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Escalade des tensions entre Israël et Palestine – mai 2021 (70)
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Pas de trêve à l’horizon entre le mouvement islamiste Hamas et Tel-Aviv. Les échanges de tirs entre la bande de Gaza et Israël se poursuivent. Plus de vingt-cinq personnes ont déjà perdu la vie à la suite de ces frappes. Pour le politologue franco-syrien Bassam Tahhan, Israël joue un jeu dangereux.

La dernière fois que les frappes israéliennes sur Gaza avaient été aussi intenses, c'était en novembre 2019. Depuis le 7 mai et les heurts qui ont opposé des Palestiniens à la police israélienne sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, un secteur palestinien de la ville illégalement occupé et annexé par Israël selon le droit international, la situation ne cesse de s’envenimer.

​Le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, et l’État hébreu se rendent coup pour coup. Le 10 mai, le parti islamiste avait brandi la menace d’une escalade militaire si les forces israéliennes ne se retiraient pas de l'esplanade des Mosquées. Bien mieux équipé que son ennemi, Tsahal a répondu aux roquettes palestiniennes en frappant 130 cibles militaires dont la majorité appartient au Hamas, selon Jonathan Conricus, porte-parole de l'armée israélienne.

 «La phase initiale» de la riposte

Côté bilan, le ministère de la Santé à Gaza assure qu'au moins 28 Palestiniens ont perdu la vie parmi lesquels dix enfants. De plus, 125 blessés seraient à dénombrer. Le Jihad islamique*, groupe armé actif côté palestinien, a déclaré que deux de ses commandants figuraient parmi les victimes. La partie israélienne affirme, quant à elle, avoir éliminé quinze membres du Hamas et du Jihad islamique*. Deux Israéliennes ont été tuées à Ashkelon et une trentaine de personnes blessées principalement dans cette ville, selon les secouristes israéliens.

​Voici à quoi ressemblait le barrage vers Ashkelon il y a quelques minutes.

Et la violence risque de s’accroître. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a pris ce 11 mai la décision d’«intensifier» les attaques contre le Hamas. «Nous sommes dans la phase initiale de notre riposte contre des cibles militaires à Gaza», a précisé le lieutenant-colonel Jonathan Conricus. Selon lui, les roquettes tirées depuis le territoire palestinien représentent «une agression grave à l'encontre d'Israël, à laquelle [nous] ne pouvons pas ne pas répliquer».

​L’escalade semble d’autant plus inéluctable que «les Palestiniens disposent de missiles plus puissants que les roquettes qu’ils ont utilisées jusqu’à maintenant», nous explique le géopolitologue franco-syrien Bassam Tahhan.

«L’armement dont disposent les groupes armés de la bande de Gaza est plus avancé que celui des houthis du Yémen, qui possèdent pourtant des missiles balistiques. Reste qu’attaquer directement Israël avec de tels moyens serait critique. Cela explique que, pour le moment, les Palestiniens ont répliqué avec mesure», juge notre interlocuteur.

L’armée de l’État hébreu assure que, depuis le 10 mai, des centaines de roquettes ont été tirées depuis Gaza. La très grande majorité d’entre elles a été interceptée par le Dôme de fer, le système de défense israélien. De nombreuses autres roquettes sont tombées dans… la bande de Gaza. Benny Gantz, ministre israélien de la Défense, a d’ores et déjà approuvé une demande de l'armée de mobiliser 5.000 réservistes.

​Signe de la tension ambiante, Bassam Tahhan note que «des abris anti-bombes ont été ouverts dans plusieurs villes israéliennes et des écoles fermées». Au matin du 11 mai, la situation était toujours précaire dans les villes israéliennes situées près de Gaza, où les hurlements stridents des sirènes d'alarme déchiraient le ciel sans relâche.

Ashkelon, aujourd'hui.

La branche armée du Hamas a promis de faire d’Ashkelon un «enfer» si les frappes israéliennes faisaient des victimes civiles à Gaza. «Les Palestiniens finiront par gagner», a assuré quant à lui le chef du mouvement islamiste, Ismaël Haniyeh.

