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Fortement touché par l’épidémie, l’Iran lance sa campagne de vaccination. Sur fond de tensions avec les États-Unis et alors que les élections présidentielles approchent, Téhéran attend beaucoup des vaccins russes et chinois pour être en position de force, estime l’ancien directeur d’une grande entreprise pharmaceutique basée à Téhéran.

Malgré les sanctions américaines, la campagne de vaccination a bel et bien commencé en Iran avec le vaccin Spoutnik V.

Dans un premier temps, la Russie a fourni 500.000 doses aux autorités iraniennes. La vaccination a commencé simultanément dans 635 hôpitaux en Iran. Le personnel médical est le premier à être vacciné, avant l’arrivée de nouvelles doses les 18 et 28 février prochain. Fortement touché par l’épidémie du coronavirus, avec plus de 58.000 décès, le pays attend beaucoup de cette campagne. L’économie du pays, déjà exsangue en raison des sanctions américaines, a littéralement été paralysée en 2020.

Les autorités de la République islamique d’Iran ont longtemps tergiversé entre la production d’un vaccin local et l’achat à étranger, pour finalement commander le vaccin russe, nous explique l’ancien directeur d’un groupe médical international en Iran. La population reste méfiante, tant les politiques auraient dit tout et son contraire sur la situation:

«Cette pandémie a surtout renforcé le manque de confiance du peuple à l’égard des élites», explique notre interlocuteur iranien, qui préfère rester anonyme.

Malgré les dires des autorités iraniennes sur l’interdiction de se fournir auprès de l’Occident, Téhéran a finalement changé peu à peu de stratégie, poursuit-il. Le régime des mollahs a décrété qu’il n’importerait pas de vaccins venant des États-Unis ou de Grande-Bretagne, mais qu’il pourrait importer un vaccin anglo-saxon s’il provenait d’un autre pays. «C’est purement politique», résume notre source: Pfizer possède en effet une usine de production en Belgique, et AstraZeneca produit également en Inde ou en Corée. L’Iran envisageait donc simplement d’empêcher toute transaction directe avec Londres ou Washington.

Non aux vaccins anglo-saxons, «c’est purement politique»

Du côté de Washington, le ton a évolué. L’Administration Trump, pourtant réputée anti-iranienne, avait donné son aval à Téhéran pour une transaction financière complexe. En décembre dernier, l’Iran avait en effet transféré des fonds sur un compte en suisse pour obtenir le vaccin américain. Dans cet imbroglio américano-iranien, difficile de démêler le vrai du faux, mais une chose est sûre: ce sujet préoccupe les deux pays.

Cette campagne de vaccination semble à haut risque pour le gouvernement iranien, alors que l’élection présidentielle de juin prochain est dans toutes les têtes. Après les deux mandats de Hassan Rohani, les Iraniens devront élire un nouveau Président en juin prochain. Ainsi le début de la campagne est-il un défi crucial pour les modérés aujourd’hui au pouvoir, qui doivent impérativement réussir s’ils ne veulent pas être délogés par les conservateurs, nous explique notre interlocuteur expatrié en Iran.

«Les modérés au pouvoir avaient été critiqués après avoir reçu environ quatre millions de doses du vaccin AstraZeneca via Covax. L’Iran frappe à toutes les portes.»

En effet, l’Iran a commandé un peu plus de 17 millions de doses auprès du dispositif Covax. Ce collectif international vise à fournir des doses de vaccins aux pays les plus défavorisés. Parmi ces doses commandées, environ 4,2 millions ont été reçues du groupe anglo-suédois AstraZeneca, les autres devant arriver courant février. Mais cela ne saurait suffire pour un ce pays de 80 millions d’habitants, alors Téhéran s’active.

Vaccins, sanctions et Présidentielles: en Iran, tout est lié

De nombreuses rencontres bilatérales ont lieu entre Iraniens et Russes, nous confirme notre interlocuteur. Les autorités médicales iraniennes sont en effet en pleine discussion pour fabriquer le vaccin Spoutnik V en Iran.

De surcroît, le gouvernement iranien multiplie l’élaboration de projets médicaux avec plusieurs pays: avec la Russie donc, mais aussi avec Cuba, et deux autres avec la Chine, nous apprend le professionnel de l’industrie pharmaceutique. Néanmoins, en dépit de toutes les bonnes volontés de la part de l’Iran, sans l’arrêt des sanctions, «ces projets resteront à la phase de conception.»

Vaccins américains, «une monnaie d’échange» avec Téhéran?

Dès son arrivée à la Maison-Blanche, Joe Biden a fait du nucléaire iranien sa priorité en politique étrangère. Or, à ce jour, les discussions n’avancent pas. Chaque parti campe sur ses positions initiales. Les États-Unis veulent un retour de l’Iran dans la configuration prévue par l’accord –notamment en termes d’enrichissement de son uranium– avant de mettre fin aux sanctions, tandis que l’Iran veut la fin des sanctions avant de renégocier l’accord sur le nucléaire.

Washington est donc en difficulté sur ce dossier, et tente d’ouvrir de nouvelles pistes. Ainsi multiplie-t-il ses efforts et les gestes à l’égard de Téhéran. Depuis le 6 février dernier, les Houthis, milice chiite yéménite alliée à l’Iran, ne sont plus considérés comme organisation terroriste. Les Américains ont également suspendu la vente d’armes aux concurrents de l’Iran dans le Golfe, réduisant de facto la pression sur Téhéran.

Dans ce contexte, les vaccins américains peuvent être considérés «comme une monnaie d’échange» en vue des futures négociations, estime l’ancien directeur d’un groupe médical international en Iran. Mais le vaccin russe pourrait donc priver Washington d’un tel levier:

«Si le vaccin russe s’avère efficace dès la première campagne de vaccination, l’Iran a tout à gagner. Il pourra renforcer sa position avant le début des négociations sur le nucléaire», explique notre source.

Malgré tout, les sanctions ont empêché l’Iran de produire son propre vaccin et continueront d’impacter durement l’industrie médiale et pharmaceutique du pays. En pratique, il lui est impossible de se doter d’un matériel médical efficace. Et plus généralement, développer, investir, et inversement bénéficier d’investissements reste ardu pour le pays. Encore aujourd’hui, les transactions avec la Chine sont restreintes à cause des intimidations économiques américaines, explique l’ancien directeur iranien.

Pourtant, malgré l’asphyxie de l’économie de la République islamique, les sanctions pourraient bien être contre-productives pour Washington. En déstabilisant le gouvernement actuel, tenu par les modérés

«les sanctions font le jeu des conservateurs pour les prochaines élections», estime notre interlocuteur.

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Covid-19, Russie, Iran
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