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«M.Boukadoum a été reçu avec tous les égards dus à son rang et plus encore grâce aux liens étroits entre les deux pays, historiquement amis, et leurs excellentes relations bilatérales», a déclaré à Sputnik une source diplomatique algérienne en réaction aux rumeurs colportées par Algérie Part attestant du contraire.

Lundi 27 juillet, le site d’information Algérie Part a publié un article dans sa rubrique Confidentiel intitulé: «Malaise au sein du renseignement extérieur [algérien, ndlr] et probable retour de Bendaoud». Le rédacteur de l’article affirme que le ministre algérien des Affaires étrangères Sabri Boukadoum a été mal reçu en Russie lors de sa visite les 21 et 22 juillet à Moscou. La raison, selon l’auteur: «les Russes n’apprécient particulièrement pas les relations troublantes entretenues récemment entre les services algériens et les services secrets turcs dans le dossier libyen».

Ainsi, «la colère de la Russie a eu l’effet d’une bombe à Alger car le régime algérien tient tout particulièrement à conserver des relations privilégiées» avec Moscou, ajoute l’article. Or, le Président Abdelmadjid Tebboune et son ministre Boukadoum «ont été très mal orientés par les rapports de la Direction générale de la documentation et de la décurité extérieure (DGDSE)», précise-t-il. Et de souligner que «les responsables du renseignement extérieur sont depuis quelques jours dans le collimateur» de la présidence algérienne.

«Il n’en est rien!»

En effet, contactées par Sputnik, des sources diplomatiques aux faits du déroulement de la visite du chef de la diplomatie algérienne à Moscou sont unanimes: les allégations rapportées par Algérie Part sont des «mensonges aussi outranciers que vulgaires». Elles assurent que la rencontre s’est passée dans un climat fraternel et fructueux pour les deux parties, que «le partenariat stratégique algéro-russe sur tous les plans, tant politique, militaire, diplomatique qu’économique est plus que jamais au beau fixe».

Une autre source haut placée au ministère algérien des Affaires étrangères confirme à Sputnik que les relations entre l’Algérie la Russie «sont excellentes et la coopération sur tous les sujets est à son plus haut niveau de symbiose». Elle rappelle que la visite de Sabri Boukadoum à Moscou est intervenue «après la rencontre entre les deux Présidents, Vladimir Poutine et Abdelmadjid Tebboune, à Berlin lors de la conférence internationale sur la Libye, mais aussi à leur entretien téléphonique du 13 juillet».

Soulignant que le chef de l’État algérien a été officiellement invité par son homologue russe à visiter son pays, la même source affirme que «M.Boukadoum a été reçu avec tous les égards dus à son rang et plus encore grâce aux liens étroits entre les deux pays, historiquement amis, et leurs excellentes relations bilatérales».

«Une manipulation des services de renseignement français»

L’article d’Algérie Part intervient alors que les tensions sont vives entre la France et la Turquie sur le dossier libyen. En effet, Emmanuel Macron «l’a accusée de responsabilité criminelle et historique en Libye». L’incident en Méditerranée entre la frégate française Courbet, en mission officielle de l’Otan pour faire respecter l’embargo sur les armes, et les forces navales turques qui se sont opposées au contrôle d’un bâtiment tanzanien soupçonné d’en transporter vers la Libye, rend bien compte de cette situation de tensions entre les deux pays membres de l’Otan.

Dans un entretien accordé à Sputnik, l’ex-colonel des services de renseignement algériens et expert dans les questions sécuritaires et de défense, Abdelhamid Larbi-Chérif, considère que l’article d’Algérie Part est une «tentative des services de renseignement français pour porter atteinte à la DGDSE, tentant de discréditer son actuel chef, le général-major Mohamed Bouzit, nommé par le Président Abdelmadjid Tebboune».

«L’actuel patron de la DGDSE est un fin connaisseur des dossiers libyen et du Sahel, et complètement intraitable sur tout ce qui touche à la sécurité de l’Algérie», poursuit l’ex-colonel qui précise que le site d‘information en question domicilié en France «est contrôlé conjointement par les services de renseignement marocains et français». «Les Français cherchent quelqu'un qui travaillera pour eux et l'actuel directeur de la DGDSE ne les arrange pas», ponctue-t-il.

Le général-major Abdelhamid Bendaoud a été nommé à la tête de la DGDSE le 13 mars 2019 par l’ex-Président déchu Abdelaziz Bouteflika, puis limogé de son poste quelques semaines après par feu le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP). Le général Bendaoud a travaillé sous les ordres du général de corps d’armée Mohamed Lamine Mediene, dit Toufik, patron des services algériens DRS durant 25 ans, actuellement en prison pour «complot et atteinte à la sécurité de l'État». Il a notamment dirigé les bureaux de sécurité à Paris et Genève. 

«Il a travaillé pendant plusieurs années avec des hauts responsables sécuritaires et politiques français. Bendaoud disposait d’un large réseau au sein des milieux les plus influents de la presse française. Bendaoud est apprécié également par la DGSE et même des conseillers au sein de l’Élysée», a écrit le site d’information français Maghreb Intelligence.

Quid de la coopération algéro-turque?

Commentant la présumée collaboration rapprochée entre les services algériens et turcs concernant la Libye qui, selon Algérie Part, a mis en colère la Russie, le colonel Larbi Chérif est catégorique:

«L’intervention turque en Libye constitue un grave danger pour l’Algérie et tous les pays du voisinage, notamment à cause des milliers de terroristes et de mercenaires qu’elle a acheminés depuis la Syrie et d’Irak», expose-t-il. Et de s’interroger: «Quel intérêt l’Algérie a-t-elle à sacrifier ses relations stratégiques avec la Russie? Pour faire plaisir aux Turcs?».

«Comme si les Turcs, les plus importants alliés d'Israël, sont capables de sacrifier leurs intérêts au sein de l’Otan au profit de l’Algérie. Même pas en rêve! Et la participation de la Turquie à la destruction de la Libye en 2011 sous l’égide de l’Otan et l’instigation française le prouve bien», conclut-il.

Alger estime que le conflit libyen nécessite une solution politique pacifique conformément aux «principes de la conférence de Berlin à laquelle ont pris part l’Algérie ainsi que toutes les parties libyennes», a déclaré le ministre des Affaires étrangères Sabri Boukadoum lors d’un entretien accordé à RT Arabic à Moscou.

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France, Turquie, Armée nationale libyenne (ANL), Haut conseil d'État libyen, crise libyenne, Libye, relations diplomatiques, relations bilatérales, relations économiques, relations publiques, Russie, Algérie
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