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Alors que la Hongrie a achevé ce week-end la construction d'une clôture composée de fils de fer barbelés à sa frontière avec la Serbie, l'UE semble enfin prendre la mesure du problème posé par les migrants et les réfugiés. Analyse de Julien Lathus.

L'annonce d'une réunion entre les ministres de l'Intérieur de l'UE pour le 14 septembre prochain démontre l'urgence de définir une position à adopter face à des flux de plus en plus importants.

Ce samedi 29 août, la Hongrie a fini la construction une clôture de quatre mètres de haut tout le long des 179 kilomètres de frontière qu'elle partage avec la Serbie. Il s'agit pour la Hongrie de répondre face aux 140.000 migrants qui ont traversé la frontière depuis le début de l'année. Toutefois, cette solution controversée ne semble pas décourager ceux qui tentent de rejoindre l'UE en passant sous la clôture ou en la contournant par la Roumanie.

Pour le premier ministre hongrois, Viktor Orban, cette barrière a été érigée pour protéger l'Europe des migrants. "L'immigration illégale est liée au terrorisme et entraîne un accroissement de la criminalité, dont des viols et du chômage. L'Europe doit rester aux Européens" justifiait-il fin juillet, au moment où la construction de la clôture débutait.

Cette clôture, à l'efficacité douteuse n'est pas du goût des certains politiciens européens. Scandalisé par ce "mur", le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius a rappelé dimanche que "la Hongrie fait partie de l'Europe, que l'Europe a des valeurs et que l'on ne respecte pas ces valeurs en posant des grillages".

A l'annonce du projet hongrois en juin dernier, la Commission européenne avait exprimé ses réticences en indiquant que l'Europe avait abattu ses murs il y a peu de temps et qu'il ne fallait pas en construire d'autres. "Les États membres ont la responsabilité de gérer leurs frontières, c'est à eux de s'assurer que leurs frontières extérieures soient sécurisées. Toutefois, toute mesure doit être conforme aux règles européennes et aux obligations internationales en matière d'accueil des demandeurs d'asile et de réfugiés ainsi qu'avec le principe humanitaire de non refoulement" soulignait Natasha Bertaud, porte-parole de la Commission.

La construction de cette clôture ainsi que l'émotion suscitée en fin de semaine dernière par la découverte sur une autoroute autrichienne d'un camion contenant les corps de 71 réfugiés ont fini par décider les dirigeants européens d'une mobilisation d'urgence. A l'appel de Berlin, Londres et Paris, les ministres de l'intérieur de l'UE se réuniront le 14 septembre prochain afin de trouver des solutions face à cette crise migratoire.

Les gouvernements français et italiens se sont prononcés pour une action rapide en faveur de l'octroi de l'asile des réfugiés. "L'obtention d'un droit d'asile européen sera la bataille des prochains mois", a déclaré le président du conseil italien Matteo Renzi. Le Luxembourg, qui assure la présidence tournante de l'UE a précisé que l'ordre du jour de la réunion à venir concernera également la politique de retour, la coopération internationale et des mesures visant à lutter contre les réseaux de passeurs.

En attendant, sur le terrain, à la frontière entre la Hongrie et la Serbie, entre 2.000 à 3.000 migrants parviennent à rejoindre la Hongrie en dépit de la clôture de barbelés et de la présence policière de 1000 hommes accompagnée de chiens déployée tout le long. Un renfort de 2.000 autres est prévu pour le 5 septembre prochain.

Près de 75 % de ces migrants arrivent de Syrie, d'Irak et d'Afghanistan dont ils fuient la guerre. Pour eux, qui ont connu la destruction, les bombardements et le sang, cette clôture ne représente pas une grande barrière même si le gouvernement de Viktor Orban a laissé entendre que le pays pourrait avoir recours à l'armée pour la défense de ses frontières.

La construction de cette clôture vient s'ajouter au plus de 20.000 kilomètres de murs et de clôtures qui parsèment les frontières sur tous les continents, qu'ils soient défensifs comme entre Israël et les Territoires Palestiniens ou anti-immigrations entre les USA et le Mexique.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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Tags:
migrants, Viktor Orban, Laurent Fabius, Serbie, Hongrie
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