Bassam Tahhan souligne que, «pour la première fois», le Hamas, le Jihad islamique* et les autres groupes islamistes de Gaza sont d’accord. «Il faut également noter que "les Arabes de 48", ceux qui sont restés en Israël, ont massivement manifesté leur soutien aux Palestiniens», poursuit-il. Et d’ajouter: 

«Netanyahou est en train d’unifier le peuple palestinien de Gaza, de Jordanie et d’Israël.»

Le Premier ministre israélien s’est montré ferme le 10 mai, assurant qu’«Israël réagira avec force [...], celui qui attaque en paiera le prix fort». «Je vous le dis, citoyens d'Israël, le conflit actuel pourrait durer un certain temps», a-t-il prévenu.

​Pour l’arabiste interrogé par Sputnik, l’attitude de Benyamin Netanyahou s’explique en partie par ses ennuis judiciaires. Le chef du gouvernement est accusé de corruption, de fraude et d’abus de confiance dans trois affaires: «Il monte en épingle ce conflit et essaie de démontrer aux plus radicaux des Israéliens qu’il n’a pas peur de répondre par la force et de donner une leçon aux Palestiniens.»

«C’est une erreur. On voit bien que nous assistons au début d’une levée de boucliers à l’international», ajoute Bassam Tahhan.

S’il regrette notamment «l’attitude molle» des Américains, auxquels il reproche de ne pas intervenir davantage, le premier maître de conférences d’arabe à l’École polytechnique note qu’Amnesty International a fustigé un usage «abusif» de la force par la police israélienne pour disperser «des manifestants palestiniens en grande partie pacifiques» lors des accrochages à Jérusalem-Est.

«Démonstration de force au prix du sang d'enfants»

De plus, des sources diplomatiques ont affirmé le 10 mai à l'AFP que l'ONU, avec l'aide du Qatar et de l'Égypte, avait tenté une médiation auprès des parties «concernées» afin de susciter une désescalade. Le lendemain, l’organisation onusienne s'est dite «profondément inquiète» de la situation.

​Quant au secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, il a qualifié les raids d’«irresponsables, motivés par une volonté de revanche et des calculs politiques». Il y voit une «démonstration de force au prix du sang d'enfants».

© AFP 2021 MAHMUD HAMS
Israël bombarde la bande de Gaza

Bassam Tahhan note également que les pays arabes, comme les Émirats arabes unis ou Bahreïn, qui ont signé un accord de paix avec Israël, se retrouvent «en porte-à-faux». «Il y a de l’eau dans le gaz. Ils viennent de signer la paix avec Israël et se retrouvent déjà dans une posture peu commode et dans l’embarras», explique-t-il.

De son côté, le Hezbollah semble rester en embuscade. Bassam Tahhan ne croit pas à son intervention:  

«Cette guerre ne favorise guère les négociations iraniennes sur le dossier nucléaire. Ce qui se passe est mauvais pour Téhéran, qui ne peut pas intervenir directement malgré son soutien affiché aux Palestiniens.»

Mais l’islamologue voit du positif à long terme pour l’Iran et ce qu’il nomme «le croissant chiite». Selon lui, les événements pourraient pousser les Palestiniens, bien que sunnites, à rejoindre l’axe chiite.

«Israël se retrouve en tenaille avec, au nord, les 150 à 200.000 missiles du Hezbollah et, à l’ouest, Gaza qui évolue sans cesse au niveau balistique. Les chiites pourraient bien rallier davantage de territoires dans leur "axe de la résistance". C’est dans cette optique que l’Iran a toujours aidé ou soutenu le Hamas et le Jihad islamique*», conclut-il.

* Organisation terroriste interdite en Russie.

Dossier:
Escalade des tensions entre Israël et Palestine – mai 2021 (70)

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Benjamin Netanyahou, Hamas, conflit israélo-palestinien, guerre, Palestine, Palestiniens, Israël
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