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Alors que l’OMS prévient que l’Europe doit se préparer à un automne «plus dur» sur le front du Covid-19, la communication gouvernementale pose question. Entre déclarations anxiogènes et manques d’annonces, le cap semble flou. Pour le Gilet jaune Philippe Pascot, ces hésitations cachent mal une volonté d’empêcher de nouvelles contestations sociales.

«Cela va devenir plus dur. En octobre, en novembre, on va voir une mortalité plus élevée.» Hans Kluge, directeur de la branche européenne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ne s’est pas montré très optimiste auprès de l’AFP, ce 14 septembre. L’institution qu’il représente prévient que le Veux Continent doit se préparer à un automne «plus dur» sur le front de la pandémie de coronavirus.

​Depuis plusieurs semaines, l’Europe fait face à une forte remontée du nombre de cas de Covid-19: plus de 51.000 pour la seule journée du 11 septembre dans les 55 pays de l’OMS Europe. C’est plus que les pics observés en avril, même s’il faut garder à l’esprit que les capacités de tests étaient bien inférieures à l’époque.

«Climat anxiogène»

La France fait partie des pays les plus concernés par cette remontée du nombre de contaminations. Dimanche 13 septembre, 7.183 nouveaux cas ont été enregistrés dans le pays, selon les données publiées par Santé publique France. La veille, la barre des 10.000 avait été franchie pour la première fois depuis lancement des tests à grande échelle. Cette baisse sur 24 heures pourrait s’expliquer par le fait que les remontées de données sont moins complètes le week-end. Elles pourraient ainsi produire des chiffres moins importants le dimanche.

Mais du côté des détracteurs du gouvernement, la circonspection demeure. Pour l’écrivain Philippe Pascot, proche des Gilets jaunes, tout ceci participe à créer un climat anxiogène:

«Tous les jours, nous sommes bombardés d’informations qui montrent que le nombre de cas repart à la hausse. Mais le nombre de tests augmente fortement lui aussi. Plus on teste, plus on trouve de cas. Quand on se penche sur les chiffres, il apparaît clair que peu de gens sont à l’hôpital. La réalité est que la létalité du virus n’augmente pas. Les services de réanimation ne sont pas saturés», affirme-t-il au micro de Sputnik.

Le 10 septembre, le nombre de malades hospitalisés en réanimation a tout de même dépassé pour la première fois depuis le mois de juin la barre des 600. Un chiffre inquiétant, même s’il reste loin du pic des 7.000 atteint au plus fort de l’épidémie. Le constat est identique du côté des décès, avec six morts le 13 septembre contre presque 400 par jour en moyenne au mois d’avril.

Reste que les autorités ont décidé de prendre les devants. Plusieurs décisions ont été annoncées ces dernières semaines, comme le port du masque obligatoire dans les entreprises, les écoles et dans de nombreuses villes telles que Paris ou Marseille. Des horaires encadrés pour l’ouverture des bars et restaurants ont également été fixés dans certaines zones. C’est notamment le cas dans les Bouches-du-Rhône, où ces établissements doivent fermer de 0h30 à 6h00 du matin.

Ces mesures sont loin de convaincre Philippe Pascot:

«Tout ceci est fait n’importe comment. Les écoles sont ouvertes, mais il n’y a pas de tests à grande échelle pour les enseignants. Plusieurs syndicats ont dénoncé comme pas assez efficaces les masques aux normes AFNOR fournis par l’Éducation nationale aux enseignants du primaire. Comme disait Jacques Chirac, tout ceci est “abracadabrantesque”. Le gouvernement ne sait même pas gérer l’épidémie, c’est du n’importe quoi.»

Les déclarations de Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, laissaient croire que tout ceci n’était qu’un début. Le 9 septembre, il lâchait une bombe en expliquant que le gouvernement allait «être obligé de prendre un certain nombre de décisions difficiles», «dans les huit à dix jours maximum». Qu’allait annoncer l’exécutif? La question était sur toutes les lèvres. Le spectre d’un reconfinement –au moins local– planait. Mais dans son intervention à l’issue d’un conseil de défense le 11 septembre, Jean Castex a désavoué Jean-François Delfraissy.

