire de la renaissance du peuple juif», a prévenu ce mardi Benyamin Netanyahou lors d’un service commémoratif pour la bataille de Tel Hai en 1920.

Et pour empêcher les ambitions supposées de destruction d’Israël par un Iran doté de la bombe nucléaire, le Premier ministre israélien est convaincu qu’il faut définitivement enterrer l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 à Vienne.

«Israël croit que le retour à l’ancien accord ouvrira la voie à un arsenal nucléaire pour l’Iran. Israël est en contact étroit avec les États-Unis sur cette question», indiquaient le 19 janvier les services de Benyamin Netanyahou.

Cette ligne, le dirigeant israélien la défend dur comme fer depuis les premières négociations sur Plan d’action global commun (PAGC, JCPoA en anglais) il y a six ans. Le chef d’État était même allé s’adresser directement au Congrès américain, court-circuitant le Président Obama, pour défendre cette position.

L’ex-chef du Mossad prône le retour US dans l’accord de Vienne

Pourtant, elle est ne fais pas l’unanimité en Israël. Et ce, au sein même des plus hauts niveaux de l’appareil de Défense israélien: un groupe d’anciens responsables qui étaient aux postes les plus importants de l’État-major et des renseignements israéliens sont ainsi montés au créneau ce 22 février.

 Ils ont transmis au bureau du Premier ministre une lettre exprimant leur soutien à la démarche américaine. Parmi eux, on retrouve Matan Vilnai, ancien chef d’État-major adjoint, Tamir Pardo, ancien directeur du Mossad, le général haut-gradé Nitzan Alon ou encore Eli Levite, ancien directeur général adjoint à la Commission de l’énergie atomique israélienne.

Eux «se félicitent de l’initiative américaine visant à amener l’Iran à suivre à nouveau de manière transparente les lignes directrices de la JCPoA, pour autant qu’elle comporte un engagement iranien à respecter la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies» concernant le développement de missiles balistiques, indique la lettre.

​Matan Vilnai: «La menace iranienne est réelle et ne doit pas être prise à la légère. Nous le voyons comme une menace pour la paix du monde entier. Nous sommes parvenus à la conclusion que le processus diplomatique vis-à-vis de l’Iran doit être épuisé. Le Président Biden aime Israël et entend agir en notre faveur.»

Le premier objectif doit donc être de ramener Téhéran à la conformité et ensuite de travailler sur un accord de suivi qui comblerait les lacunes du PAGC, ont-ils expliqué.

Gil Mihaely, directeur de la publication des revues Causeur et Conflits, spécialiste de la politique israélienne, note pourtant que les signataires de la lettre transmise à Netanyahou «représentent l’ancien consensus

«Il y a dix ans déjà, lorsque Netanyahou voulait frapper l’Iran directement, l’ancien chef du Mossad, Meïr Dagan, avait menacé le Premier ministre et le ministre de la Défense de présenter sa démission», rappelle-t-il.

Un épisode qui reflète le fait «qu’au plus haut de l’appareil politico-militaire israélien, il y avait un désaccord très profond.» L’accord sur le nucléaire iranien de 2015 avait été «accueilli plutôt favorablement par une partie de l’appareil de Défense israélien. Il y avait un consensus que l’accord était un moindre mal.»

Netanyahou en pleine préparation pour de nouvelles législatives

Depuis, les «choses ont évolué» autour du Premier ministre israélien.  

«Après plus de dix ans au pouvoir, Benyamin Netanyahou a nommé suffisamment d’individus à des postes clés pour qu’il soit entouré de gens qui pensent comme lui sur cette question, même s’il existe toujours des voix divergentes.»

Une affirmation à nuancer au niveau politique, puisque même dans son cercle le plus rapproché, certaines voix dissidentes se font encore entendre. Benny Gantz et Gabi Ashkenazi, respectivement ministre de la Défense et ministre des Affaires étrangères, seraient selon le Jérusalem Post, favorables à une approche moins frontale avec Washington.

«Netanyahou est sincèrement et profondément convaincu du fait que les Iraniens trichent sur le nucléaire. Et s’il n’y a pas de preuves aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’il n’y en a pas, mais c’est parce qu’on n’en a pas trouvé. Pour lui, les Américains et les Européens privilégient cette ligne diplomatique avec l’Iran, car ils n’auraient pas à subir directement les conséquences de cette erreur», explique Gil Mihaely.  

Heureux hasard, cette conviction réelle du chef d’État israélien coïncide parfaitement avec les attentes de sa base électorale. À précisément un mois de nouvelles élections législatives en Israël, les quatrièmes en deux ans, difficile de le voir changer sa position.

«Pour Netanyahou, ce positionnement est gagnant-gagnant, car il en tire un profit politique, bien que ce ne soit pas la raison. Ce positionnement le met en ballotage favorable pour les élections législatives à venir, car sa base le soutiendra sur ce dossier. Ses convictions sincères lui donnent des arguments politiciens extraordinaires vis-à-vis de son électorat», souligne le directeur de la publication des revues Causeur et Conflits.  

«Que d’anciens hauts fonctionnaires soient contre lui, c’est du pain béni, ça lui permettra de pointer du doigt les élites qui sont contre lui», conclut-il.

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Mossad, Benjamin Netanyahou, Joe Biden, accord de Vienne sur le nucléaire iranien (2015), Israël
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