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Commentant ce jeudi les relations Turquie-UE, aggravées par le récent scandale protocolaire baptisé «sofagate», le secrétaire d’État aux Affaires européennes Clément Beaune affirme ne pas voir de perspectives à l’entrée d’Ankara dans l’UE. Celle de Kiev n’est d’ailleurs pas non plus une option «sérieuse», selon lui.

Au micro de Radio J ce 15 avril, le secrétaire d’État aux Affaires européennes Clément Beaune fait part de la position française concernant la perspective de l’adhésion à l’UE de la Turquie, candidate depuis 1987. Selon lui, un tel scénario est «largement fictif».

«Il y a une discussion qui n’avance pas et, dans le contexte actuel, on voit bien qu’il n’y a aucune perspective de cette nature», annonce le diplomate en répondant à la question du journaliste Christophe Barbier qui cherchait à savoir si l’entrée d’Ankara dans l’UE était toujours «une affaire vivante» ou «définitivement close».

«Je crois qu’il faut assumer que c’est très largement fictif», estime l’homme politique.

Un tel état des choses n’exclut pourtant pas des «partenariats» avec Ankara, précise-t-il.

«Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas avoir de partenariats, des discussions, si les circonstances le permettent, et on voit aujourd’hui à quel point c’est difficile avec la Turquie», fait savoir le responsable.

«S’élargir c’est une erreur»

D’après Clément Beaune, maintenant les 27 doivent plutôt se concentrer sur eux-mêmes.

«Je crois que croire, de manière générale d’ailleurs, que l’Union européenne va encore et encore s’élargir c’est une erreur et c’est une faute, parce que l’on a besoin de consolider notre Union et de l’améliorer», explique-t-il avant de faire comprendre que l’option de la future intégration de l’Ukraine n’est pas non plus sur la table.

«On peut avoir de bonnes relations avec l’Ukraine, on peut soutenir l’Ukraine, on le fait notamment dans la situation difficile actuelle avec la Russie, mais cela ne veut pas dire "adhésion". Je crois que ce n’est pas une perspective sérieuse», explique-t-il à Radio J.

Pour rappel, à ce jour cinq pays sont officiellement candidats pour intégrer l’UE: la Turquie et quatre pays des Balkans, à savoir le Monténégro, la Serbie, l’Albanie et la Macédoine du Nord.

Des sanctions pour le «sofagate»?

La relation entre Bruxelles et Ankara a encore une fois fait parler d’elle sur fond de visite de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et du président du Conseil européen Charles Michel dans la capitale turque le 6 avril. Un couac diplomatique s’est produit lors de la réception des hauts responsables de l’UE par Recep Tayyip Erdogan, quand Mme von der Leyen a dû s’asseoir non pas à coté de Charles Michel sur un fauteuil, mais sur un sofa, en retrait.

Réagissant le 11 avril au micro de RTL-Le Figaro-LCI, M.Beaune a déclaré qu’en mettant un seul fauteuil en face du dirigeant turc, la Turquie a «tendu un piège» protocolaire à l’UE. Cette fois-ci, Christophe Barbier voulait savoir si cet incident pouvait entraîner d’éventuelles sanctions à l’encontre d’Ankara.

«On va pas prendre des sanctions pour ça», tranche ce 15 avril M.Beaune au micro de Radio J.

«Le "sofagate" c’est un signal […] de plus d’une forme d’agressivité là aussi, de provocation peut-être. Il ne faut pas résumer notre relation avec la Turquie à ça. Il faut en tirer les leçons pour nous-mêmes», déclare-t-il.

«Moi, je veux que l’Europe soit forte sur le fond et ne laisse pas faire des symboles qui font mal», lance-t-il tout en reconnaissant que «ce n’est pas ça» qui va «déterminer» l’agenda avec la Turquie.

Selon le secrétaire d’État aux Affaires européennes, d’éventuelles nouvelles sanctions à l’égard de la Turquie doivent être décidées en fonction de l’analyse de gestes «d’apaisement» ou «d’agressivité» de la part d’Ankara.

«Nous avons nous, la France, demandé qu’au sommet européen du mois de juin, il y ait un nouveau rendez-vous pour dire est-ce que la Turquie se moque de nous et continue dans une forme d’agressivité, au-delà de ces symboles, en Méditerranée, en Libye, en Syrie etc. ou est-ce qu’elle a fait plutôt des gestes d’apaisement, parce que heureusement il y en a quelques-uns: de retrait de bateaux en Méditerranée, de reprise de discussion sur Chypre», expose-t-il en promettant de faire «l’équilibre» entre ces différents signaux et être prêt à la fermeté «s’il le faut».

Le long chemin de la Turquie vers l’UE

Candidat à l'adhésion depuis 1987, Ankara a été officiellement reconnu comme tel par Bruxelles lors du Conseil européen d'Helsinki en 1999. Les négociations officielles ont commencé en 2005. L’idée de l’accélération du dialogue au sujet de l’entrée était présente dans le pacte migratoire UE-Turquie de mars 2016. Cependant, elle semble être assez vite passée à la trappe, notamment suite au coup d’État manqué en Turquie en juillet 2016.

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Tags:
Clément Beaune, Union européenne (UE), Turquie
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