​Alors que des mesures fortes étaient attendues, le locataire de Matignon a lancé un appel «au sens des responsabilités» face à une «dégradation manifeste» de la situation sanitaire. Le Premier ministre a joué la carte de la décentralisation, affirmant que l’essentiel des mesures ne devait pas «se décider depuis Paris dans l’idée de s’appliquer partout au même moment et de la même manière». «J’ai demandé aux préfets concernés de me proposer d’ici lundi [14 septembre, ndlr] de nouvelles mesures complémentaires», a encore souligné le chef du gouvernement.

Cette différence de ton entre le Conseil scientifique et Matignon a été fortement raillée sur les réseaux sociaux. C’est aussi le cas de Philippe Pascot, qui parle d’une communication «chaotique et irresponsable»:

«Nous n’avons parfois pas affaire à des déclarations sanitaires, mais bien politiques. Depuis le début de cette pandémie, l’exécutif pratique la politique de la girouette.»

«Le Conseil scientifique s’est tellement emmêlé les pinceaux depuis le début de l’épidémie que le gouvernement est en train de se rendre compte qu’il ne faut plus miser tout sur lui et le laisser décider pour l’ensemble de la nation», ajoute l’auteur de Pilleurs d’État et de Mensonges d'État, son dernier opus, aux éditions Max Milo.

Pas de mise entre parenthèses de «la vie sociale»

Aucune nouvelle mesure d’interdiction n’a été prise suite aux annonces de Jean Castex et pas question de suivre à nouveau une «logique de confinement généralisé». La principale nouvelle mesure concerne la réduction de la durée d’isolement à 7 jours pour les cas positifs et leurs contacts, la durée précédente de 14 jours ayant été jugée insuffisamment respectée.

«Il faut garder à l’esprit que les politiques agissent par rapport aux sondages. Or, ils montrent une colère qui monte concernant les mesures liberticides pour lutter contre la pandémie. L’exécutif lâche donc du lest», analyse Philippe Pascot.

Concernant les tests de contamination au virus, Jean Castex a annoncé vouloir réduire les temps d’attente «trop importants». Des «créneaux horaires» seront réservés pour les individus prioritaires, comme ceux présentant des symptômes ou ayant été en «contact rapproché» avec de possibles infectés, ainsi que pour les personnels soignants et ceux travaillant en Ehpad.

​En outre, l’Assurance maladie et les Agences régionales de santé (ARS) pourront bénéficier de l’arrivée de 2.000 personnes supplémentaires, notamment pour améliorer le traçage des contacts de personnes contaminés. «Le Conseil de défense a porté à 42 le nombre de départements classés “rouge”, c’est-à-dire à circulation dite active du virus», a également précisé le Premier ministre.

Des mesures qui doivent permettre à la France d’éviter un nouveau confinement qui serait dramatique pour une économie déjà fortement secouée par la pandémie. «Face à cette épidémie, notre stratégie ne varie pas: lutter contre le virus, en évitant de devoir mettre entre parenthèses notre vie sociale, culturelle, économique, l’éducation de nos enfants et notre capacité à vivre normalement», a affirmé Jean Castex.

Gestion du Covid-19: «le gouvernement a surtout peur des lobbies économiques»

La France prend donc un chemin différent de certains de ses partenaires, comme le Royaume-Uni, qui met en place à partir du 14 septembre une stricte limitation des rassemblements. Israël a quant à lui opté pour un reconfinement généralisé à partir du 18 septembre pour une durée d’au moins trois semaines.

Comment expliquer que, pour le moment, la France, pourtant l’un des pays les plus concernés par la hausse du nombre de cas, prenne des mesures relativement limitées? «La vérité, c’est que le gouvernement a surtout peur des lobbies économiques. Les gens ont le droit de s’entasser dans le métro pour aller travailler, mais doivent laisser un siège entre eux au cinéma», ironise Philippe Pascot.

​Pour l’écrivain, il n’y a «aucune cohérence» dans la manière qu’a le gouvernement de lutter contre la pandémie. Il estime qu’il se saborde politiquement: «Aujourd’hui, on nous taxe pour respirer», tacle Philippe Pascot, évoquant les amendes pour non-port du masque.

«Tout ceci relève de la manipulation pour faire taire les Français et empêcher les nombreuses explosions sociales qui couvent dans le pays. Aujourd’hui, la colère est moins visible, car la peur du Covid-19 obnubile les gens.»

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Jean Castex, Emmanuel Macron, France, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19
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